SPECIAL : Enfance de Synapse

 


Whitie@KirinTor : "Merci à Syräath du Culte de la Rive noire http://eu.battle.net/wow/fr/charact... pour nous avoir posté cette "trouvaille" de Synapse du fond de ses fichiers !"

Syräath@CultedelaRivenoire : "Bonsoir, en farfouillant dans mon ordi, j’ai retrouvé un texte de Synapse racontant une partie de son enfance, je ne crois pas qu’il ait été posté, alors je me suis dit qu’il serait intéressant qu’il y soit.

***

Souvenir de Synapse :

Je devais avoir huit ans quand c’est arrivé, ou pas beaucoup plus.
A cette époque, nous vivions encore à Silvermoon, notre manoir s’étant implanté en plein milieu du domaine de la famille elfe allié à notre clan.

J’ai finalement assez peu de souvenirs de la ville, je passais le plus clair de mon temps dans le manoir et je n’aimais pas beaucoup sortir, sauf quand Lyly venait me voir, me prenait la main et me trainait dehors pour courir à travers les ruelles de Silvermoon. Les elfes qui y habitaient avaient toujours pour nous un regard amusé, même si certains s’étonnaient de voir une elfe et une humaine aussi lié.

Tout le monde connaissait Lyly à Silvermoon, la fillette de haut lignage et pourtant si exubérante. Du coup, à force d’être collée à elle, les gens avaient fini par retenir qui j’étais, nous étions devenu indissociable dans l’esprit des habitants de Silvermoon. Cela ne rendit ce jour que plus difficile.

Depuis une semaine, je sentais l’inquiétude autour de moi, sans que je puisse réellement en deviner la raison. Un simple message de Lyly, disant qu’elle était malade et ne pouvais plus venir jouer, avait débuté cette étrange période d’attente et de doutes parmi les gens en ville.

Seulement moi avait échappé à cela, persuadé du haut de mon âge ridicule que les maladies n’étaient qu’un contre-temps agaçant qui se réglaient bien vite.
Mais ce ne fut pas le cas. Le dernier jour, ce ne fut plus des doutes que je lisais dans les yeux des elfes de Silvermoon, mais de la pitié à mon égard.

J’avais décidé de prendre les choses en main après une semaine d’hésitation, je voulais me rendre chez Lyly et la convaincre de sortir quand même, après n’était-ce pas elle qui prétendait que rien ne pourrait l’obliger à rester enfermer plus d’un jour dans le même endroit.

Sur le chemin qui me conduisit à la demeure de Lyly, les passants semblaient m’éviter, me regardant tristement ou murmurant des choses incompréhensibles. J’avais l’impression qu’on me reprochait d’aller chercher Lyly, que je la dérangeai alors qu’elle devait se reposer. Mais je savais que Lyly n’avait jamais besoin de se reposer, elle était immortelle.

Je frappais à la somptueuse porte de la demeure et ce fut le majordome qui m’ouvrit. Il me connaissait bien, pour m’avoir vainement donné moulte conseils de prudence quand Lyly m’entrainait dans ses projets insensés. Il était peut-être l’elfe adulte qui voyait notre relation du meilleur œil, car malgré sa prudence, il ne pouvait s’empêcher de rire quand il nous voyait rentrer totalement dépenaillé, les cheveux en batailles et la figure couverte de poussière après notre dernière aventure.

Mais cette fois-ci, il n’avait pas le cœur à rire. Je sentis quelque chose se briser en lui quand il comprit à qui il venait d’ouvrir, il semblait accablé par cette nouvelle tâche qui s’imposait à lui, celle de me prévenir.

Le visage tremblant, il posa une main sur mon épaule et la laissa malgré mon geste de recul, car je détestai les contacts physiques à cette époque, et mettant un genou à terre, entrepris de me parler.
- Sissie... il faut que tu saches quelque chose.
- Je suis venue voir Lyly, cela ne peut pas attendre ?
- Non... c’est justement au sujet de Lyly, elle est... enfin elle n’est pas...
- Pas quoi ? Pas là ?

Avec une peur toujours grandissante, je vis le majordome se décomposer devant moi, comme abattue par une grande peine qu’il avait accumulé durant les derniers jours. Cette souffrance chez un adulte m’effraya... mais que pouvait-il se passer de si affreux ? Ils allaient déménager de Silvermoon ?
- Fichez lui la paix ! fit une voix derrière la majordome que je reconnue immédiatement.

Le nouvel arrivant chassa la main du majordome sur mon épaule et, me prenant fermement la main, m’entraina loin du serviteur qui ne put jamais terminer sa phrase. Mais je m’en fichai, Calysto était là et son aura apaisante avait suffit à faire s’envoler mes doutes. Lui allait pouvoir m’expliquer et tout irait bien.

Pourtant même le grand Calysto semblait nerveux, comme quelqu’un qui n’avait pas dormi de la nuit à cause d’un moustique inopportun. Une fois suffisamment loin, il s’assit sur un banc et me fit monter, passant son bras autour de mon cou et m’enserrant ainsi plus fort que le majordome tout à l’heure... mais bon lui il avait le droit.
- Synapse, commença Calysto en utilisant mon surnom que je n’aimais pourtant pas. Lyly est mourante.
- Mourante ? Ça veut dire qu’elle n’est pas morte alors ! Il faut la soigner !

J’avais bondis. On me parlait souvent de gens mourants, surtout pour glorifier les exploits des prêtres elfes qui pouvaient réparer par leur seule magie des corps broyés par les dragons. On les qualifiaient toujours de mourants et pourtant ils ne mourraient jamais grâce aux prêtres. Cela devait être pareil pour Lyly.
- Non... elle est malade. Une maladie... incurable. On ne... je ne peux rien faire.
- Hein ? Mais non ! Il faut essayer !
- J’ai essayé Synapse, j’ai essayé. Mais rien... je ne peux rien faire.

Je pris un moment pour digérer la nouvelle. Cela ne pouvait être vrai. Une mort auquel on ne pouvait se soustraire ? Cela existait ? Ma mère m’avait souvent expliqué le concept de mort, surtout à cause des risques insensés que prenaient ma sœur Gabriella en partant au loin, et je pensais comprendre la mort. Mais cela ne pouvait arriver, pas à Lyly.

Je remarquai que Calysto tremblait. Son impuissance le faisait enrager, lui qui était pourtant si calme en ma présence. Lily m’avait bien sur parlé des grands éclats que son frère avait provoqué à la maison envers ses parents qui lui reprochaient son manque d’ambition mais pour moi c’était impossible, Calysto n’avait jamais été autre chose qu’un doux agneau doublé d’un grand sage. Mais ce jour-là, les évènements le dépassaient, même lui.
- Je veux la voir, affirmai-je.
- Oui... oui évidemment. Mais tu as bien compris ce que je t’ai expliqué ?
- Je... je crois. On ne peut rien faire.
- Alors vas-y. Moi je n’ai pas la force de retourner là-bas, ça me rend fou. Viens me voir... après, s’il te plait.

Il m’embrassa sur le front et me laissa partir. Je trottinai jusque dans la demeure, passant devant le majordome toujours aussi sombre. Beaucoup de gens étaient à l’intérieur. Des médecins, des prêtres, des mages, en discussion animée avec le père de Lyly qui ne fit pas attention à moi. Je leur passais devant pour pénétrer dans la chambre de Lyly sans que personne ne me remarqua vraiment.

A l’intérieur, une bosse sous les couvertures du lit m’indiqua que Lyly était là. Dans un coin de la pièce, sa mère semblait plongée dans la lecture d’un livre et ne releva les yeux qu’un instant pour me saluer. Je m’approchai du lit.
- Ly... Lyly ? Tu es vivante ?

J’entendis un soupir, puis plusieurs mouvements sous les couvertures. L’instant d’après, le visage de ma meilleure amie se trouvait à quelques centimètres de moi, passablement énervée.
- Évidemment tête de bois ! Ne me dis pas que tu as été aussi contaminée par le tirage de tronche général ! Pas toi Synapse !

Je laissai échapper un rire, sans oublier de lui rappeler machinalement de ne pas m’appeler Synapse. C’était évident, Lyly allait très bien, elle était en pleine forme.
- Désolé, désolé, fis-je. C’est la faute aux autres, ils sont tous si sérieux, même ton frère !

Au fond de la pièce, la mère de Lyly me fusilla du regard, mais je n’en comprenais pas les vrais raisons.
- Oui... vraiment c’est déprimant, même Calysto se met à agir bizarrement et en plus je suis cloitrée ici. C’est d’ennui que je vais mourir, pas de maladie !
- Lyanalyth ! Gronda sa mère, sans rien rajouter, utilisant par la même le nom entier de Lyly.

Lyly répliqua à sa mère quelques mots d’elfiques bien sentis. Par égard pour moi, elle ne s’exprimait en général qu’en commun mais dans les moments de colère, elle utilisait plusieurs jurons elfiques dont je crue en reconnaitre certains dans sa dernière intervention.

Outrée, la mère de Lyly préféra sortir de la pièce, nous laissant seules. Je compris. Si faire semblant de mourir aurait été une blague naturelle pour Lyly, jamais son entourage n’aurait participé à une farce pareille.
- Tu es vraiment en train de mourir alors, constatai-je en voyant mon dernier espoir s’envoler.
- Oui, soupira Lyly. C’est pas de bol, hein ?
- C’est injuste.
- Complètement ! Quoi de plus ridicule de mourir de maladie ? Moi je voulais un grand combat épique ou bien une histoire déchirante de trahison amoureuse... mais tout ce que j’ai eu c’est cette maladie. Ce n’est pas juste, je vaux mieux que ça non ?
- Oui, répondis-je simplement, de plus en plus à court de mots.
- Tu sais quoi ? C’est tellement stupide cette manière de mourir, que s’en est diablement efficace ! Si je devais conquérir le monde, je le ferais avec des maladies comme armées !

Je riais malgré moi, Lyly était la seule à pouvoir imaginer ce genre de choses en un moment pareil. Moi-même, la situation me paraissait tellement irréelle que je ne savais comment réagir. Comme à mon habitude, je me contentais de rester calme et de parler peu... une attitude qui me semblait intolérable maintenant.
- Mais qu’est ce tu vas faire ? Demandai-je.
- Ben... mourir, me répondit Lyly avec un ton qui me fit sentir comme une idiote. C’est pas comme si j’avais beaucoup le choix.
- Mais c’est trop triste !
- Pas tant que ça ! Se défendit la jeune elfe. Après tout, on dit toujours que la mort est une étape ! Et tu sais bien que j’ai toujours voulu brûler les étapes... j’aurai du prendre mon temps pour celle-ci. Enfin toujours est-il que j’aurai l’occasion de visiter l’au-delà et les mondes elfiques des cieux. Le paradis quoi !
- Toi ? Au paradis ? Fis-je dubitativement, oubliant la gravité du moment.

Lyly répondit par un pouffement amusée, comme moi elle s’était toujours moquée des croyances stupides des prêtres de Silvermoon. Évidemment tout le monde savait qu’à la mort l’âme rejoignait le monde des esprits, mais de là à croire à un royaume bienheureux d’elfes s’ébattant joyeusement aux milieux de forêts enchantées avec des petites ailes dans le dos... très peu pour Lyly. Loin de la liturgie religieuse des hauts elfes, un voyageur du manoir Rouge nous en avais déjà appris un peu plus sur la mort. Il nous avait parlé du voyage de l’âme à travers les enfers, non pas comme châtiment mais comme quête intérieur pour combler les failles de son âme pour retrouver la paix et enfin disparaître. De nombreuses âmes s’attardaient dans les enfers, ne voulant pas s’en aller à jamais, servant de ciment aux nombreux mondes des enfers et parfois de nourriture aux démons.
- C’est bien mon intention, expliqua Lyly. J’ai encore plein de choses à faire là-haut et je suis ne suis pas prête à disparaître ! Imagine les aventures qu’on peut avoir là-bas.
- Oui mais... on ne se verra plus.
- Pas sur. On m’a parlé de mortels qui peuvent se rendre dans les enfers à leur guise, ils utilisent la magie de Medivh, le pouvoir des démons pour se décorporer et explorer le monde des démons. On les appelle les démonistes. C’est de plus en plus populaire il parait.
- Hein ? Des démons ? Mais ils me font peur !

C’était vrai. Depuis qu’un jour Gaïa était revenue d’une de ses aventures en trimballant le cadavre d’un démon majeur, la créature m’avait semblé si affreuse que j’en avais fait des cauchemars pendant des mois. Évidemment Gaïa me faisait encore plus peur mais c’était une autre histoire.
- Ah ma pauvre Synapse, tu as décidément peur de tout, se moqua Lyly.
- Ne m’appelle pas Synapse s’il te plait...
- Tu vois ? Là encore tu es trop timorée ! Il ne faut pas dire "s’il te plait, ne fais pas ça..." il faut dire : MON NOM EST SISSIE ! Avec force et conviction !
- Je ne pense pas pouvoir y arriver...

Lyly soupira, elle n’aimait pas la manière dont je m’effaçais la plupart du temps. Selon elle, j’étais parfois capable de beaucoup de volonté mais j’étais obligé d’admettre ne pas bien voir quand au juste. Surtout qu’à ce moment là, la conversation me mettait chaque seconde encore plus mal à l’aise.
- Tu sais Synapse, les démons seront peut-être le seul moyen pour que l’on se revoit un jour.
- Non c’est faux ! Les prêtres pourront te ressusciter, ils le font tout le temps ! Et puis ce n’est pas comme si tu allais mourir tout de suite !

Ce n’était pas aussi simple. Lyly m’expliqua que son cœur et son cerveau avait été affecté, créant une poche de sang dans son crâne susceptible d’éclater à tout moment et de la tuer. Pour le reste, son corps était déjà fichu et il serait impossible d’y faire revenir son âme. Elle était condamnée. La conversation se poursuivit, sur des sujets plus légers, sur ce qu’elle aurait voulu faire. Elle regretta de n’avoir pas eu l’occasion de conquérir le monde avec moi afin d’y imposer le bon goût, les gâteaux aux chocolat chaque jour et la vénération des fillettes de 8 ans.
- Et l’interdiction des nains, n’oublie pas ! continuai-je en rigolant.
- Pourquoi les nains au fait ? Demanda Lyly véritablement curieuse. Tu ne m’as jamais expliqué...
- Oh c’est simple, en fait...

Mais je ne pu terminer ma phrase. Le père de Lyly était entrer dans la chambre avec la plupart des médecins. Il sembla enfin me remarquer.
- Sissie Rouge ? Tu devrais rentrer chez toi. Lyly doit recevoir des soins.
- Mais...
- Ce n’est pas grave Synapse, intervint Lyly.

Lyly me pris la main puis, après un chaleureux sourire, m’annonça :
- On se reverra plus tard.

Je partais donc, incapable de protester. Je ne revis plus jamais Lyly, elle décéda dans la soirée.

J’oubliai ma promesse et n’alla pas voir Calysto. A la place, ce fut avec mon père que je voulu parler. Il n’était visiblement pas au courant de la mort de Lyly. Je pense même qu’à l’époque il ne savait même pas qui elle était.
- Je veux devenir démoniste.
- Pardon ? Quoi ? Démoniste... ne racontes pas de sottises Sissie, nous sommes des mages dans la famille. Les démonistes ne sont que des dégénérés qui ont oublié toute dignité propre à notre rang, indignes du respect qu’inspire notre famille.
- Je m’en fiche, je serai démoniste. La plus respectée des démonistes si il le faut.
- C’est ridicule Sissie, tu iras à l’école des mages. Comme tout le monde... fit mon père en se replongeant dans son journal.
- Si, j’irai.
- Écoutes moi bien jeune fille, j’ignore pourquoi tu t’es mise cette idée en tête mais c’est surement une des bizarreries qui affecte l’enfance, période si affligeante et désastreuse mais heureusement temporaire. Tu feras donc ce qu’on te dit jusqu’à ce que tu sois capable de réfléchir par toi-même, ce qui est n’est visiblement pas le cas maintenant. C’est compris Sissie ?
- On verra, répondis-je simplement avant de lui tourner le dos.

Je partais d’un pas furieux, je sentais le regard perplexe de mon père dans mon dos.
- Ah oui... une autre chose, fis-je.
- Quoi encore ?
- MON NOM EST SYNAPSE !

Syräath@CultedelaRivenoire : Voilà ma petite contribution, en espérant, qui sait, que la grande déesse nous reviendra pour continuer son incroyable récit :)
Je n’ai pas corrigé les fautes, préférant laisser le récit tel quel"

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