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CHAPITRE 54 : Le labyrinthe de Greed.

 


Voir arriver Dezha aux manettes d’un gigantesque engin volant vraisemblablement piqué à l’Alliance fut une surprise, j’avoue. Le voir me bombarder de questions quand à mon apprentissage et à l’absence de quatre de mes démons fut amusant, je le reconnais. De manière générale, il était bon de revoir Dezha qui semblait avoir acquis une nouvelle confiance.

Mais voir avec effroi une des hélices du Valiant s’arrêter de tourner au bout de seulement 5 minutes de vol, ca, vraiment, c’était de trop.
- C’est pas vrai ! Hurlai-je. Comment tu t’es débrouillé pour le bousiller aussi vite ?
- Pas ma faute, je suis pas ingénieur moi ! Je suis démoniste, je conduis pas les bateaux volants !
- Alors il fallait pas partir seul, débile !

Dezha baissa la tête, honteux :
- C’est que... je voulais faire une belle entrée... et arriver avec un vaisseau remplis d’ingénieurs nains, cela t’aurait un peu gaché la surprise.
- L’intention est charmante... mais pas moins débile, comment on va faire maintenant ! On va se crasher !
- Avec tes nouveaux pouvoirs, tu ne pourrais pas faire quelque chose ?
- Bien sur, j’ai passé trois mois à étudier la mécanique avec les dieux trolls ! Idiot ! Bon... essayons de comprendre comment marche cet engin, si cela se trouve, c’est parfaitement normal que cette hélice arrête de tourner.
- Si piquer droit vers le sol est normal, fit Bizrot, alors tout est OK.
- Rhaaa !

Courant de commandes en commandes, moi et Dezha ne purent que nous lamenter sur nos ignorances complètes concernant les manivelles et autres leviers qui composaient les manoeuvres du vaisseau, Dezha avait juste appris à déclencher le pilote automatique avant de partir. Fouillant de fond en comble le vaisseau, je tombai finalement sur une grande pancarte aux inscriptions prometteuses qui disait :

SYSTEME

Et en-dessous.

DE

Encore en dessous.

SURVIE

Oui...

HORS SERVICE

Rhaaaaaa !

Pour la petite histoire, lors de la construction du vaisseau, un vif débat avait éclaté concernant l’intégration ou non d’un système de survie. L’humain Gerald Petitbron, représentant d’une société de fabrication de toiles, avait insisté pour que l’on installe des parachutes de conceptions gnomes à bord du Vigilant mais l’ingénieur en chef nain Fritz Barbedur avait refusé. Gerald avait insisté en parlant de mesure de précautions en cas de problème et Fritz avait répliqué en expliquant que SON vaisseau n’avait pas de problèmes. Gerald avait dit qu’on ne sait jamais et Fritz que lui, si, il savait. Gerald avait argué que le nain n’était pas devin et Fritz avait répondu que la mère de Gerald non plus. Gerald avait mis son poing dans le visage de Fritz et Fritz avait cogné le crâne de Gerald plusieurs fois contre la carlingue du vaisseau (provoquant ainsi à retard la future panne dont je fus victime).

Au final l’affaire ne fut pas réellement tranchée et quelques lambeaux de toiles étaient à bord du Vigilant, les ingénieurs ayant complètement oublié de les assembler pour en faire des parachutes. Dommage.
- C’est quand même stupide de finir comme cela ! Protestai-je. On vient à peine de commencer !
- On doit trouver un autre moyen de s’en sortir, vite !
- Nous sommes des démonistes bon sang ! On doit bien avoir un moyen de se sortir de ce genre de situation ! On ne peut pas invoquer une sorte de... Xellos mais avec des ailes ?
- J’ai pas ca en stock moi ! Répondit Dezha.
- Dites donc, je m’en voudrai de plomber l’ambiance, fit Bizrot, mais le sol se rapproche sérieusement.

En effet, même si Dezha avait fait voler le Valiant à très haute altitude histoire de frimer et de ne croiser aucune wyrm de glace, la distance qu’il restait à parcourir sous l’effet de la dure loi de la gravité pour que le vaisseau se transforme en tas de gravats, était hélas de plus en plus courte.

Crise de panique.

Toutefois, alors que mon esprit peu pratique se concentrait dans la recherche d’un responsable, ce dernier était occupé à trafiquer un tromblon nain. Ce que j’ai pris pour un acte de vain désespoir était effectivement plus sérieux quand je constatai que Dezha était en train de gravé des symboles cabalistiques sur une plaque qu’il avait fixé sur le bout du fusil.
- Tu crois vraiment que c’est le moment de jouer avec ces machins là ? Tu n’es même pas ingénieur, tu viens de le dire.
- Non, mais je suis démoniste. Et, même si tu n’es pas au courant, nous avons un sort qui peut nous sortir de là. C’est juste qu’il n’est pas très pratique.

Après examen complet de la gravure, chose assez étrange quand on va mourir dans quelques secondes, celle-ci formait un pentacle assez complexe qu’il me semblait bien avoir déjà vu ailleurs.

Toujours précipité par l’urgence de la situation, Dezha bourra le canon du fusil d’une étrange poudre verte puis ouvrit une fenêtre du vaisseau à coup de pied, tira sur la montagne en face, me choppa le bras et...

Bon, afin de bien comprendre ce qu’il s’est passé, il faut quelques explications. En général, le sort de téléportation est un sort de mage, mais voilà, il était difficilement acceptable pour les démonistes de laisser ce genre de sorts si efficaces entre les seuls mains de ces frimeurs de mage. Une version démoniste de la téléportation fut donc crée, mais comme nous ne faisons jamais rien comme les autres, ce sort obéissait à des règles très particulières. Là ou les mages peuvent se téléporter d’un point précis pour réapparaitre à un endroit très aléatoire et généralement dangereux, les démonistes avaient décidé de règler ce problème en se téléportant à un seul et unique endroit, le cercle d’invocation.

Un cercle d’invocation n’était rien d’autres qu’une nouvelle manière de torturer les démonistes, en effet il consistait au dessin d’un grand cercle autour de soi avec de la cendre, remplis de motifs cabalistiques affreusement compliqués, censés faciliter l’invocation des démons. Depuis que les démonistes avaient compris qu’il suffisait de claquer des doigts ou de prononcer trois fois le nom d’un démon pour le faire venir, le cercle était tombé en désuétude. Toutefois un jour, un démoniste anonyme fit remarquer que certains de ses confrères avaient tellement peu de moralité et de points communs avec les races mortels en général, qu’on pourrait très bien eux aussi les invoquer dans le cercle. Il fut pris au mot et on se rendit compte que les démonistes pouvaient effectivement se téléporter dans n’importe quel cercle d’invocation tracer au préalable. Cela à l’air génial comme cela, mais dites vous que tout les démonistes n’ont pas le temps de faire des graffitis sur le sol pendant un combat.

Afin de régler ce problème, Dezha avait donc opté pour une solution extrême : Le tromblon. En projetant à la vitesse d’une balle la poudre au travers d’un cercle miniature formé par des trous dans le cache du tromblon, il avait littéralement projeté un cercle d’invocation sur la montagne voisine, nous téléportant brutalement sur celle-ci, laissant un simple tas de Poussière Parfaitement Normale à nos places dans le vaisseau.

Ah oui, dernier détail, quand un démoniste se téléporte il laisse toujours un tas de poussière à son ancien emplacement. Certains démonistes s’étaient inquiétés de cet état de fait, dans la mesure où ils se téléportaient en entier, sans rien laisser derrrière eux qui aurait été succeptibles de se transformer en poussière... quelques théories alarmistes voulaient que ce soit le démoniste qui devienne poussière et que la chose qui ressort de la téléportation n’est qu’un démon déguisé... face à la vague de paranoïa qui avait presque fait interdir ce sort, le conseil démoniste d’Orgrimmar décida de nommer ce résidu "Poussière Parfaitement Normale" pour apaiser les inquiétudes. Mouai... Toujours est-il que je n’avais pas vraiment eue l’impression d’avoir été échangée par un démon, donc tout allait bien. Enfin tout aurait été bien si la montagne en question n’avait pas été une falaise complètement raide qui nous fit chuter de plusieurs dizaines de mètres de haut.

...

* Afin de vous épargner les affres du choc qui, inévitablement, va survenir d’ici peu, nous vous proposons à la place de suivre le passionnant emploi du temps du seigneur Rouge dans son manoir. Pour ceux qui n’ont guère d’intérêt pour les agissements de Fafinir, ses relations avec sa chère moitié ou tout ce qui touche à la famille de Synapse, vous pouvez directement passer à la suite ou vous retrouverez nos héros ainsi que Xzan, Chantée et Cattnia, qui est drôle également *

- 6 heures : Le seigneur Rouge se réveille dans son grand lit de soie, la fraicheur matinale lui donnant un teint de rose. Heu...

- (rectification) 6 heures du SOIR : Rouge se réveille, affalé dans un des canapés en cuir de Kudo de son salon privé où il planque des bouteilles.

- 18h10 : Les serviteurs du manoir entrent pour tenter de faire le ménage dans le salon en question, Rouge les chasse à coups d’oreiller.

- 18h30 : Rouge décide de se lever. Il écarte un rideau et la lumière lui fait pousser un méchant grognement, réveillant son mal de tête. Dans le noir, il cherche à tatons son peignoir et quelques outres de vin par encore vidées.

- 18h35 : Ainsi équipé, Rouge descend au salon principal. Il ignore superbement les clients qui le saluent et va directement s’installer dans son fauteuil personnel. Après avoir constaté que l’outre qu’il avait choisie est déja vide, il éructe quelques ordres aux serviteurs pour en obtenir une nouvelle.

- 19h30 : Rouge à déja vidé une demi-douzaine d’outres de vin. Il demande alors une bière et des tartines de fromage, pour éponger.

- 20h12 : Le gnome Tiax vient le saluer. Même si cela arrive chaque "matin", Rouge insiste pour trinquer et sortir une bouteille de grand whisky. Tiax tente de refuser, il échoue.

- 21h20 : Tiax abandonne, Rouge songe à lancer un concours avec la compagnie naine de passage au manoir, mais il doit travailler. Il va dans son bureau, l’endroit est sombre et rempli d’objets magiques non-identifiés et possiblement dangereux. Un serviteur vient apporter une grande pile de documents, lettres et autres messages à l’adresse du seigneur Rouge. Ce dernier arbore un visage désespéré.

- 21h35 : D’un geste peu assuré, Rouge tente de prendre la première lettre du haut de la pile. C’est un message de l’archimage Garby de Theramore pour se plaindre de l’instabilité du passage vers la dimension d’Ix, samedi dernier en fin de soirée. Rouge déchire la lettre.

- 21h56 : Rouge parcourt un compte-rendu des échanges intra-planaires entre le peuple quazite d’Abraximoor 4 et la tribu des gobelins chauves d’Undermine, relations difficiles susceptible de dégénérer en conflit majeur. Rouge cherche frénétiquement quelque chose qui pourrait distraire son attention, son choix se porte sur une colonne de fourmis-démon qui colonisent l’autre coté de la fenêtre.

- 22h34 : Les fourmis ont épuisé leur potentiel fascinatoire. Rouge doit retourner au travail, il tombe sur une demande du mage gnome Fitzlebuz d’ouvrir une nouvelle voie entre le Quartier Chaud de Darnassus et son jardin.

- 22h36 : Rouge termine d’incinérer les dernières lettres.

- 23h00 : Rouge est de retour dans le salon, s’armant d’une caisse de bouteilles de vin fraichement importée de Menethil.

- 00h35 : Rouge jette un oeil aux rapports d’espions sur les agissements de Ririn, constatant avec satisfaction qu’elle est restée tranquille auprès du roi Varian. Rouge classe le rapport sur Synapse sans le lire dans un gros dossier avec marqué "Galère" dessus, puis jette celui sur Gaïa. Les clients du manoir s’empressent de s’en emparer pour le lire. Rouge se plonge dans le rapport sur Armony.

- 2h10 : Rouge se cogne plusieurs fois la tête contre le dossier de son fauteuil puis range le dossier d’Armony. Il défie la moitié du salon à une partie de billard. Quelques nouveaux clients se proposent mais les habitués leurs font signe de s’abstenir. Déçu, Rouge va s’entrainer seul au jeu en question. Sa réputation de mauvais perdant lui a encore joué un tour.

- 4h55 : Fatigué, Rouge s’effondre à nouveau dans son fauteuil. Il ouvre une bouteille de rhum et tente de commencer un nouveau livre du grand romancier réprouvé Crépuscule.

- 5h00 : Rouge jette le livre et garde la bouteille.

- 5h35 : Grande agitation parmi les serviteurs de la maison. Un invité de marque surement, Rouge se relève.

- 5h40 : Dame Rouge entre dans le salon. Elle pose ses bagages, lance quelques regards autour d’elle et demande "Ou sont mes filles ?".

- 5h55 : Rouge, prostré, finit par répondre : "Chérie ?"

- 5h58 : Dame Rouge est partie se coucher.

- 6h30 : Rouge tente de rejoindre le lit conjugal.

- 6h31 : Rouge se redirige vers le canapé du salon privé. Il s’endort aussitôt.

- 18h00 : Rouge se réveille...

* Voilà, le cours normal de l’histoire peut désormais reprendre *

Il est dur d’être un mort-vivant, celà Dezhabuzed ne chercherait même pas à le nier. Mais quand on fait une chute aussi brutale, on est en général assez content d’être déja mort. C’est avec cette pensée que Dezha réouvrit les yeux, voyant au-dessus de lui le visage impassible de Cattnia.
- Toi ? D’où tu sors ? Demanda-t-il alors que la succube se désintéressait de son état.

Se relevant difficilement, Dezha constata que son fier vaisseau de location s’était écrasé quelques secondes avant lui, répandant des bouts de métaux un peu partout dans la vallée enneigée que nous survolions. Le mort-vivant était dans un sale étât, enfin plus que d’habitude, ses vêtements en lambeaux et un bon nombre d’os brisés par la chute... mais il se releva tout de même. Il lança un regard dans ma direction.
- Hey ! Comment ca se fait que tu n’as rien ? Se plaignit le réprouvé. Tu n’es pas tombée ou quoi ?
- Si je suis tombée ! Merci à toi pour cela d’ailleurs !
- Mais tes vêtements ne sont même pas froissés ! Comment tu as fais ? Ce sont tes nouveaux pouvoirs ?
- Je crois que ce n’est pas vraiment le moment de parler de cela, regarde par là.

Debout dans la neige, immobile comme une statue, se tenait une armure noire. Couverte de crânes noirs, de fines gravures morbides et de pointes sinistres, l’armure appartenait sans aucun doute à un chevalier de la mort. A l’intérieur, Xzan attendait.

Un étrange bouclier mécanique au bras, Xzan observait les débris du vaisseau, regardant à peine dans notre direction. Dezha fit un geste vers sa baguette mais je l’arrêtais, voulant d’abord lui parler.
- Xzan ? Qu’est ce que tu fais là ?
- Je suis venue vous chercher, répondit-elle tout simplement.
- Hein ? Mais comment tu savais que... ah, les oracles, je suppose.

Dezha s’approcha également, surpris par ma dernière remarque.
- Les oracles sont morts Synapse, fit Dezha. Il semblerait que Gurdan les ait tués, il m’a envoyé un message il y a quelques mois. Il disait qu’il voulait les empêcher d’aider Sloth comme avant.
- Il est arrivé trop tard, fit Xzan. J’ai un plan détaillé du lieu du crash depuis un bon moment, et une description de ce qu’il se passe ensuite.
- Ensuite ? On se bat et tu gagnes, c’est cela ? Demanda Dezha, méfiant.

Le regard de Xzan était froid et détaché, Dezha ne lui faisant visiblement pas peur. Il faut dire que son apparence était plutôt effrayante, ses capacités au combat s’étant indéniablement accrue depuis sa "transformation".
- Ensuite, Synapse me suit jusqu’à Malykriss. C’est tout. Inutile de refuser, ce n’est pas une demande, c’est un fait.
- Très bien, j’accepte ! Fis-je. Après tout c’est là aussi que je veux aller.
- ... vraiment ? demanda Dezha. Je veux dire, elle est notre ennemie maintenant !
- Je ne vois pas pourquoi, elle obéit clairement à Sloth, pas au roi-liche.
- Mais Sloth est ton ennemi ! ... non ?
- Je n’ai jamais dit cela.

Dezha me lança un regard attéré. Depuis son arrivé en Northrend, les chevaliers de la mort avaient été synonymes de gros, gros ennuis. Malgré son caractère doux, il avait en lui, comme tout réprouvé, une profonde haine pour le roi-liche et ceux qui manipulent les morts. En plus de cela, la trahison de Sloth lui restait encore en travers de la gorge. Il allait répliquer quand Cattnia lui coupa la parole :
- Il ne fait pas de doute qu’il s’est passé beaucoup de choses pendant notre séjour chez les trolls. Attaquer stupidement le premier "ennemi" venu, alors même que les oracles proclament sa victoire, serait parfaitement idiot. De plus Xzan n’est pas une personne stupide, elle avait certainement ses raisons, c’est juste que nous ne les voyons pas encore clairement.
- Merci, fit simplement la jeune humaine.
- Mais... et les pierres ! Celle qu’elle a donné à l’ennemi ! Ce n’est pas rien !
- Nous sommes toujours vivants non ? C’est donc qu’ils ne sont pas parvenus à faire marcher leur truc avec les pierres.

Xzan resta impassible, devant un Dezha encore peu convaincu et une Cattnia qui la scrutait de toute son attention. Pour ma part, j’avais juste froid.
- Bon... on y va ? fis-je. Comment doit-on faire le chemin ?
- A pieds.
- Vraiment ? Les oracles encore, je suppose... mais cela me dérange, je veux d’abord faire un détour avant d’y aller.

Un détour ? Oui un détour ! C’est vrai quoi, après des mois parmi des trolls puants à faire des danses bizarres pour accomplir je-ne-sais quel rituel douteux, j’avais grand besoin de vacances et, surtout, de renouveler ma garde-robe. En cette contrée barbare, un des rares points de civilisation était Dalaran, la citée volante des mages venue en Northrend pour combattre le Fléau. Bon, oui, des mages... mais on fait avec ce qu’on a. Une séance de shopping dans la glorieuse Dalaran s’imposait donc... et puis quand un démoniste à l’occasion de squatté chez un mage, il a le devoir de le faire !
- Cela ne pose pas de problèmes, fit Xzan. La prédiction ne donne pas de dates précises et n’interdit pas les détours. Je n’ai pas d’objections tant qu’au final nous allions sur Malykriss.
- Nous irons ! Mais pour le moment, les boutiques ! Tu entends Cattnia, des boutiques !
- J’avais commencé à croire qu’elles avaient disparues de ce monde, fit la succube nostalgique.
- Vous pensez vraiment que c’est le moment ! Se mit à crier Dezha. Nos amis sont en danger !
- Ils le sont depuis des semaines de toute façon, ce ne sont pas quelques jours de plus qui vont changer quoi que ce soit. On y va ?

Mais alors que je m’appretai à me mettre en marche, un reflet métallique sur la neige attira mon attention. Un autre chevalier se cachait parmi les rochers derrière Xzan. Dezha le remarqua également.
- Qu’est ce que c’est ? Demanda le mort-vivant. Une nouvelle trahison ?
- Non c’est... commença Xzan, l’air embarrassée.
- Je peux sortir maintenant ? demanda une voix lointaine.

Sans attendre la réponse, une petite chevalière aux cheveux roux apparut devant nous. Elle trottina pour nous rejoindre, un grand sourire au visage.
- Enfin ! Vous êtes Synapse n’est ce pas ? J’étais vraiment curieuse de vous voir ! Je suis Chantée.
- Je... hein ? Xzan, c’est qui ?
- Elle ! Elle ! S’alarma Dezha. Synapse, fuyons !

Surprise par la réaction du mort-vivant, Chantée le rattrapa avec un sort de Poigne de Mort et l’assura de ses intentions pacifiques. Dezha protesta qu’on ne pouvait lui faire confiance et qu’ils étaient probablement déja encerclé par des milliers de copies de la même fille.

Me voyant complètement perdue et à la limite de l’agacement, Xzan se proposa de tout expliquer, représenta Chantée sous le nom de Glutonny, expliqua son pouvoir et comment Dezha, lors de la bataille de la porte, en avait fait la douloureuse expérience.
- Oh je vois ! M’exclamai-je. C’était donc cela cette "armée". C’est marrant, j’ai toujours pensée que Glutonny sera un orc ou un ogre.
- Tout le monde me dit ca...
- Cela ne change rien aux horreurs que vous avez faite lors de la bataille, fit Dezha toujours méfiant.
- Eh ! On ne crache pas sur les soldats mais sur les chefs ! J’étais aux ordres du Roi-Liche, c’est tout. Maintenant c’est moins évident, pas vrai Envy ?
- C’est en effet difficile à dire, répondit Xzan.
- Eh minute, fit Cattnia qui écoutait la conversation. Comment tu viens juste d’appeler Xzan ?

Nouvelle révélation de la bouche de Chantée, Xzan était désormais Envy. Elle nous expliqua que l’ancienne Envy s’était faites tuée dans des circonstances mystérieuses. Chantée avait accusé Pride à l’époque, détestant les combats entre chevaliers. Au même moment, on découvrit que Lust et Wrath s’était allié dans le but de tuer Xzan qui avait échappée de justesse à l’attentat. Dans sa fuite elle était tombée sur une Envy mourante qui avait juste eue le temps de lui confier ses pouvoirs et son titre.
- Je décidai donc de protéger la nouvelle Envy. La situation dans Malykriss s’est alors tournée en véritable bataille rangée. Pride détruisit presque tous mes clones mais Lust en captura un, l’empêchant de se suicider tandis que Wrath nous poussa moi et Envy à la fuite. Depuis je suis dans l’incapacité de finir ma phase de régression.
- Et... c’est grave ? Demandai-je.
- Oui assez ! Si mon esprit reste scindé trop longtemps, j’aurai d’horribles maux de tête, je vais perdre la mémoire, tomber dans le coma puis mourir.
- Charmant programme... fit Cattnia. Cela veut dire que l’on est pressé ?
- Oh non ! Moi aussi j’ai envie de faire du shopping à Dalaran. Ce n’est pas un petit mal de crâne qui va m’en empêcher !

C’est donc ainsi que nous nous sommes retrouvés en chemin pour Dalaran, moi, Dezha, Xzan et une petite rousse aux airs de gamine écervelée. A dire vrai, je m’inquiétai plus au sujet de Xzan... ou plutôt au sujet de Dezha envers Xzan. Le réprouvé n’avait pas été là lors de la trahison de Xzan mais il semblait très mal vivre ce genre de choses ces temps-ci. En fait c’était troublant de voir qu’il avait presque autant changé que l’ancienne disciple de Krull. Voir Xzan remplie de la noirceur des chevaliers était perturbant mais plutôt attendu, alors que voir Dezha aussi agité c’était complètement surréaliste. Je suppose que tout le monde change, moi aussi d’ailleurs... chez les trolls je me suis longtemps demandé quel serait l’effet du rituel sur mon comportement... au final, je me rend compte maintenant que je vois les choses avec beaucoup plus de détachement. C’est vrai, à quoi bon s’inquiéter quand on est une déesse ?

Le Vigilant s’étant écrasé quelque part dans la zone nommée "Désolation du Dragon", nous n’avions qu’un simple canyon gelé à traverser pour parvenir à la forêt de Crystalsong où se trouvait Dalaran. Enfin au-dessus de la forêt... en effet, Dalaran ayant été une cité qui avait été beaucoup malmenée par le passé (peut-on en vouloir à ceux qui veulent du mal aux mages ?) il avait été décidé d’arracher ce qu’il restait de la cité du sol pour en faire une forteresse volante. Ne me demandez pas en quoi cela améliore les choses... simplement une manière de plus qu’on les mages de montrer à quel point ils sont vains et superficiels. Toutefois on pouvait y trouver de superbes boutiques d’accessoires et d’excellents tailleurs...

Le problème, c’est qu’une fois arrivé sous Dalaran, il faut un moyen de monter, or nous venions de détruire notre seul moyen de voler, Xzan et Chantée étant venues en monture terrestre car la rousse ne supportait pas les voyages en griffon mort-vivant.
- Il y a un téléporteur quelque part sous Dalaran, expliqua Chantée. Il n’est pas facile à trouver mais nous l’avions trouvé quand Greed et moi on planifiait un raid sur Dalaran.
- Super... fit Dezha.
- Bah quoi ? Lui il voulait l’or des mages, moi je voulais leur bouffe ! Il faut bien comprendre que je ne peux manger que dans de très rares occasions, pas le temps de faire la fine bouche !
- Mais vu qu’un de tes clones n’est pas mort, tu dois pouvoir manger... fit Cattnia. Et cela veut aussi dire que tu ne peux pas utiliser ton pouvoir tant que l’ancienne "génération" n’est pas complètement morte.
- Oui, exactement !
- Donc en fait tu sers à rien...
- Heu... oui.

Passer devant les mages qui gardaient l’accès à Dalaran fut assez délicat. En effet, si nous autres démonistes n’étions pas très populaire, c’est surtout les deux chevalières de la mort qui furent l’objet de leur méfiance. Xzan et Chantée durent jouer les repentis, rôle tout à fait crédible pour Chantée à la personnalité si... hum... flamboyante, mais un peu plus dur pour Xzan qui proposait littéralement une tête d’enterrement. Après quelques bobards d’usage, l’accès à Dalaran nous fut enfin permis et nous nous téléportâmes dans la citadelle volante.

Il faut reconnaitre quelque chose aux mages, ils ont un sens certain de la déco. Dalaran était construite comme un sorte de grand gateau d’anniversaire, plein de couleurs roses et violettes en guise de nappage, d’allées et de ruelles pavés en guise de marbrure et de grandes tours effilées pour faire les bougies. Un endroit aussi coloré me semblait capable de déclencher des crises chez les personnes sensibles, mais que voulez-vous, les mages sont ainsi, aucun sens de la mesure. Ils feraient quand même mieux de prendre exemple sur la légendaire sobriété des démonistes, non ? En parlant de sobriété, je décidai que l’acte sacré de faire les magasins était une forme de receuillement qui ne tolérait aucun géneur. J’envoyai donc paître Dezha et les chevalières, leur ordonnant de m’attendre à une auberge le temps de mes emplètes, ne gardant que ce bon vieux Tang’kha dans son role originel de porteur.
- Heu à ce propos... demande Dezha. D’où il sort Tangkath ? Et ou est passé Cattnia ? Bizrot ? M’enfin, tu ne peux plus avoir qu’un seul démon maintenant ?
- Je suis derrière toi crétin, fit Cattnia. Allons à l’auberge, cela me désole mais je doute que les mages vendent beaucoup de robes avec des trous pour les ailes. Par contre j’ai vraiment besoin de boire un coup.
- Hein... ? Mais je comprends plus rien !

Si la perspective de cet instant m’avait fait tenir ces longs mois d’entrainement, je ne me doutais pas à quel point l’émotion serait forte en franchissant la porte de cette sympathique boutique affichant ces deux seuls mots si doux à mes oreilles : Chez Fjord. Béni soit le dieu des gnomes pour avoir créer ce rase-ritume qui mérite tellement mon respect, je jure qu’il échappera aux rafles quand nous humains prendront le pouvoir.
- Gruu brooag zo ? (Synapse, tu penses qu’on en a pour combien d’heures ?)
- Je ne sais pas, tu es pressé ?
- Zooogra bug go. (Moi non, mais à ta place j’aurai hâte de me battre et d’essayer nos nouveaux pouvoirs).
- Si j’étais un crétin qui ne pense qu’avec ses armes comme Zek ou Krull, alors oui je serai directement allée à Malykriss pour tout casser. Mais je n’aime pas le combat, sache le.
- Zog... (Je connais certain cobayes trolls qui ne sont pas de ton avis).
- Enfin bref, le plan est de faire le point ici, et peut être de trouver quelques larbins au passage. Après tout j’ai décidé de combattre Sloth toute seule, mais ce n’est pas vrai pour les autres chevaliers. Je me demande si je peux contacter Othon ou Nerph...

Mais mon attention fut accaparée par des vendeuses qui me présentait la dernière collection sur le thème violet, coupant ainsi court à mes réflexions. Bon, j’avoue qu’il m’arrive d’en faire un peu trop quand il est questions de robes... mais vous ne pouvez pas savoir quelle torture cela représente pour une aventurière de devoir vivre sur les routes avec à peine une demi-douzaine de tenues différentes, et encore, quand on ne les a pas perdues en fuyant un dragon. Du coup quand je le peux, je me lache et ca, seul Tangkath le comprennait vraiment. En effet, en bon habitué, il gardait un oeil sur mes achats ainsi que la taille de ma bourse, tout en jettant quelques regards inquiets vers la partie du magasin consacré aux "vêtements" qu’affectionne ma soeur.
- Zog grooo... (ils le vendent ca ?)
- Bon Tangkath, tu peux emballer toutes les robes qui sont dans ce coin là, je finis mes commandes et on va passer au magasin de chaussures de la filiale... hum vraiment il faudrait que je songe à racheter toute l’entreprise, tu penses que Gurdan... Eh !

Filant entre mes jambes, un éclair noir manqua de me faire trébucher, fonçant vers Tangkath et lui dérobant ma bourse pleine de pièces d’or durement pillées à la sueur de mon front. Tangkath tenta de bondir sur le petit voleur mais glissa et tomba sur le coté, laissant le chemin ouvert jusqu’à la porte. Saisissant l’occasion, le voleur, un gnome masqué, courut à toute vitesse vers la sortie... juste pour se faire chopper par le col par Shaathun.
- Hey... hein ? Mais d’où il sort lui ? Cria le voleur d’une voix suraigue.
- Je sors du vide démoniaque, un endroit charmant, répondit le gangregarde. Envie d’y faire un tour ?
- Bien joué ! Me félicita la vendeuse. Ce petit monstre dévalise les magasins en ville depuis quelques jours, personne n’était parvenu à l’attraper.
- J’ai plus d’un tour dans mon sac, répondis-je, et plus d’un démon surtout. Maintenant si vous le permettez, j’aimerai personnellement corriger ce malandrin. Personne ne me vole, moi, la grande Livenlethdy !
- Oh ? Bien sur, bien sur ! Revenez quand vous aurez fini pour régler vos achats. Encore bravo.

Sortant du magasin avec un air de justice sur le visage, je soignai mon départ pour donner le change à la vendeuse, persuadée que le gnome allait passer un sale quart d’heure. Quelques patés de maison plus loin, je faisai le point.
- Tangkath, tu as tous les paquets ?
- Gruuu (oui, maîtresse)
- Shaathun, la bourse ?
- Toujours aussi pleine maîtresse. *soupir* Est-ce vraiment bien ce que nous faisons ?
- Tant que les robes sont à ce prix là, ce que nous faisons là s’appelle de la justice sociale !

Les yeux grands ouverts, le gnome me regardait sans comprendre. J’aimerai pouvoir vous décrire efficacement le personnage mais j’ai le plus grand mal à parler de choses aussi ineptes que le physique d’un gnome. Disons qu’il était très... gnomique, à savoir un visage rond et enfantin, des bras et jambes trop courtes pour être honnêtes, un embonpoint si prononcé que c’était à se demander comment il courrait aussi vite et pour terminer le tableau une tignasse noire doublé d’une moustache très pointue qu’il cachait pour le moment derrière un foulard plaqué sur la partie inférieure du visage. Bref, un voleur gnome. Sa première réaction fut pour le peu perspicace.
- Mais... mais... vous m’avez utilisé ! Et pour voler des vêtements affreusement chers !
- Et alors ? Fais moi un procès.
- Je... je... whoa je vous adore ! Vous êtes terrible comme nana, c’est quoi votre nom ?
- Oh non, encore un fan. Tangkath, Shaathun, venez on s’en va.

Voulant soigner ma sortie, il est possible que Shaathun se sentit obligé de bousculer le gnome sur son passage, le faisant rouler dans le caniveau. Ce n’est pas que j’aime maltraiter les personnes de petites tailles... mais après trois mois à supporter les rires gras des trolls, c’est toujours agréable de taper sur plus petit que soi. Toutefois le gnome ne s’en formalisa pas, surement habitué, et me rattrapa pour me dire :
- Vous partez déja ? Dommage, je pense que vous ne teniez pas tellement à ce truc là en fin de compte...
- Hein ? Quel truc ?

Sifflotant un air agaçant, le gnome joua avec un petit objet étincellant qu’il faisait glisser entre ses doigts avec une dextérité d’expert. Voyant que mon visage devenait de plus en plus colérique, il m’adressa un grand sourire carnassier. Le sale gnome m’avait volé le pendentif permettant de retrouver le chemin du manoir Rouge, dont la valeur relative m’importait peu, mais dont l’emplacement habituel, ma poitrine, était beaucoup plus inquiétant compte-tenu du fait que je n’avais pas la moindre idée de quand il me l’avait dérobé.
- Alors ? Vous êtes sur que vous ne voulez pas me dire votre nom ?

Bon gré, mal gré, les présentations furent faites. Si mon nom ne lui inspira rien, le sien était encore plus obscur, Morrek Zilla.
- Mais les gens m’appellent Mo !
- Eh bien Mo, tu es étonnement doué pour charparder des trucs... d’ailleurs maintenant tu peux me rendre mes bracelets et ma bague.
- Oh, bien sur, désolé. Vous trouvez cela étonnant ? Après tout je suis un voleur, les voleurs volent, c’est l’évidence même.
- C’est une vérité dont j’ai pour le moins douté ces derniers temps...

Alors que je reprenais mon chemin, allant à l’auberge pour retrouver Dezha et m’en aller avant que la vendeuse ne réalise ce qui venait de se passer, je constatai que Mo me suivait toujours. Je m’arrêtai, lui aussi.
- Alors boss, on fait quel magasin maintenant ?
- Arrêtes de me suivre !
- C’est juste que j’ai l’impression qu’en restant avec vous j’ai moyen de me faire un bon paquet, j’ai tord ? Je suis sur que vous avez un grand plan de prévu et que vous auriez bien besoin de quelques mains agiles pour ce boulot, pas vrai ?
- Hmm... ce n’est pas faux. C’est d’accord, tu peux me suivre. Au fait, je dois retrouver mes compagnons dans une auberge, mais je ne sais pas où ils sont descendus.

Mo s’arrêta pour réfléchir, croquant dans une pomme qu’il ne possédait pas quelques secondes plus tôt.
- Difficile à dire, il y en a beaucoup à Dalaran. Tes amis sont de quel genre ?
- Ben... quel est l’endroit le plus miteux de la ville ?

*** 5 minutes plus tard ***

Comme prévu, l’auberge ne payait pas de mine. C’était en fait la plus mal famée qu’avait choisi Cattnia et mes compagnons, dans le but de passer incognito. Idée relativement idiote dans le sens que c’est toujours dans les endroits louches que l’on va chercher les gens en premier. Je retrouvai Dezha en train de vider une bouteille de vin, Cattnia entourée de plusieurs chopes de bières partiellement vide, Chantée cachée derrière une montagne d’assiettes totalement vide et Xzan en train de lire un livre. Béni sont les gens simples...
- Ah te voilà, fit Dezha. Ce fut relativement court par rapport au tableau catastrophique que nous dressait Cattnia.

La succube, elle, n’en revenait pas.
- Les magasins étaient fermés ou quoi ? demanda Cattnia. D’habitude tu restes négocier les prix pendant des heures !
- Disons qu’on a rapidement trouvé un arrangement, répondis-je.
- Oh, tu as une succube aussi ? Sympa ! fit Mo. Elle fait tout ce que tu dis ?

La succube lança un regard meurtrier au gnome, lui faisant clairement comprendre que son espérance de vie venait de drastiquement se réduire.
- C’est quoi ca ? demanda-t-elle.
- C’est Mo, un voleur que j’ai recruté en chemin. Il se peut qu’il nous soit utile.
- Un gnome ? S’étonna Dezha. C’est plutôt étrange de ta part... il est doué au moins ?

Au moment où Dezha termina sa question, sa main aggripa le vide là où devait se trouver la bouteille, sa chaise s’effondra et le flanqua par terre et quand il voulut protester il ne put ouvrir la bouche car...
- Mo, rends lui sa bouteille, son pied de chaise et... sa machoire.
- Ohay, hilé dhoué, fit le mort-vivant en réemboitant sa machoire.
- A votre service ! fit le gnome. Bon alors c’est quoi le plan ? Quelque chose à voir avec ces deux charmantes chevalières ?
- Oui un peu... on va attaquer Malykriss, expliqua Cattnia. Synapse, tu ne lui as pas dit ?

Visiblement, j’avais oublié. Mo battit immédiatement en retrait, Shaathun qui montait la garde avec Tangkath le rattrapa in extremis et le ramena par le col.
- Eh ! Vous m’avez jamais dit que ce serait un truc aussi dangereux ! Protésta le gnome. Je suis un voleur moi, pas un soldat !
- Plus les risques sont importants, plus grande est la récompense ! Expliquai-je fièrement. De toute façon ne t’inquiêtes pas, je n’attends pas que tu te battes, simplement faire de l’infiltration.
- Hmm... tout de même, cambrioler Malykriss, c’est osé !
- Cambrioler ? s’étonna Chantée. C’est étrange de se dire que l’on va cambrioler sa propre maison ! Ah ah !

Entendant ces mots, tous les clients de l’auberge se retournairent immédiatement, fixant du regard la chevalière qui avait clairement parlé trop vite.
- Oui... continua Chantée raide comme un piquet, ma maison car quand nous aurons vaincus ces ignobles laquais du Roi Liche, je ferais ma demeure, ah ah ah ah...

La tension retomba dans l’auberge, les clients retournant à leurs occupations, à savoir boire plus que de raison et a ressembler au possible au grouillot de base.
- Ah ! chuchota Chantée. J’oublie toujours à quel point mon seigneur est impopulaire ici.
- Dans la mesure où ils ont déplacés exprès la citadelle pour aller démolir Arthas, c’est compréhensible, fit remarquer Cattnia.
- En tous cas, garde bien ton casque Chantée, ordonna Dezha. Il ne manquerait plus qu’un vétéran te reconnaisse... se cloner en plusieurs centaines d’exemplaires sur les champs de batailles n’est pas la meilleure façon de passer incognito.

Chantée ronchonna, obligée de manger en relevant rapidement la visière de son casque. Elle pensait d’ailleurs que les clients de l’auberge en avait déduit qu’elle était particulièrement laide ou en état de décomposition avancée, ce qui la vexait encore plus.
- Bon, c’est bien joli tout cela, fit Mo. Mais même si on a deux fillettes qui connaissent les lieux, je ne vois pas trop ce qu’on pourra faire face à une garnison entière. Vous qu’aucun d’entre vous ne m’a l’air de foudre de guerre, à part peut-être celle-là mais elle a l’air de se moquer royalement de ce que je raconte... eh ca te ferait mal d’arrêter de lire ton livre ?
- J’écoute... fit Xzan sans changer de posture.
- C’est pas l’impression que ca donne.
- Mo a raison, intervint Dezha. Je me suis amélioré mais je reste un gars normal, Chantée ne peut rien tant qu’on a pas tué son clône, Xzan n’est pas très motivée et on ignore dans quel camp elle joue et toi Synapse...
- Oui ? Moi ?
- Disons que tu es un facteur inconnu... vu que tu refuses obstinément de nous expliquer tes nouveaux pouvoirs. La conclusion est simple, il nous faut des renforts ! Si Zek et son groupe ne sont pas venu à bout de Malykriss, je ne vois pas ce que l’on pourrait faire seuls.

Je soupirai, encore une fois on me sous-estimait. Vraiment ? Qui pourrait penser qu’un Zek ou un chevalier puisse m’arriver à la cheville... mais si j’avais promis de m’occuper de Sloth personnellement, je n’avais rien dit en ce qui concernait les autres "doigts". Quelques larbins supplémentaires ne serait donc pas de trop.
- On pourrait invoquer Krull, comme d’habitude, suggéra Cattnia.
- Je refuse, fit Xzan. De toute manière il était déjà à bord du Malykriss avant que tout s’envenime. Si Krull est vivant, il doit toujours y être, tout comme Zek.
- Hein ? Krull aussi ? C’est mauvais signe, c’est le type le plus costaud qu’on connaisse ! M’étonnai-je.
- Tu oublies quelqu’un, fit remarquer Dezha. Elle est dans les environs non ?

Gaïa. Ma soeur. L’idée de lui demander de l’aide était pour moi comparable à une visite chez l’arracheur de dents. J’expliquai à Dezha, surement plein d’espoir de voir réaparaitre ma soeur et ses "atouts", que Gaïa avait été envoyé en mission pour vaincre un dragon bleu qui faisait du tord aux mages. Bon c’était il y a trois mois mais je n’avais plus eue de nouvelles.
- Une minute... ce dragon, c’est pas Malygos ? demanda Dezha.
- Si, je crois. Un dragon bleu non ?
- C’est le dragon-aspect Malygos ! Il incarne la magie lui-même ! Sans lui il n’y aurait plus de magie dans le monde ! Et comme nos pouvoirs sont intacts... je suppose que ta soeur a échoué. Ou alors...
- Ou alors elle aurait pris sa place et serait devenu une sorte de déesse de la magie ? Peuh, ca serait bien son style, pestai-je. Mais pas question, je suis la seule déesse de la famille !
- Je suis sur qu’elle a due trouver un arrangement avec le dragon... répondit Dezha dans une tentative pour m’apaiser. En tous cas, on oublie Gaïa aussi. Quand à Othon...

Dezha expliqua qu’Othon était venu en Northrend, inquiet de la disparition de sa femme, et avait ramené le reste des troupes des Tribz avec lui. Le problème était qu’il se trouvait encore loin de Dalaran et dans l’impossibilité de nous rejoindre rapidement, un peu perdu dans l’organisation de ce qui ressemblait de plus en plus à une armée. Il nous fallait donc soit attendre quelques jours, soit partir sans lui et ses troupes.
- De toute façon, je veux une équipe d’infiltration, pas un bataillon complet ! Expliquai-je. Non, on prend un gars en plus et c’est bon, quelqu’un qui sait se battre.
- Gurdan ? Suggéra Dezha.
- J’ai dit "qui sait se battre".
- Pour votre Gurdan je sais pas, mais cette naine m’a l’air parfaite pour le job, intervint Mo.

En effet, quelques tables plus loin se déroulait un petit manège que nous n’avions pas remarqué jusqu’à présent, trop perdu dans nos conversations. Une grande partie de bras de fer avait lieu à cette table, mais ce qui était étonnant c’est qu’après le passage d’une bonne quarantaine de types plus musclés les uns que les autres, c’était toujours la même personne, souriante, qui se tenait de l’autre coté de la table. Une naine.
- Elle. Non. Pas ca. Fuir. Loin. Fuir ! FUIR !
- Oh Sysy ! C’est toi ? Quelle bonne surprise !

Plaquant Dezha contre un mur d’un geste violent pour l’écarter de mon chemin, je fixai mon objectif, la porte de l’auberge, rêve illusoire d’un échapatoire à la calamité qui allait m’affliger d’ici quelques secondes. Ensuite, tout se passa comme au ralenti, la porte s’ouvrit avant que je ne puisse l’atteindre, laissant passer un immense tauren chargé comme un mule, qui trébucha devant la surprise de voir une humaine lui fonçer dessus et bloqua ainsi la sortie.
- Ahah ! Toujours aussi blagueuse Sysy ! fit la naine en me rejoignant.
- Bonjour Olga.

Persuadé que le monde devait être proche de la fin, Dezha me demanda comme il se faisait que je connaisse une naine.
- Je vous présente Olga Von Gorge, expliquai-je. C’est une amie de mon père, elle était souvent dans le manoir quand j’étais petite. C’est une Skald.
- Une quoi ? Demanda Mo.
- Une Skald, petit bonhomme ! répondit Olga. Dans les tribus naines du Nord, le rôle du Skald est de chanter au combat pour couvrir les cris des mourrants. Ca énerve les barbares contre lesquels on se bat. De fait, j’ai une voix sublime qui me permet de faire trembler les murs ou briser le verre !
- Vous appelez cela sublime... demanda Cattnia.
- D’un point de vue sonore je ne m’incline devant personne, enfin sauf une certaine femme dont le rire est...
- Je crois que je vois de qui vous vous parler.

Alors que la conversation commençait à prendre un tournant que je n’appréciais guère, je décidai de couper court et de demander à Olga ce qu’elle fichait là.
- Je te cherchai figures-toi ! Je dois un service à ton père et il m’a envoyé te surveiller. Tu sais, comme quand tu étais petite et qu’il avait la gueule de bois.
- Chouette.
- Allez, fais risette à tantine Olga !
- Vous n’êtes pas ma tante. Partez.

Dezha, toujours pratique, me rattrapa par le bras dans ma seconde tentative de m’enfuir.
- Attends Synapse, nous avons besoin d’aide tu l’as dis toi-même. Cette Olga semble plutôt forte non ?
- Oh oui, elle l’est... ce mastodonte est un bloc de pierre ambulant. Une fois j’ai dis que le jour où je voudrais abattre un arbre avec une seule main, je deviendrai une naine. Eh ben je pensais à elle.
- Où est le problème alors ?
- Le problème c’est que C’EST une naine !

Une sombre lueure de compréhension passa dans les yeux du mort-vivant... avant que ceux-ci ne retrouvent leur aspect terne habituel.
- Serait-ce possible... qu’Olga soit la cause de ta phobie des nains ?
- Oh non, répondit la naine. Je l’ai rencontré quand elle avait 6 ans. La première chose qu’elle a fait fut de m’agresser avec une peluche.
- C’était plutôt mignon, fit Chantée en haussant les épaules.
- Elle a essayé de m’étouffer avec.
- Ah...
- En tous cas, cela remonte à plus longtemps que moi.

Boudant dans mon coin, j’essayais de me faire à l’idée que nous allions effectivement devoir trimballer Olga jusqu’à Malykriss, faute de mieux. C’était un sacrifice nécessaire hélas, régler cette histoire et récupérer mes compagnons passant avant toute chose... justement pour ne plus me retrouver dans ce genre de situation à devoir accepter des nains ! Toutefois une dernière chose m’inquiétait.
- A propos, celà ne ressemble pas vraiment à mon père de m’envoyer de l’aide. Qu’est ce que celà cache ?
- Ah ! Ca c’est sur, pas son genre à ton paternel de filer son coup de main ! Répondit Olga. En fait il a répondu à la demande d’un pote à toi, un satyre. Alors il a envoyé Armony. Puis après avoir désaoulé et un peu réfléchi, il a décidé de m’envoyer moi pour ramener Armony.
- Qui ca ?
- Uh ? Oh c’est vrai que tu ne rentres jamais au Manoir. C’est la disciple de ton père. Elle est mignonne, mais un peu trop sérieuse.
- Peu importe, l’heure est grave ! Mon père est un peu comme Gurdan, il a toujours des idées pourries. Alors si ces deux là ce sont associés pour trouver l’idée d’envoyer cette fille, cela ne peut QUE tourner à la catastrophe. Nous devons rejoindre Malykriss sans plus attendre, sinon elle ne sera plus là à notre arrivée. En route !

Je sonnai donc le départ pour Malykriss. Après avoir "emprunté" un large tapis volant avec Mo dans un des magasins de Dalaran, Chantée termina d’y installer ses provisions et nous partîmes enfin vers la citadelle des chevaliers.

***

- Malykriss en vue ! Scanda Olga. Preparez vous à l’abordage ! Pas de quartier ! On les passera tous au fil de l’épée ! Ah Ah Ah Ah !
- Olga faisait parti de l’équipage d’un navire dans le temps, expliquai-je. De manière générale, pour mieux la connaître, imaginez tout ce que MOI je n’aime pas.
- Toujours aussi sarcastique ma petite Sysy. Au fait, que deviens ce petit elfe qui partageait avec toi ce sens douteux de l’humour ?
- Il se fait appeller Sloth. Toute cette histoire est globalement à cause de lui, expliqua Dezha.
- Oh ! Dans ce cas je l’ai croisé au manoir. Ainsi qu’un humain qui m’avait l’air costaud, Pride m’a t’on dit. Et une succube en armure, Lust.

Au mot succube, Cattnia releva la tête.
- Une succube dans le camp adverse ? C’est étrange.
- Le Roi-Liche à de nombreux alliés, expliqua Xzan. Rien d’anormal à ce que quelques démons aient aussi succombés.
- Oui, mais même la colère de Sargeras ne suffirait pas à convaincre une succube d’enfiler une armure de chevalier !
- Sa version tient plutôt du bikini de métal, fit remarquer Chantée.
- Vous avez fini de parler fringues ? Demanda Mo. On a une citadelle à dévaliser !

Malykriss ressemblait à... eh bien comme toutes les ziggourats mort-vivantes, c’était basiquement une énorme pyramide volante, noire et pourvu d’armatures en forme d’ossements. Je suppose qu’il ne faut pas espérer des serviteurs du Roi-Liche un quelquonc sens de la décoration. Comme l’espace aérien de la citadelle était de manière très suspecte non-gardée, je dirigeai le tapis volant vers l’entrée principale, à la base de la pyramide, où devrait normalement se trouver une légion de gardiens chevaliers sur leurs montures mort-vivantes... mais comme nous avions, à notre habitude, décider d’attaquer à la pause-déjeuner, la voie était libre.

La plate-forme d’attérissage était déserte, toutefois à peine j’avais posé le pied au sol qu’une demi-douzaine de chevaliers en armure nous entouraient. Pour une fois ces chevaliers n’avaient pas l’air de pillards dépravés ou de brutes dégénerés mais semblaient dégager une sorte de... dignité mystique.
- Ce sont des disciples d’Envy ! S’étonna Chantée. Je pensais que Pride ou Greed les aurait tués.
- Nous avons survécu en nous cachant, expliqua l’un des chevaliers. Nous attendions le retour de la nouvelle envellope de notre maître.
- Moi ? Demanda Xzan. Vous ne me devez rien, je n’ai reçu ces pouvoirs que par effet de circonstances... et que cela intervenait dans la prophétie qu’a reçu Sloth.
- Il a eu plein de détails ! Protestai-je. Pourquoi MES prédictions sont toujours horriblement vagues ?

Sans écouter ma dernière réplique, les chevaliers s’agenouillèrent devant Xzan, lui jurant allégeance. Xzan ne sembla pas y porter une grande attention, assez peu convaincue par la démarche des chevaliers. L’un d’eux expliqua :
- Vous ne vous en rendez peut-être pas compte, mais Envy vous a transmis sa volonté. La force ultime de son pouvoir est que son "envie" lui permet de se mettre à la place des autres, voir même de "devenir" cette autre personne. Elle a donc choisi de devenir vous et ainsi elle survit. Vous êtes la quatrième incarnation d’Envy depuis que le Roi-Liche l’a crée. Ainsi, en changeant de corps, elle atteint une forme de...
- Immortalité ! M’exclamai-je. C’est vrai que Dibz nous a dit que les "doigts" étaient tous immortels d’une certaine manière, c’est donc comme cela que ca marche pour Envy.
- Je n’ai pas l’impression d’être différente, fit Xzan ne sachant pas trop quoi penser.
- Vous devriez bientôt sentir le pouvoir de "l’envie", expliqua un chevalier.
- A part avoir envie de piquer Sloth à Synapse, je ne vois pas de quoi, plaisanta Cattnia avant de fuir le regard noir de la chevalière.

Cette histoire d’immortalité me dérangeait. Cela signifiait que les autres "doigts" avaient tous un moyen pour ne pas mourir et il est vrai que je n’avais, pour le moment, vaincu définitivement aucun d’entre eux. Comment battre un immortel ? Mon esprit s’égara du coté de mon oncle... oui, décapiter les chevaliers devrait être suffisant.
- Hey ! Donc vous êtes là pour nous aider ? demanda Dezha. Super ! Vous êtes nombreux ?
- Hélas nous ne sommes qu’une poignée. La répartition des disciples est très inégales parmis les chevaliers. Sloth n’en a plus depuis Xzan est devenu Envy et que les deux membres de la Horde sont devenus disciples de Pride. Ce dernier n’en a qu’une dizaine, Lust n’en a pas, Wrath n’en a plus...
- Et moi je n’en ai pas besoin ! Intervint Chantée. En fait, presque tout le monde appartient à Greed ici.

Ce Greed se présentait de plus en plus comme le plus dangereux des chevaliers... surtout parce que c’était apparement le seul à vouloir organiser un peu les choses. C’était donc pour moi l’ennemi à abbatre en priorité pour prendre le contrôle de Malykriss et retrouver mes amis, mais pour cela il nous fallait une meilleure force de frappe, chose que Glutonny arriverait parfaitement si nous pouvions éliminer son dernier clône. J’ordonnai donc aux disciples d’Envy de nous trouver un chemin sur jusqu’au clone et de passer les gardes sans trop d’ennuis. Toutefois, dans la mesure où Greed disposait de près d’une millier de disciples sur le vaisseau et que ceux d’Envy m’avaient tout l’air de personnages mineurs sacrifiables à qui on ne prend même pas la peine de donner un nom, leurs chances de survies étaient plus que limités.

Et cela ne rata pas. Alors que les disciples nous menaient jusqu’aux quartiers des officiers, une volée de sorts ténébreux s’abbatit sur eux et les firent passé de l’étât de morts même pas vivants, comme le disait si bien Mo.
- Je leur avais dit qu’on ne peut pas faire une infiltration correcte en armure de 50 kilos, soupira le gnome.
- C’est pas le moment, baisse toi ! Rugissa Olga en protégant Mo d’un nouveau sort.

Il était temps de voir ce que valait notre nouvelle recrue. Sortant des ombres du couloir, une vingtaine de chevaliers s’avança devant nous. Ils étaient visiblement affiliés à Greed, leurs armures étant recouvertes de colifichets douteux, de quincailleries minables et de tout autres objets pourvus qu’ils soient dorés. Bref tout l’inverse de ceux d’Envy, ces disciples avaient l’air d’aimables pillards.
- Le seigneur Greed va nous récompenser grandement pour vos têtes, dame Glutonny et Envy, fit l’un des chevaliers qui semblait être le chef. Et en plus qu’avez vous ici ? Des intrus ? Ahaha ! C’est vraiment notre jour de chance ! Vous avez entendu les amis ? Nous sommes riches !
- De l’argent pour le dieu de l’argent ! Scanda l’un des chevaliers.
- Tu penses vraiment pouvoir vaincre deux des "doigts" ? Demanda Dezha dans l’espoir des les intidimer.
- Peuh ! Glutonny est faible, tout le monde le sait, et cette nouvelle Envy ne me fait pas peur. Les disciples de mon rang n’ont rien à envier aux "doigts" de bas étage, nous ne faisons qu’attendre qu’un titre soit disponible. Et justement, deux places sont sur le point de se libérer... mouahahahaha-ah ?

Le chevalier fut interrompu par un sauvage cri de guerre nain qui précéda la charge d’Olga, toutes haches dehors. En effet la naine était équipé, en plus d’une armure légère toute nordique, d’une paire de haches à simple tranchant dont la garde bombée garnies de piquant en faisant de redoubles armes pour le corps à corps... très rapprochés. Le fracas d’armures qui s’ensuivit donna une idée de la douleur que ressentit le chevalier qui fut envoyé bouler au fond du couloir.
- Tant mieux si tu aimes pas les doigts, car c’est une mandale toute entière que tu vas te prendre ! Scanda Olga en brandissant le point.
- Heu, fais attention à ce que tu dis, conseillai-je.
- Ce titre de "doigt" est vraiment stupide... soupira Xzan en secouant la tête.

N’écoutant pas les commentaires, Olga bondit, avec une vigueur rare chez sa race, vers d’autres chevaliers qui furent surpris de voir charger cette grosse boule de métal garnies de haches et de tresses. Ils furent toutefois rapides à réagir, invoquant des armures d’os pour se protéger et commençant à envoyer quelques sorts.

Sans ralentir, Olga percuta les armures d’os, les réduisant sans mal en tas de poussière et poussa un cri si violent qu’il repoussa tous les chevaliers et annula leurs sorts, laissant les disciples de Greed à la merci des haches de la naine. C’était une vrai démonstration de combat d’un skald, mais Mo trouva à y redire.
- Ca va pas d’hurler comme ca ! fit le gnome. On est en infiltration bon sang ! T’as pas entendu quand les gars morts ont parlé de milliers de disciples ? Tu vas rameuter tout le monde avec tes beuglements.
- Le gnome a raison, il faut qu’elle se taise, approuva Cattnia pour d’autres raisons.
- Mais c’est sa manière de se battre, expliquai-je. Bon très bien... Eh Olga, on change !
- Hein ? Déja ? Ok tant pis, à la prochaine mes agneaux, fit-elle à l’adresse des chevaliers encore sous le choc.

Oui j’avais décidé de me battre. D’abord parce qu’il fallait les vaincre le plus silencieusement possible mais aussi, et surtout, qu’il n’était pas question qu’une naine me vole la vedette alors que j’étais censée être devenue super-puissante. Une telle poignée de larbins était parfaite pour la démonstration de mes nouveaux pouvoirs.
- Bon ! C’est parti ! Messieurs les chevaliers, tirez les premiers !
- Hey... une démoniste ? Demanda un chevalier. Gamine, tu ferais mieux de laisser faire ta copine, ce n’est pas une petite sorcière et sa succube qui vont nous inquiéter.
- C’est pas ma copine... et la succube, elle se bat pas. Elle est comme ça.
- Vraiment ? Pourtant un démoniste sans démon c’est comme... c’est comme...
- Comme quoi ?
- ... un mage.
- Ok. C’est bon. Toi t’es le premier à mourir.

Devant la suprême insulte qui venait de m’être faite je réunissais mes pouvoirs pour faire passer le goût du pain au chevalier inconscient du fait qu’il avait signé son arrêt de mort en insultant une déesse. Je n’avais toutefois pas songé qu’à l’inverse de mes sorts, ceux des chevaliers ne nécessitaient pas d’incantations et étaient donc regrettablement plus rapide. Avant que je ne puisse prononcer le premier "e" de feu de l’âme, une énorme main fantomatique m’envellopa et me tira violemment en direction du chevalier, droit sur son épée tendue vers moi.

L’instant d’après, l’épée me passait au travers du corps au niveau du ventre. Le résultat laissa bouche bée a peu près tout le monde.
- Bah. C’est tout ? demanda le chevalier. Je voulais pas la tuer, je pensais qu’elle était quand même plus balaise que ca !
- AH ! SYNAPSE ! Hurla Dezha complêtement paniqué.
- C’est pas vrai ! pesta Xzan.
- Patrooooone ! pleurnicha Mo.

Olga, elle, ne se laissa pas le temps de pleurer et, rabattant son casque, s’appréta à foncer dans la mélée pour me récupérer mais, au dernier instant, Cattnia l’arrêta d’une main sur l’épaule, lui adressant un large sourire.

Et de mon coté...
- Oh. Il semblerait que je me sois fait avoir.
- Hein ? T’es pas morte ? s’étonna le chevalier.
- Non. Mais ca fait un mal de chien ton truc, va jouer ailleurs maintenant.

D’un geste inattentif de la main, je percutai le plastron du chevalier qui tenait l’épée. L’effet fut immédiat, le guerrier de Greed fut propulsé plusieurs mètres en arrières, étrange réédite du combat contre Olga de son prédécesseur.

L’épée toujours en travers du corps, je considérai la chose avec dépis, m’en voulant d’une telle inadvertance. Prennant la lame à deux mains et serrant les dents, je retirai l’épée pour la laisser choir sur le sol, trop lourde pour moi. C’est alors que, tandis que tous mes compagnons avaient les yeux rivés sur ma blessure béante, celle-ci se referma à vue d’oeil, entourée d’ombres et de noires énergies.
- Que... que... comment ? Bégaya Dezha.
- C’est quoi ce machin ? Cria l’un des chevaliers. Elle est pas humaine !
- Evidemment, puisque je suis une déesse.
- Gruuuu bro (on dit merci qui ?) fit Tangkath qui venait d’apparaître à mes cotés.

Sorti de nul part, le démon bleu se tenait à coté de moi, l’air visiblement amusé par le petit effet qu’avais produit mon coup de force et ma guérison miracle. Sans plus de commentaires, il alla rejoindre Cattnia à l’arrière du groupe pour me laisser le champ libre.
- Bien. Maintenant, un peu d’exercice pour la suite. Silk !

A l’annonce de son nom, la hache démoniaque de Shaathun apparut subitement dans ma main, à une taille et un poid heureusement beaucoup plus adapté à mon gabarit. Soyons clair, en temps normal j’aurai été proprement incapable de manier un tel engin, mais comme vous commencez à le comprendre, ce n’était pas un temps normal.

Ainsi armée, j’engageai le chevalier le plus proche, surpris de voir un démoniste sortir une arme pareille, et par une botte aussi efficace que surprenante de ma part, j’envoyai rouler au sol mon adversaire qui commençait déja à se faire dévorer par les regrettable effets secondaires de la hache démoniaque. Filant à toute allure dans les rangs des chevaliers, j’en envoyait trois autres connaître le même sort avant qu’ils ne se mettent à réagir pour de bon.

Se regroupant devant cette nouvelle menace que je représentait, quelques chevaliers firent bouclier pendant que les autres tentèrent de m’innonder de sorts de glace pour m’arrêter. L’effet fut plutôt décevant car la glace ne parvint même pas à m’atteindre. Quand la pluie de sorts s’arrêta due à la fatigue des chevaliers, je me tenait devant eux, saine et sauve, en compagnie de Shaathun et Zaz.
- Bien, il est temps d’en finir. Vous autres, reculez, ca va chauffer !

Devant les yeux horrifiés des chevaliers, une énorme boule de feu naquit entre mes mains, grossisant jusqu’à prendre des proportions gargantuesques qui firent hurler les derniers chevaliers de terreur, me traitant de tout les noms et arguant que moi non plus je ne survivrai pas à l’explosion d’un machin pareil. Erreur.

Quand le souffle de l’explosion retomba, le changement de phase que j’avais opéré sur moi au dernier moment s’annula, me laissa au milieu des cendres des ex-chevaliers, une étrange odeur d’ozone et de chair brulée dans l’air.
- Oups... j’avais dis qu’il fallait être silencieux. Avec ca, c’est pas gagné...
- Synapse ! Comment t’as fait ca ! fit un Dezha qui n’en pouvait plus.
- Permettez moi de répondre, fit Bizrot qui était perché son mon épaule.

Le diablotin, toujours ravi de pouvoir étaler sa science, expliqua que les phénomènes étranges intervenus pendant mon combat était parfaitement explicable par le rituel de sacrifice que nous avions accomplis chez les trolls. Alors que pour la première fois depuis mon départ de Zul’Drak mes cinq démons étaient présents, Bizrot expliqua le système de ces nouveaux pouvoirs.

Le sacrifice d’un démon consiste, dans la théorie, à consumer son essence pour augmenter les pouvoirs du démonistes. C’est en général assez efficace bien que laissant le démoniste seul et sans protection. Dans mon cas toutefois, chose exceptionnelle parmis les démonistes, je possède cinq démons qui peuvent être invoqués ensemble. Et donc du coup, être sacrifiés aussi... la dernière fois que j’avais tenté cela, c’était contre Gaïa et vous connaissez les conséquences.

Le rituel des trolls m’avait toutefois permis de rentabiliser un peu plus la chose. Ainsi j’avais le choix, en permanence, d’avoir mes démons à "l’extérieur" ou à "l’intérieur". Un démon à l’extérieur ne sert à rien, ou simplement être lui-même ce qui n’est pas énorme quand on connait les bestiaux, et c’est pour cela que désormais je n’en "sors" rarement plus d’un à la fois. En revanche, à l’intérieur, les pouvoirs des démons attendent d’être utilisés, avec une puissance sans équivalent.

En effet, chaque démon me permettait d’accèder temporairement à des pouvoirs très pratiques : Tangkath me donnant sa force et sa capacité de regénération instantanée, Shaathun me donnant son expertise au combat et le pouvoir d’invoquer Silk, Zaz me donnant une résistance invraisemblable à la magie et surtout celle du feu, Bizrot me donnant accès à ses sorts dont la boule de feu et le changement de phase et Cattnia... un fouet et occassionnellement une paire d’ailes. Le seul inconvénient étant que l’utilisation de ces pouvoirs ne pouvaient excéder quelques dizaines de secondes, après quoi le démon était "expulser" et devait rester dehors pendant quelques minutes avant de pouvoir se sacrifier à nouveau.
- Wow... j’ai rien compris mais ca à l’air super cool ! Fit Mo.
- C’est pourtant simple... rouspeta Bizrot.
- C’est vrai que je n’avais pas pensé à toutes les utilisations que tu pouvais faire du sacrifice, fit Dezha. En plus de cela tu peux faire des combinaisons... la force de Tangkath et les talents de guerrier de Shaathun, c’est plutôt effrayant.
- Oh il y a plus de combinaisons à faire que cela, je te montrerai à l’occasion ! répondis-je.
- Une minute... les ailes de Cattnia ? Eh ! C’est comme cela que tu t’es tiré du crash sans une seule blessure, tu peux voler !
- Oui. C’est le seul intérêt du sacrifice de Cattnia, ca et l’invisibilité. Je n’ai certainement pas besoin de son pouvoir de charme... enfin pour le crash, désolé mais de toute façon je ne pouvais pas te porter.
- Et la force de Tangkath alors ?
- Ah... oui... zut.

La question de mes nouveaux pouvoirs mis au clair, nous pouvions ainsi continuer à...
- Hep une minute ! J’ai pas fini, fit Dezha. Pourquoi tu en gardes toujours un dehors ? Pour la conversation ?
- Non. Enfin si, mais non. Quand je réunis les cinq, il se passe la même chose que contre Gaïa.
- Tu maitrises le "mode déesse" à volonté alors ? C’est génial !
- Bof... j’ai dis qu’il se passe la même chose que la dernière fois, c’est à dire qu’au bout de deux minutes je tombe dans les pommes et je me réveille un jour plus tard, probablement avec Sloth à côter pour me narguer et m’inquiéter sur le déroulement des évènements pendant mes abscences. Donc bof.

Alors que Dezha enregistrait ces nouvelles informations et que Xzan montrait des signes d’ennuis, un applaudissement se fit entendre. Un claquement de mains lent et lourd d’ironie qui se rapprochait tandis que dans l’ombre se dessinait la silhouette d’un nouveau chevalier.
- Bravo. Vraiment bravo. Expliquer tous ses pouvoirs en plein milieu du donjon des méchants, c’est du grand art, fit le nouveau venu.
- Je l’ai toujours dis Bizrot. Tu parles trop.
- Vous êtes Synapse je suppose ? On m’a tellement parlé de vous.
- En bien j’espère ? Et vous êtes... ? Chevalier lambda numéro 1452 ?

Un sourire se dessina sur le visage du nouveau venu. Il s’agissait d’un elfe de la nuit, aux longs cheveux tressés remplis de babioles et autres objets de décorations de manière encore plus austentatoire et de mauvais goût que les précédents chevaliers. Surement un manière de marquer son rang chez ces tarés. Par mesure de précaution, je faisais rentrer tous mes démons sauf Bizrot.
- Pas vraiment, je suis Greed, fit le chevalier dont les cliquetis d’armures étaient tellement agaçants. Mais que vois-je ici ? Xzan la Traitresse, Dezhabuzed le Déprimé, Glutonny la paumée, une naine et un gnome... intéressant.
- Glutonny la paumée ? S’offusqua l’intéressée. C’est quoi ce titre, mon nom est Chantée !
- Je le sais, c’est moi qui l’ai trouvé... bon, pour les deux machins trop proches du sol je ne sais pas, mais les autres je vous connais plutôt bien. Très bien même, héhéhé.
- C’est vrai ca, comment peut-il connaître mon nom ? Demanda Dezha.

Greed continua de se rapprocher de moi avec une assurance qui frisait l’inconscience, il venait pourtant d’avoir une démonstration de mes pouvoirs mais cela ne semblait pas l’intimidé. Comme prévu, mon adversaire s’annonçait costaud. Je regrettai à cet instant de ne pas avoir demander à Chantée quel le pouvoir de Greed.
- Malgré votre entrée "fracassante", j’aimerai vous dire chère Synapse que vous êtes la bienvenue dans ma demeure. Ces disciples qui vous ont attaqués ont été trop gourmant et l’ont payé, ce n’est donc rien.
- Il nous attaque et il nous excuse ? demanda Mo, perplexe.
- Et pour dissipé tout malentendu, je vous invite tous à un grand banquet dans mes quartiers, bières et viandes à volonté !
- Oh ! Génial ! Fit Chantée. Une minute... oh non je me suis fait avoir.

L’instant d’après, Chantée avait disparut, ainsi qu’Olga qu’on ne pouvait voir nul part.
- Hmm, il semblerait que j’ai touché juste. Tous les nains aiment la bière, c’est pathétique, fit Greed.
- Hein ? Comment ! Il a déjà commencé son attaque ? Fit Dezha en se mettant en position de combat.

Xzan devint subitement nerveuse, dégainant également son épée et fixant Greed sans dire un mot.
- Xzan ! Tu lis dans son esprit n’est ce pas ? demandai-je. Explique moi-ca !
- Il cherche... la faille en nous. Je ne comprends pas comment il les fait à faites disparaître, cela doit avoir un rapport avec son pouvoir. Je ne l’ai jamais vu à l’oeuvre jusqu’à présent.
- La faille ? Quelle faille ?

Greed, sans la moindre crainte, s’approcha de Xzan qui se mit à trembler de nervosité. Quand il fut suffisament proche, il se pencha pour murmurer quelques mots à l’oreille de Xzan... qui disparut également en un battement de cil.
- Que... mais comment il fait ca ? criai-je. Même Xzan !
- Cela doit avoir un rapport... Greed l’avidité... songea Bizrot.

Dezha lui aussi se mit à cogiter de plus en plus fort, quelque peu pertubé avec l’aisance absolue que Greed avait pour décimé nos rangs. Mais comme le mort-vivant avait oublié d’être stupide ce jour là...
- Je sais ! Si j’ai raison je crois que... Greed !
- Oui ?
- Vous pouvez me donner ce pendentif sur votre bras droit là ?
- Pas de problème.

Une seconde plus tard, Dezha avait lui aussi disparu.
- Hein ? Mais... continuai-je dans mon incompréhension totale.
- J’ai compris ! Fit Bizrot. C’est la possession ! La faille, c’est de se sentir redevable ! Il peut nous avoir si on se sent redevable envers lui !
- Bravo, tu as trouvé petit démon... tu es doué.
- Ahah merci je... heu... eh merde.

Bizrot disparu à son tour. Il n’y avait plus que moi, Mo et Greed dans le couloir. Toutefois, à la surprise du chevalier, moi et le gnome avions un large sourire aux lèvres.
- En fait, c’est pas si terrible que cela un chevalier, fit Mo.
- Clairement, je ne me serai pas embeté avec un si long entrainement si j’avais su que leur niveau est si bas... répondis-je.
- De quoi vous parlez vous deux... je viens de vaincre vos compagnons et ca ne vous fait rien ?

Fixant le plafond d’un geste dédaigneux et complètement méprisant, je pris la plus hautaine des poses que je n’avais effctuée depuis longtemps et déclarais :
- Il n’y aucun moyen pour que moi, la grande déesse Synapse, reine des démonistes, être ultime de la création, puisse se sentir redevable de qui que ce soit excepté moi-même pour être aussi formidable et grandiose.

Aaaaah, ca fait du bien.
- Et moi, je suis juste un voleur, fit Mo.

Greed eut un mouvement de recul, visiblement secoué par l’idée que son pouvoir était sans effet sur moi. Quand à Mo, il était déja en train de jouer avec une partie des babioles que Greed trimbalait sur son armure quelques minutes plus tôt, sans le moindre sentiment de reconnaissance.
- Mouhahaha, tu es piégé Greed. Rends-toi.
- J’avoue, je ne m’attendais pas à cela... par contre j’ai une question.
- Oui ?
- Qu’est ce qui m’empêche de vous tuer avec mes pouvoirs normaux ?
- Heu...

Zut, il y avait donc une faille dans mon plan ! Il est vrai que, de base, un chevalier de la mort du niveau des "doigts" c’est très fort, avec ou sans pouvoir. Or sans Bizrot la réunion complète était impossible... oh et puis zut, on fonçe dans le tas.

Activant à la fois le pouvoir de Tangkath et de Shaathun, je chargeai hache au poing pour corriger la face méprisante de cet elfe en armure. Il est a noté la regrettable modification de mes techniques de combat, désormais nettement plus brutales et peu subtiles. Mais que voulez-vous, il faut ce qu’il faut.

Silk fendit l’air en direction de la tête de Greed, mais au moment où je pensais le combat déja gagné, une paire de dagues arrêta net le fil de ma hache, en opérant un curieux croisement des lames qu’il me semblait avoir déja vu quelque part. Bandant ses muscles, Greed poussa sur ses dagues, me propulsant en arrière et me faisant me vautrer lamentablement sur le sol. Pendant ce temps là, Mo fouillait dans les bourses que Greed avait autrefois accroché à sa ceinture.

Pas vaincue pour autant, j’invoquai le pouvoir de Cattnia pour renforcer les miens et envoyer un énorme trait de l’ombre. Une grosse boule d’énergie noire apparut entre mes mains et le projectile fusa en avant. Pas fou, Greed avait activé le sort d’anti-magie des chevaliers et attendait mon attaque de pied ferme. Sauf que ce n’était pas lui qui était visé mais le plafond. Quand le trait de l’ombre le percuta, une énorme avalanche de pierre déferla sur Greed, le recouvrant presque totalement sous les gravats.

Je respirai un moment, reprenant mon souffle et plutôt contente d’avoir dégommer un tel adversaire aussi facilement, bien que plutôt inquiête pour le sort de mes compagnons que je ne voyais pas revenir. Par contre, sous les gravats, une lueure dorée attira mon attention. Sous mes yeux horrifiés, Greed émergea des décombres sans la moindre égratignure, une grande bulle dorée autour de lui.
- Quoi... un bouclier divin ? C’est pas possible, t’es paladin aussi ?

Au moment de le dire, je réalisai la stupidité de cette idée. Un elfe de la nuit ne pouvait pas être paladin. Encore moins un elfe de la nuit chevalier de la mort. Alors comment ?
- Elle est vraiment pratique cette bulle... avec ca je suis complètement invulnérable et cela en permanence. Etonnant pouvoir, non ?
- En permanence ? Mais c’est... Gabu ! Et cette technique des dagues, c’est Krull. Tu as volé leurs techniques !
- Pas volé ! Je ne vole pas ! Ils m’appartiennent maintenant, tous tes compagnons m’appartiennent. C’est donc normal que je puisse utiliser leurs atouts, n’est-ce pas ? Ils sont à moi. Rien qu’à moi...

Je venais de comprendre la nature du pouvoir de Greed. Par un jeu de culpabilisation, il parvenait à ce que ses adversaires lui soit redevable et "s’emparait" d’eux ainsi. Il pouvait dès lors utiliser leurs pouvoirs... très mauvaise pour moi car là-dedans, il y avait Krull, Zek, Xzan, Gabu, Kaos, Pilat... et j’en passe. Ouch.
- Tu penses toujours pouvoir me vaincre, petite Synapse ? demanda Greed.
- Gruuz gog bro, shoo ga... (A un concours de pêche peut-être, mais à la baston on va oublier...)
- C’est pas le moment où l’on fuit normalement ? Demanda Cattnia.
- Bonne idée ! Fuyons ! fit Mo.
- Pas question ! Nous devons sauver nos camarades ! Scanda Shaathun.
- Tu te sens capable de vaincre Krull et Zek en même temps, demandai-je sans grand espoir.
- Heu... peut-être...

La situation était despérée. Il fallait que je pense à quelque chose, vite, mais quoi ?
- Atchoum !
- A vos souhaits, fit Greed ironiquement.
- Merci.

L’instant d’après, je disparaissais. Bah quoi ? J’aime bien les gens qui disent "A vos souhaits". Mo fut le premier choquer, surtout quand il réalisa qu’il était désormais seul avec Greed.
- Synapse ? Synaaaaaapse ? Déconne pas Synapse, où t’es passée ?
- Allons bon... fit Greed. Moi et ma politesse.

*** Ailleurs ***

Je me retrouvai donc, conformément à mon plan, en compagnie de mes démons à l’exception de Bizrot, dans un tout autre univers. Au dessus de moi, un ciel bleu dominait, avec un grand soleil assez peu fréquent dans cette partie du Norhtrend. Autour de moi, des murs. De grands et terribles murs de briques rouges qui semblaient ne pas avoir de fin. La conclusion était évidente, j’étais dans un...
- Labyrinthe.
- Oui, bienvenu dans le labyrinthe de Greed, fit celui-ci juste à coter de moi.

Greed n’avait plus la même apparence. Il ne portait plus son armure mais de simples vêtements noirs et, autre fait marquant, il volait plusieurs mêtres au dessus de moi.
- Tu es dans mon univers Synapse. C’est dommage car même si tu n’avais aucune chance dans le monde réel, ici tu as totalement perdue.
- Pas si j’arrive à te vaincre ici.
- Ici ? Mais ici est nul part, il n’y a pas de sortie, pas d’issue. Regarde, tu ne peux même pas me toucher si je ne le désire pas.

En disant cela il s’approcha et ma main passa au travers, comme un fantôme.
- Tu m’appartiens désormais, tout comme tes compagnons. C’est fini.
- Je trouverai la sortie Greed, et une fois dehors avec mes compagnons, cela sera la fin de ton petit royaume minable.
- Eh bien nous verrons... amuse-toi bien dans mon labyrinthe ! AHAHAHAHAHAH !

Zut. J’ai toujours été nulle en orientation.

Chapitre 54 : Le labyrinthe de Greed (2eme partie)

Vous savez, un labyrinthe, avant même d’être un piège mortel ou un prodige d’architecture, c’est surtout un truc très, très, très répétitif.

Quand vous avez vu un mur, vous en avez vu mille. Et moi je n’étais pas prête d’arrêter d’en voir... Soyons clair, je me suis toujours vanté d’avoir un sens de l’orientation parfait, mais dans le cas d’un labyrinthe géant créer par un esprit malade pour garder ses proies à portée, je doute que cela suffise. Tient en parlant du loup...
- Alors Synapse, tu apprécies la balade ?
- Vous comptez me coller encore longtemps Greed ?
- C’est énervant hein ? Ici mon apparence est immatérielle et on ne peut m’atteindre... mais j’ai pouvoir sur toute chose et je peux être et comprendre tout ce qui m’appartient. Pratique non ?

Le salopard lisait donc les esprits de ceux qu’il avait enfermé dans son monde, pouvant ainsi voler les pouvoirs et techniques de ses victimes. A ce titre, pas étonnant que Zek ou Krull fussent des recrues de choix. Dans un puéril effort de l’éloigner de mon crâne, je me forçais à imaginer quelques scènes atroces impliquant des nains, espérant obtenir une réaction de dégout de la part de Greed.

Mais rien. Il aime les nains ou quoi ?

Emplie d’un doute, j’imaginais alors une scène qui provoquerait chez n’importe quel être normalement consistué une réaction immédiate. Oui, c’est ce à quoi vous pensez.

L’elfe resta de marbre. Une seule solution possible.
- C’est tout de même dommage que vous ne pouvez lire mes pensées, n’est ce pas ?
- Hein ? Mais... comment ? Comment tu sais ça toi !
- Peuh, j’ai tout de suite deviné. Personne ne peut lire à travers mon divin esprit et...
- ... et ces foutus démons à l’intérieur qui embrouillent tout à tel point que je comprends plus rien ! Oui en effet, c’était malin de ta part...

Ah ? C’était les démons ? Remarque c’est plutôt logique. Il est vrai que mes démons fusionnés font en quelque sorte partie de moi et de mon esprit et... eh minute ! J’espère que ca veut dire qu’ils ne lisent pas mon esprit ceux-là ! Note pour moi-même, interroger Shaathun sur mes pensées récentes, il ne sait pas mentir de toute façon.
- Et c’est donc pour cela que j’ai le droit à la surveillance permanente ? Demandais-je.
- Oui. Je ne sais pas ce que tu manigances, mais je compte bien te surveiller jusqu’à l’arrivée de Pride. Il me donnera un bon prix contre toi, pour t’utiliser contre Sloth. Ou peut-être que le Roi Liche serait intéressé, hmm...
- Sans vouloir vous interrompre, je tiens à dire que c’est plutôt une mauvaise idée de rester ici en ce moment, alors que vous n’avez toujours pas neutralisé Mo.
- Peuh ? Ce gnome ? Comme si il pouvait faire la moindre éraflure à mon armure ! Mes hommes auront tôt fait de s’en débarraser.
- Je ne parlais pas du risque pour votre vie, mais plutôt pour vos possessions. Je vous signale que je vous ai laissé seul avec le plus grand cleptomane de l’histoire gnomique depuis l’invention des robes taille basse chez Fjord.

Le visage immatérielle de Greed se figea. L’idée fit rapidement son chemin dans la tête de l’elfe qui, pris d’une sainte horreur à l’idée que ses trésors soient pillé, s’en alla droit vers le ciel en hurlant. Mo allait passer un sale quart d’heure c’était sur, mais après tout je l’avais recruté comme chair à canon. Puis il court vite.

En voyant Greed s’envoler, je me disais que c’était plutôt une bonne idée pour me tirer de ce foutu labyrinthe. Sortant les ailes de Cattnia, je battais péniblement de ses ailes de chauves-souris pour m’élever de quelques mètres. Une barrière invisible me repoussa... évidemment, cela aurait été trop facile. A y réfléchir, j’étais tout de même dans une situation plutôt délicate car rien ne prouvait qu’il était possible de sortir de cet endroit, dans la mesure où Greed l’avait entièrement imaginé. Mais les mondes d’un seul homme sont toujours fragile et j’avais bon espoir, une fois réuni avec Bizrot, que mes pouvoirs de déesse puissent briser ce petit univers intérieur.

Restait à trouver le diablotin...

A bien y réfléchir, même si le labyrinthe était très certainement gigantesque, cela n’aurait pas de sens de mettre chacun dans un labyrinthe différents, nous étions surement tous dans le même pour que Greed puisse nous observer se démener pour rien. Ce n’était donc qu’une question de temps avant que je croise quelqu’un. Et ce quelqu’un...
- OH NON ! NON ! BON SANG NON ! C’EST PAS VRAI !
- Bonjour Liven...
- NOOOOON !

...

Et donc, perdue dans un labyrinthe rempli d’a peu près les trois-quarts des gens que j’ai rencontré dans ma vie sinon plus, je tombais en premier lieu sur mon ennemi juré. Le sens de l’humour de ma divine destiné m’échappe parfois totalement. Seul réconfort, Liven semblait encore moins heureuse que moi de cette mauvaise rencontre.
- Mais pourquoi... ca fait 10 jours que j’ai croisé personne et il faut que je tombe sur toi ! Qu’est ce que tu fiches ici ? Pourquoi tu me suis ! Je ne veux plus jamais te revoir !

Liven tourna les talons sans me laisser répliquer, s’enfuyant à toutes jambes plutôt que de rester en ma présence. Toutefois quelques minutes plus tard, alors que j’étais resté en plan devant cette étrange rencontre, Liven réapparut devant moi, complètement essouflée.
- Geuuuh... HEIN ! Mais c’est pas vrai !

Liven fit à nouveau demi-tour, courant le plus loin possible comme une enragée... pour revenir au même point quelques instants plus tard. Finalement, elle s’arrêta pour reprendre son souffle... dans la mesure où les morts-vivants ne respirent pas, j’ai toujours trouvé cela un peu étonant.
- On dirait... que je suis perdue... fit Liven.
- En même temps courir dans tous les sens dans un labyrinthe, c’est plutôt stupide, fit une succube qui avait abandonné dès le premier aller-retour.
- Oh bonjour Mirna, ca fait longtemps ! M’exclamai-je. Vu que je sens que ta maitresse va encore tenter de s’enfuir pendant un moment, tu pourrais me dire ce qu’il se passe ici ?

Mirna m’expliqua que cela faisait trois mois que Liven et l’équipe de Brexxor s’était faites capturer par Greed. Ils étaient parvenus à entrer dans Malykriss grace à la complicité d’Envy en compagnie de Krull mais ils étaient tombé en plein milieu d’une bataille entre Wrath et Xzan, avec Lust qui tirait les ficelles. Greed est ensuite intervenu pour séparer les combattants et piqua une crise quand il s’aperçut de l’étendu des dégats. En voyant que Greed engueulait vertement Lust et avait envoyé ses disciples maitrisé difficilement Wrath, Brexxor et ses compagnons firent l’erreur de voir en Greed un allié. Et de se sentir redevable... et donc vous devinez la suite.

Par contre, bien évidemment, Liven ne succomba pas à la manoeuvre, bien incapable de se sentir redevable de qui que ce soit. C’est là que les choses ont dérapés.
- Hein ? C’était la partie simple là ? Demandai-je. Je comprends déja plus rien.
- Et moi non plus, fit Mirna. C’est à ce moment qu’Envy s’est faites tuée. Je n’étais pas invoquée aussi je ne peux pas donner de détails mais Liven m’a parlée d’une lumière étrange, de plusieurs couleures. L’instant d’après elle était sur le sol, mourante. Gluttony est arrivée et elle s’est mise à hurler et puis c’est enfin Pride qui est apparut... ce fut le Chaos. Gluttony a accusé Pride, Lust a tenté de finir Xzan, Wrath s’est libéré...
- Oula... et ensuite ?
- Ensuite Liven s’est faite piégé par Greed, on ne sait donc rien.
- Ah bon ? Comment il a fait ?
- Elle refuse toujours de me le dire.

Un enième cri de rage nous renseigna sur la position de Liven qui, de guerre lasse, consenta à nous rejoindre. J’apprennai de sa bouche qu’à peu près tout le monde était effectivement dans le même labyrinthe et qu’aux dernières nouvelles, ils allaient à peu près bien. A peu près. Liven insista sur ce dernier point, expliquant qu’elle n’avait pas de nouvelles fraiches du fait que, pour des raisons personnelles, elle avait préféré s’isoler et ne pas rechercher les autres membres de son groupe ou des Tribz. En fait elle avait passé la quasi-intégralité des trois mois seules.
- Le labyrinthe est si grand que cela ? On peut réellement ne croiser personne en trois mois ?
- Bien sur ! C’est un vrai labyrinthe, pas un décor de jardin.
- Cela doit être affreusement répétitif ces murs de briques rouges...
- Oh non, ca ce n’est que le labyrinthe rouge, ce n’est qu’une petite partie. Il y a d’autres types de labyrinthes, certains plus étranges que d’autres... par exemple il y a le labyrinthe de glace, le labyrinthe de fumée, le labyrinthe invisible, le labyrinthe jungle... ou même le labyrinthe des murs qui parlent.
- Hein ? Les murs attaquent les gens ?
- Non. Ils parlent. Ils sont même plutôt polis, ils n’arrêtent pas de dire "Pas de panique, nous sommes juste des murs qui parlent, nous n’allons pas te manger !" mais ca devient lassant à la fin.

Greed avait définitivement une grande imagination. Tordue également.
- Et la bouffe, vous faites comment depuis trois mois ?
- Je suis morte, je ne mange pas.
- Je veux dire les autres...
- Je suppose qu’ils trouvent de quoi manger dans le labyrinthe-jungle. Mais je me méfierai, tous les labyrinthes sont remplis de pièges de ce genre. Enfin sauf les murs qui parlent, mais eux ils rendent cinglés...
- Hein ? Mais pourquoi tuer les gens dans le labyrinthe ? Le but n’est pas justement de les garder pour profiter de leurs pouvoirs ?
- Aucune idée. Peut-être une question de sélection naturelle... ou alors il peut conserver le savoir de ceux qui meurt dans le labyrinthe... mais Greed n’intervient jamais directement ici, cela va apparement à l’encontre des "règles".

Liven expliqua que cet univers interne semblait être régit par des règles que même Greed ne controlait pas. Des règles que beaucoup avait essayé de comprendre dans l’espoir de s’échapper et avec, jusqu’à présent, peu de succès. C’est pourquoi, malgré la haine tenace que Liven me porte, elle apprécia davantage mon plan qui consistait à tout faire sauter... ou à me voir échouer lamentablement, ce qui lui plairait également beaucoup.
- Eh sinon, c’est quoi le piège avec le labyrinthe rouge ? Jusqu’à présent tout va bien.
- Oh, rien en fait... si on oublie le "minotaure" et les murs qui bougent.
- Vraiment ? Les murs bougent ?
- C’est un labyrinthe magique Synapse ! Bien sur que les murs bougent ! Quand au "minotaure"... la simple couleur des murs devrait te renseigner sur la personne en question.
- Heu... oh. Oh ! Oh...
- Oui. Oh...

Ne voulant pas croiser un Guro enragé dans la mesure du possible, je proposais à Liven de reprendre le chemin et essayer de chercher Bizrot dans un endroit plus acceuillant... en assumant que cela existe dans ce monde bizarre.

*** Pendant ce temps, sur Malykriss ***

La situation était grave, Greed était en pleine crise, laissant à ses disciples la désagréable impréssion que le titre de leur maître aurait plutôt été Wrath que Greed si l’on avait voulu faire bien les choses. Mais qui étaient-ils pour critiquer les choix du roi-liche... la raison de la colère de Greed ? Un gnome. Un ridicule et minable que j’avais ramassé dans les bas-fonds de Dalaran et qui s’était avéré être le plus irritant et cleptomane des gnomes de toute l’histoire de cette désagréable espèce. Et Greed en faisait les frais. Oh oui.
- On l’a vu dans le quartiers des contre-maîtres ! cria l’un des gardes.
- Non ! Il se cache dans l’armurerie ! Hurla un autre.
- Les cuisiniers viennent de se faire dévaliser ! Annonça un troisième.
- Mais bon sang, il est combien ce gnome ! Rugissa Greed. Choppez le !

Les yeux injectés de sang, Greed parcourait d’un pas lourd les couloirs de sa forteresse en ruminant à voix basse les choses dont Mo l’avait déja dépossédé. Le voleur gnome, qui s’auto-surnommait le "Renard de Feu", avait commençé par faire une razzia dans la salle des trésors principale, dérobant une couronne de rubis que Greed réservait pour sa victoire finale en Azeroth, ainsi qu’un sceptre magique dont l’étrange pouvoir était de créer des sources d’eau dès qu’il touchait le sol... sources qui semblaient ne jamais se tarir.

De l’eau jusqu’aux genoux, Greed passa en revu le forfait suivant de l’ignoble créature, à savoir dévaliser ses quartiers personnels, où Mo avait engouffré dans son sac tout un tas de babioles sans intérêt mais très cher à Greed, une poignée de colifichets que le chevalier appréciait, la collection d’autographes de démons majeurs qu’il avait completé durant son difficile séjour dans les dimensions inférieurs et même la lettre qu’il avait reçu de dame Tyrande en personne pour ses anciens exploits. Oh ce gnome allait payer.

Aux dernières nouvelles, Mo se baladait désormais en multipliant les fontaines surnaturelles, chose qui semblait particulièrement l’amusé, et s’était consistué un véritable arsenal de projectiles en pillant consciensieusement l’armurerie, qu’il restituait un par un à chaque chevalier qu’il apercevait avant de prendre la fuite. Greed devait agir, et vite, sous peine de voir sa forteresse sinistré par un dégat des eaux.
- Oh Synapse. Tu vas regretter d’avoir amener cette chose ici. Oh oui, tu vas regretter.

*** De retour dans le labyrinthe ***

- Atchaaa !
- A tes souhaits...
- Je vais prendre froid à me balader entre tous ces murs. Me dit pas qu’il faut dormir contre la pierre en plus de cela ?
- Cela fait trois mois que je rêve d’un matelas.

Génial. Me voilà piégée dans l’imaginaire d’un elfe taré et dénué de tout sens du confort moderne, en compagnie de ma pire ennemie qui, chose étrange, n’a toujours pas essayé de me tuer, chose qui doit constituer une sorte de record personnel pour elle. Moi qui croyait être d’une nature chanceuse...
- L’essentiel est de retrouver Bizrot, inutile de s’inquiéter pour le reste, je ne compte pas m’éterniser, assurai-je.
- Ils disent tous cela au début...

Tandis que Liven se moquait de mon optimisme quand à nos chances de s’en sortir, les murs de briques rouges laissaient place à un autre type de labyrinthe, un motif en forme de damier blanc et noir, couvrant tout le sol et les murs.
- Ah ! Tu vois ! On a déja changer de labyrinthe. On avance !
- Oh non, pas celui-là... faisons demi-tour.
- Pourquoi ? C’est pas bien les damiers ?
- Non. Celui-là est bourré de pièges. En fait on ne peut marcher que sur les dalles noirs, toutes les blanches sont piégées. Cela peut paraitre simple mais en réalité c’est un vrai calvaire. Restons ici, tout ce que l’on risque c’est de croiser...

* GROOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOAAAAR *

- Ok va pour les damiers.

Si vous imaginiez que sauter de dalle en dalle était quelque chose d’amusant, détrompez-vous tout de suite. Les dix premières dalles sont amusantes, surtout à regarder Liven dont la taille rendait la tâche particulièrement périlleuse... mais au bout d’une dizaine de mètres parcourus comme cela, on en vient à penser que les fillettes jouant à la marelle dans les cours de récréation sont de dangereuse déviantes aux goûts masochistes.
- Il se passe quoi si je touche une dalle blanche...
- N’y pense pas et saute.

Oh, j’avais presque oublié. Liven. Pourquoi cette gamine ne cesse de se retrouver sur mon chemin ? Est-ce une sorte de blague du Destin ? Une erreur de l’univers ? Un employé de bureau de la Destinée qui a trouvé drôle de m’imposer la présence d’une mort-vivante me souhaitant la première partie ? Vraiment... ce n’est pas comme si c’était ma faute si elle est morte ! Bon peut être un peu... mais ce n’est pas une raison pour m’en vouloir. Il était peut-être temps qu’elle passe à autre chose.
- Dis moi Liven, quel est ton but ?
- Sortir d’ici.
- Non je veux dire, dans un aspect moins... immédiat.
- Sortir d’ici et te laisser dedans.
- ...

Liven sauta une nouvelle dalle puis ronchonna encore et se fit à l’idée d’avoir une réelle conversation avec moi. Dans la mesure où elle n’avait du parler durant ces trois derniers moi qu’à Pan et Mirna, même moi devait représenter une alternative valable.
- Je ne sais pas. Il y a tant de choses qui m’énervent que me venger de toi me semble secondaire en ce moment. Et puis...
- Et puis ?
- Bon. Je vais t’expliquer comment j’ai fini ici, mais tu dois d’abord me promettre de ne pas rire. Sinon je jure que tu vas découvrir ce qu’il y a sur les dalles blanches.
- Pas de problème, je jure de ne pas rire.
- Greed. Je suis redevable de lui parce qu’il m’a donné... une idée. Une très bonne idée en fait.

Je commençais à m’inquiéter. Si Liven se mettait à complimenter l’ennemi, on était pas sorti de l’auberge... ou du labyrinthe, surtout dans la mesure où je me souvenais pas l’avoir jamais vu qualifier une idée qu’elle n’a pas eue de "bonne". Alors "Très bonne", vous imaginez...
- J’ai peur de demander, quelle idée ?
- Il m’a fait remarquer que ma croissance avait été stoppé par ma mort prématurée et que le Fléau avait réduit à néant mes espoirs de pouvoir atteindre le haut des étagères sans tabouret. Ce genre de remarques se termine généralement par la mort brutale de mon interlocuteur, mais il a ajouté qu’il connaissait un moyen d’y remédier. Et je dois dire que je n’y avais pas pensé mais que cela prend tout son sens... il m’a parlé du pouvoir de ton petit copain, Sloth !
- Hein ? Mais son pouvoir est de rattacher les âmes mortes à leur corps d’origine. Tu es déja rattachée, c’est le principe même du Fléau et des morts-vivants !
- Certes, mais je te signale que l’on a découvert depuis belle lurette que son but est de faire renaitre son elfette de soeur et...
- Hey minute, comment tu sais cela toi ?
- Peuh, ma pauvre, ton passé est désormais un livre ouvert pour tout le monde. Les plans de Sloth aussi. Tu parles d’un génie du mal... bon peu importe, ce que je voulais dire c’est qu’il a besoin d’un corps pour cela, or l’original est à mon avis dans un sale état et son espoir de retrouvaille ne sera pas réalisé avec un vieux tas d’os. Je pense donc qu’il peut mettre l’âme dans un autre corps, ce que je me contenterai, ou bien mieux, faire renaître le corps !

Je réalisai à ce moment que Liven était en train de parler d’une chose qui, en temps normal, m’aurait fait mourir de rire. Liven voulait redevenir vivante pour... grandir. Ah, au fait, c’était un temps normal.
- BWAHAHAHAHAHAHAHAH ! C’est trop mignon Liven ! Alors comme ca tu veux rejoindre à nouveau les vivants !
- La ferme ! C’est juste le temps de régler cette sale affaire de puberté et tu peux être sur qu’ensuite je me referai sauter le caisson pour redevenir une réprouvée. Cela a marché une fois, pourquoi pas deux.
- C’est... c’est un objectif particulièrement stupide mais je suppose que Greed a raison, Sloth devrait pouvoir t’aider.
- C’est pour cela que j’ai besoin que nous allions lui botter l’arrière-train jusqu’à ce qu’il exhause nos quatre volontés. Nos plans convergent donc pour le moment. Encore. Cela devient énervant. Ne parle de cela à personne. Continuons.

Après cette conversation quelque peu étrange qui s’était déroulée je vous le rappelle en train de sauter de dalles en dalles malgré la gêne de nos robes, un silence s’installa pendant plusieurs minutes. Je réalisai que je n’avais pas grand chose à dire à Liven, dans la mesure où tout ce que je pouvais raconter avait tendance à l’énever encore plus. Pan et Mirna étant désinvoquée et mes propres démons étant "à l’intérieur", je n’avais plus personne pour parler. Vous ai-je déjà dit que je n’aime pas les silences ?
- Bon... Liven... je voulais dire... en fait que... hmm...
- Quoi !
- C’est à dire... je voulais... heu... Oh ! Voilà quelqu’un ! Merci moi !
- Peuh, c’est qu’un chevalier de la mort coincée dans le Labyrinthe, Greed l’utilise souvent pour punir ses serviteurs. Tuons le.

Mais "le" chevalier était en fait "la" chevalière, et les boucles rousses qui s’échappait du casque me donnèrent un renseignement sur l’identité de la débile en armure qui gisait sur le sol, complètement épuisée.
- Chantée... ne me dis pas que tu as sautée toutes ces marches avec ton armure !
- Ben... j’avais pas trop le choix ! J’ai envoyé une goule sur une dalle blanche pour voir... oh bon sang, c’était horrible !
- Tu aurais pu enlever ton armure...
- On peut ?
- C’est qui celle-là ? Demanda Liven. La soeur de Gabu ?

Après s’être souvenu qu’il s’agissait en réalité de Glutonny, Liven décida de reprendre la marche, ou le saut pour être précis, juste pour tomber nez-a-nez avec Xzan. Egalement en grande armure.
- Ils vous vident le cerveau à l’école des chevaliers ou quoi ?
- Je suis arrivée là... je n’ai pas bougée, expliqua Xzan. Ce piège de Greed semble être une trappe dimensionnelle, cela ne sert à rien de se déplacer dedans, elle est très certainement infinie, ou en boucle.
- La théorie est juste, mais le plan est de retrouver Bizrot ! Répondis-je. Avec lui je devrais être capable de nous sortir de là.

Xzan me lança un regard peu convaincu mais qui semblait vouloir dire "Bah, avec elle on sait jamais...". Elle accepta de se lever et détacha les pièces de son armure une par une. Chantée ne tarda pas à l’imiter.
- Cela ne crains pas de laisser votre armure ici ? Je veux dire, c’est plutôt quelque chose de précieux pour un chevalier, non ? Demandai-je.
- Encore une fois "ici" n’est pas réellement un endroit. De toute façon, je travaillais sur une nouvelle armure avant que tout ceci ne se déclenche, je devrais pouvoir la récupérer dans mes quartiers. Quand à Chantée, son armure ne vaut rien de toute façon.
- Eh, c’est pas facile de dupliquer indéfiniment une armure de qualité ! C’est ca où je me clone entièrement nue ! Cela serait stupide en pleine bataille... avec tous ces guerriers qui me regarderaient... et seraient distrait... hmm peut-être que ce n’est pas si idiot en fait.

Seulement vétues de leur livrée de chevalier (même eux ne portent pas l’armure à-même la peau) composé d’une seule grand pièce de tissu noir et doré, Xzan et Chantée purent enfin nous suivre dans le dédale piégé, qui d’ailleurs se termina bien vite.

A la place, le Labyrinthe devint tel un aquarium géant, sauf que l’eau nous entourait entièrement, remplis de bancs de poissons nous accordant à peine un regard. plutôt qu’un aquarium c’était plutôt nous qui étions dans un terrarium assiégé par une immense masse d’eau. Le tout me rendait plutôt mal à l’aise, surtout parce que cela me faisait penser au tramway d’Ironforge qui passait sous la mer.
- Quel est le piège ici, Liven ? Les murs ne vont pas céder ? Si ?
- Aucune idée, je ne suis jamais tombée sur le piège. Je suppose qu’il faut juste se contenter de ne pas énerver les poissons.

La mort-vivante devait avoir raison, cette dorade m’avait lancé un drôle de regard. Ignorons-là. Continuant mon chemin avec les trois filles les plus différentes qu’il soit possible d’imaginer, je songeai qu’il était peu probable de trouver Bizrot dans un endroit pareil. Le diablotin avait toujours détesté les poissons, surement parce qu’il avait du finir à l’intérieur de quelques uns d’entre eux de temps en temps. Croyez le ou non mais il ne sait pas nager, et il parait que les requins confondent souvent les diablotins avec des tortues sans carapaces... non pas que ce soit une chose courante pour un requin, mais quand on vous propose à manger sans même à devoir enlever l’emballage, cela ne se refuse pas. Enfin bref, Bizrot avait une trouille bleue de la poiscaille, il ne serait donc pas resté ici de toute manière.
- Tu n’as pas un moyen de le faire venir ? demanda Chantée. Une sorte d’appeau à diablotin ?
- Ce n’est pas comme un canard... mais c’est vrai qu’en temps normal un démoniste doit juste invoquer son démon, expliqua Xzan. Enfin je pensais qu’avec les nouveaux pouvoirs de Synapse, elle en serait capable.
- Non, toujours pas ! Soupirai-je. Je n’ai appris qu’à les sacrifier et les... désacrifier. C’est un peu une invocation en fin compte mais cela ne marche pas à distance.
- Ca doit être vraiment difficile de contrôler autant de démons ! S’étonna Chantée, avant de réaliser l’ironie de la chose.

Avoir mes démons en laisse aurait été en effet une bonne chose, mais le rituel n’avait fait que me rapprocher de mes démons, littéralement, et la relation habituelle démon-démoniste était bien loin. Les dieux trolls avaient invoqués une impossibilité cosmique en rapport avec mes pouvoirs particuliés, perturbant le flux des dimensions et m’empéchant de faire voyager leur corps astral à travers le Néant... mouai, à mon avis c’est juste qu’ils ne sont pas d’accord. Je l’avais bien invoqué la première fois, Bizrot !
- Foutu diablotin... marmonai-je. Pas étonnant que tu n’en utilises jamais Liven.
- La ferme !
- Oh ca va, inutile d’être vulgaire !
- Non vraiment, la ferme ! Ne bougez plus ! Derrière Synapse il y a... le piège !

Le "piège" était un aimable serpent de mer, d’une taille devant avoisiner celle d’une rue principale de Stormwind. Pas difficile d’imaginer des trucs énormes quand on est dans un monde interne apparement. La bestiole s’était lentement enroulée autour du tube où nous nous trouvions et ses yeux globuleux et de la taille de Liven, nous fixaient avec insistance et une excitation non-dissimulée. Apparement, on peut être imaginaire et avoir faim.

Si la créature était en soi un problème, c’était surtout la perspective de la voir briser le tube et nous noyer qui m’inquiétait. Liven semblait ne pas avoir d’idées pour s’en sortir et les deux chevalières, sans leur armure, ne pouvaient pas faire grand chose de toute manière. Encore une affaire pour tata Synapse.
- Approchez vous de moi, vite ! ordonnai-je.

Mes pensées s’arrêterent brièvement sur Cattnia qui, toujours à l’intérieur possédait une vision un peu plus détachée, et je décidai de déclencher ses pouvoirs. Alors que les trois autres filles fonçaient vers moi sans trop savoir pourquoi, une paile d’ailes de grande envergure apparue dans mon dos puis envellopa tout le monde autour de moi. L’instant d’après, nous avions disparues.

Surpris de voir sa proie ainsi s’envoler, le serpent de mer cligna plusieurs fois des yeux, pensant à une erreur de sa part. Secouant la tête, il dut finir par admettre qu’il n’y avait effectivement rien devant ses yeux, là où se trouvait auparavant trois et demi repas parfaitement comestible. Une cruelle déception. Poussant une sorte de soupir aquatique, le serpent décida d’aller voir ailleurs et s’éloigna rapidement du tube.

Quelques instants plus tard, au même endroit, les ailes de Cattnia réapparurent, se replièrent puis disparurent pour de bon. Liven était sous le choc.
- Un sort d’invisibilité ! De groupe ! Avec des ailes !
- Oui, je ne fais qu’utiliser le sort de Cattnia et je matérialise son corps le plus loin possible pour toucher le maximum de monde. Enfin cela fait toujours trois ou quatre personnes grand max.
- On dit merci qui ? Fit Cattnia qui venait d’apparaître.
- Ces pouvoirs sont décidement de plus en plus pratiques, remarqua Xzan. Je n’imaginais pas que cela soit possible.
- Mes pouvoirs n’ont aucune limite ! Mouhahahahah ! Je suis un vrai génie.
- Et ton diablotin ? Il est où, génie ? demanda Liven.

Je répondais en tirant la langue puis repris la route, plutôt pressée de sortir de ce milieu sub-aquatique. Le tube ne semblait pas vouloir en finir et le serpent de mer n’était peut-être pas la seule bestiole dans les environs, de plus le tube n’était bien sur pas d’une seule voie, de nombreux cul-de-sac nous obligeaient fréquemment à rebrousser chemin. Certes les paroies étaient transparentes, mais l’eau était trop trouble pour que l’on puisse voir la sortie au loin, nous devions donc nous diriger en aveugle.
- Pffff, je sais qui il nous faudrait maintenant, pour retrouver Bizrot et sortir de ce trou ! Fis-je par dépit après un enième cul-de-sac.
- Hmm ? Kaolie ? Pour qu’elle nous téléporte chez Onyxia ? demanda Xzan qui fit étrangement preuve d’humour à l’évocation de ce souvenir étrange.
- Non, non, je parle de Gurdan bien sur !
- Gurdan ? Quel rapport ? fit Liven.
- Hey ! Vous avez déjà oublier le pouvoir de Gurdan ! Ce n’est pas parce qu’il joue de la musique bizarre maintenant qu’il a perdu sa principale caractéristique !

Toutes les autres, même Cattnia, me regardèrent sans comprendre. Quelle mémoire de murlock rouge !
- Ok pour Chantée qui ne le connait pas, mais vous autres vous n’êtes vraiment pas douée ! Gurdan se trompe toujours. Toujours ! Il suffit de lui demander quelle direction prendre... et de prendre l’inverse ! On pourrait trouver Bizrot en moins de deux comme cela... *soupir*
- C’est débile... fit Liven. De toute façon, ce n’est pas comme si Gurdan allait apparaître ici comme par enchantement !
- Oh ! Bonjour Synapse ! fit Gurdan.
- De toute façon, ce n’est pas comme si cent mille pièces d’or allait apparaître ici comme par enchantement ! continua Liven.

Comble des coincidences, mais soyons honnête j’y étais plutôt habituée, Gurdan se trouvait effectivement devant moi, sa tête d’ahurie semblant ravie de me revoir. Toutefois son visage devint subitement sérieux en remarquant Xzan derrière moi et se transforma en un rictus d’effroi en voyant Chantée.
- Xzan ! Gluttony ! A terre !
- Quoi ?

Avant que les chevalières ne puissent comprendre, le satyre se jeta sur elles et les plaquèrent au sol, d’une manière qui me fit me demander si Gurdan n’avait pas renoué avec les traditions de son espèce. Le son d’une lame déchirant l’air me fit comprendre que non.

Rasant de près les cornes du satyre, un fleuret manqua l’endroit précis où se trouvait une demi-seconde plus tôt le visage de Xzan. Ne rencontrant pas la résistance attendue, la pointe de l’épée alla se figer dans une paroi du tube. Après un silence général de quelques secondes, Gurdan et la fille qui se trouvait à l’autre bout de l’arme en question, poussèrent le même cri :
- Mais bon sang qu’est ce que tu fais !
- Que... crus-je bon d’intervenir.
- Armony ! Je t’ai déja dit d’attendre avant d’attaquer les gens !
- Mais c’est notre ennemi ! Et puis tout tes conseils sont... Oh. Oups.

Le "oups" était dut au sinistre bruit de craquement qui se faisait entendre le long de la paroi frappée par l’épée. De manière symétrique à l’écarquillement des yeux d’Armony, la félure ne tarda pas à s’aggrandir et à se transformer en véritable fissure, puis en un énorme torrent d’eau qui déferla sur nous. Et je me suis évanouie. Je commence vraiment a aimer cette aventure.

***

De l’eau, de l’eau partout... je ne parle pas du labyrinthe mais de l’étât de Malykriss après deux jours de traques de l’effroyable gnome nommé Mo. Si la rage de Greed n’avait pas descendue d’un iota et que le voleur restait tout aussi insaisissable qu’à la première heure, c’est la patience des autres habitants de la Citadelle qui commençait à céder sous le poid des inondations.
- Greed, écoutes moi bien, menaça Lust. Nous t’avons laisser gérer la situation avec Synapse parce que tu as été le seul à rester neutre dans cette affaire et que nous n’avons pas envie d’avoir des emmerdes avec Sloth qui, Arthas soit loué, n’est toujours pas revenu. Mais si tu n’arrives pas à attraper un ridicule gnome dans ta propre forteresse, il serait temps que tu laisses faire les professionnels. Je parle de moi et Wrath.
- Quoi ! Vous pensez faire mieux ? Ah mais pas de problèmes ! Allez-y, je vous en prie ! Choppez moi ce gnome et faites lui subir ce que l’industrie de la chanson naine à fait subir au monde de la musique... oubliez cette dernière phrase, j’essaye toujours de lire l’esprit de Synapse sans grand succès.
- Mais c’est justement elle la solution ! Il me semble clair que ce gnome est un expert dans les arts ancestrales de... se planquer, nous ne pouvons donc pas espérer le retrouver en cherchant nous-même... mais c’est aussi un compagnon de Synapse ! Aucun gnome ne l’admettra mais quand l’un d’eux à pour amie une humaine avec tout ce qu’il faut là ou il faut, il y tient et refusera de perdre un morceau pareil ! Tout ce que nous avons à faire, c’est sortir Synapse de ta pathétique prison et de l’utiliser comme appât !
- Pas question ! Synapse est à moi maintenant, jamais elle ne sortira.
- Oh mais c’est n’importe quoi ! Tu sais très bien que dès que Sloth arrivera ici, il te sermonnera comme un professeur gobelin engueule un élève qui aurait oublié deux pièces de cuivre au fond du porte-monnaie d’un épicier gnome. Tu seras bien obliger de la relacher.
- Ok, premièrement, tes références sont de plus en plus étranges... deuxièmement, cela n’a rien à voir, Sloth sera surement d’accord pour négocier le rachat de Synapse. Troisièmement, il n’est pas question que je la fasse sortir pour un truc aussi minable alors que je lui ai promis un enfer éternel dans le labyrinthe. Quatrièmement... il n’y a pas de quatrièmement.

Occupé à conserver le peu de dignité qu’il possédait encore, cerné par les flots que ses meutes de chevaliers et de goules peinait à écoper pour éviter à Malykriss de sombrer pour de bon, Greed remarqua toutefois que Lust avait plutôt raison, quelque chose devait être fait.
- Il y a peut-être une solution. Il suffirait de t’envoyer toi et Wrath dans le Labyrinthe...
- Hein ? En quoi ca aiderait quoi que ce soit ?
- Vous ne me casseriez plus les pieds. Cela me serait déjà d’une grande aide.
- Tssss... idiot, tu penses vraiment que je vais...
- Hey ! Tu te souviens du repas au mess des officiers la semaine dernière quand j’ai réussi à vous avoir, à toi et à Wrath, du rab de poulet frit alors qu’il fallait nourrir le clone de Gluttony ?
- Heu... oui, pourquoi tu... ? Rhaaa ordure !
- Bye bye.

***

C’est en vérifiant les cages à homards qu’elle avait installée quelques jours plus tôt que Siona, avec un air aussi égal que d’habitude, me trouva à moitié noyée sur le bord de la plage, enfouie sous le sable frappé par la marée et avec une quantité non-négligeable d’algues enroulées dans les cheveux. Songeant un moment à me rejeter à la mer, la paladine décida finalement de me trainer hors de l’eau.

Constatant que je ne respirais plus, elle pensa qu’il aurait été de bon ton de me faire du bouche-à-bouche mais, considérant que le risque qu’un passant puisse se rincer l’oeil était trop grand, décida de plutôt faire appel à ses pouvoirs de guérison que l’on enseignait dans les écoles de paladin autres que celle de Gabu. Le résultat fut de me faire vomir de l’eau durant les dix minutes qui suivirent.
- Réveillez-vous mademoiselle Rouge, réveillez-vous... je n’insinue pas que vous vous êtes reposée sur vos lauriers, vous méritez bien un peu de répit et tout vos efforts jusque là auraient... Oh mais de qui je me moque ? Debout Synapse ! Il est temps de bosser !
- Hein... heu, quoi ? Siona ? Mais où suis-je ?

Toujours allongée sur le sable, mon regard était braqué sur l’étrange chose bleu qui nous surplombait... le ciel ? Et autour la mer ?
- Nous ne sommes plus dans le Labyrinthe ?
- Si, répondit Siona. Tu es dans le labyrinthe des îles, je suppose que tu viens du labyrinthe sous-marin, c’est le seul moyen d’arriver ici sans passer par l’île principale.
- Uh ? Mais c’est quoi cet endroit de fou ?
- Un grand paquet d’îles au milieu d’un océan remplis de sales bestioles. Le passage vers une autre partie du Labyrinthe ne se trouve que sur une seule de ces îles et chacune est un labyrinthe de jungles infestés de créatures dangereuses.
- Charmant...
- Oui mais c’est aussi une des seules sources de nourriture du Labyrinthe, c’est pourquoi la plupart des vétérans sont ici.

Je détaillais Siona du regard, elle avait effectivement l’air de quelqu’un ayant survécu en ermite sur une île déserte pendant des mois. Je songeais à lui demander où étaient les vétérans en question mais me souvenant de la personnalité de Siona, c’était pour le moins une question inutile. Elle s’était mise à l’écart pour ne plus avoir à les supporter.
- Tu étais avec qui ? Demanda Siona en allumant un feu pour le poisson qu’elle avait ramassé en même temps que moi.
- Dezha, Xzan... étrangement Gluttony, ainsi que deux nouveaux, un gnome et une naine. J’ai aussi croisé Liven en arrivant ici. Puis on est tombé sur Gurdan et tout d’un coup, tout a explosé.
- Liven était avec toi ? Tant mieux, les autres ont pu s’en sortir sans se noyer alors.
- Hein ? Pourquoi cela ?
- C’est une démoniste, elle peut utiliser le sort de Respiration Démoniaque pour survivre sous l’eau. Toi aussi au fait...

Hmm, je l’oublie toujours celui là. Il faut dire que c’est tellement rare de voir un sort de démoniste qui consiste à aider les autres...
- Etrange compagnie en tous cas. Tu parlais de Xzan ? J’ai entendu qu’elle vous avait trahie...
- Hmmm oui et non. Elle te ressemble de plus en plus en tous cas, en encore moins causante.
- Je ne parle que lorsque que c’est nécessaire, et aujourd’hui cela l’est. Je suppose que tu sais comment sortir d’ici ?
- Ouaip ! Je dois d’abord retrouver Bizrot, après cela tout sera plus facile.

Siona n’avait jamais été convaincue par mes capacités et encore moins par mes plans, toujours est-il qu’après 6 mois passé à l’intérieur du Labyrinthe sans jamais avoir eue la moindre occasion de s’enfuir, elle était prêtre à croire en n’importe quoi.
- Admettons, mais après ? Greed n’est qu’une nuissance pas une fin en soi. Si tu te mets à suivre Xzan, je commence à me demander dans quel camp tu es.
- Le mien, bien sur ! Cela n’a jamais changé. Enfin si tu veux parler de lui...
- Sloth.
- Oui. Sloth. Eh bien tout le monde me pose la question en ce moment. Pour tout te dire cela commence à me courir sur le système, finalement je pense que le plus simple reste de démolir Sloth et de me poser des questions après.

J’ai beau tenter toujours de nouvelles approches, la méthode Krull reste toujours la meilleur. Si c’est pas triste.
- Tu n’es donc pas amoureuse de lui ? demanda Siona, sans la moindre once d’intérêt dans la voix.
- Non ! Pas du tout ! Sloth m’intéressait car c’est quelqu’un qui me connait déja, sait se débrouiller tout seul et aurait régler la question de la compagnie pour la déesse que je suis... mais si il commence à me poser autant de problèmes, j’ai d’autres ambitions que de courrir derrière un type comme lui.
- Bien. C’est ce que je pensais. Si tout cela est aussi clair dans ta tête alors je n’ai plus de problèmes avec cette histoire, nous pouvons avancer. Il est temps de quitter cet endroit atroce.
- Super ! Moi aussi j’ai envie de partir d’ici.
- Oh, et Synapse... toi aussi un jour tu trouveras quelqu’un comme Othon.

Je n’eue pas le coeur de lui dire qu’Othon devait être l’anti-thèse exacte, la nanitude en moins, de ce qu’était pour moi le mari idéal, mais de toute manière sa relation avec Siona m’avait toujours échappé. Siona pensait peut-être que cette affaire m’avait affecté au niveau de mes sentiments amoureux, grossière erreur car Sloth ne me perturbait qu’à cause de ses liens avec mon passé. Quand à me trouver un compagnon, n’en déplaise à ma mère, j’ai encore tout mon temps.
- Et puis c’est pas tes oignons... marmonnai-je pour finir ma pensée.
- Quoi ?
- Non, rien. Quel est le plan maintenant ? Trouver l’île principale, c’est cela ?
- Oui, si nous trouvons l’Ile, on devrait rapidement tombé sur les autres.
- Les Autres ?
- Ben oui, Zek, Krull, les guerriers de la Horde... enfin les autres quoi. Tu imaginais quoi ?
- Oh, non, rien... EH ! C’est quoi cette fumée noire là-bas !
- Rien, cela arrive souvent dans le coin. Ce doit être volcanique je pense... plutôt étrange dans un endroit pareil. Inutile d’y faire attention.

Ne pas se poser de questions, ne pas se poser de questions...

Montant à bord d’un radeau dont la conception devait aisément surpassé la plupart des navires de l’Alliance, Sonia releva l’ancre, hissa les voiles, pris la barre et après avoir mis le cap vers une destination précise grâce à sa boussole improvisée, déplia sa chaise longue et ouvrit un placard réfrigérant pour y prendre une paire de coktails.
- Bon ca va, j’ai bien compris que cela fait un moment que tu es là et que tu m’en veux de pas être venu plus tôt ! Me défendis-je en acceptant le coktail qu’elle me tendait.
- Allons, qu’est ce qui te fais dire ça...

Tandis que je notai silencieusement que les mangues et les lichies de cette île faisait un merveilleux breuvage, une légère crainte me traversa l’esprit. En effet Siona était là depuis... oulà depuis un bon moment. Mais vu le maître des lieux et son délire de "possession", il était fort possible que le bougre ait quelque peu dépassé ses prérogatives d’hôtes vis à vis de Siona qui, malgré tout, était une fort jolie femme. Surprenant mon regard en coin, Siona devina rapidement ma pensée.
- Non, Greed ne m’a rien fait, c’est gentil de demander. Apparement il se désintéresse des choses à l’instant même où il en prend possession, tant qu’il en garde la propriété. Il est de toute façon trop tordu pour tenter quoi que ce soit.
- Hmmm... il ne sera pas facile à vaincre pourtant. C’est son monde... et il peut utiliser les pouvoirs de l’élite des Tribz, de la bande à Brexxor ainsi que de deux chevaliers... et qui sait qui d’autres encore.
- Assez peu de monde finalement, la plupart ne survivent pas longtemps dans ce monde hostile. Si nous n’avions pas trouvé cette partie du labyrinthe, nous serions morts de faim depuis longtemps. Mais tu oublies une chose, il a aussi tes pouvoirs désormais.
- Pas du tout. Même si ses pouvoirs lui permettent de copier les miens, il ne saurait pas comment s’en servir, vu qu’il ne peut pas lire dans mon esprit. Puis de toute façon, sans démons, il ne peut rien faire.
- C’est vrai que tu es inutile sans tes démons.
- Ce n’est PAS ce que j’ai voulu dire ! Enfin peu importe, il s’est moqué de moi, je vais lui faire sa fête.

Plus étonnée de me voir si motivée pour faire le boulot, Siona décida de ne pas gacher ce bel élan et ne prononça plus un mot durant le trajet. Au final, notre embarcation arriva en vue d’une île qui me semblait la copie exacte de celle que nous avions quitté. Sans aide, cet endroit était effectivement une sorte de labyrinthe. Pire, si la plage semblait plus dégagée, quelques mètres plus loin une énorme jungle touffue laissait présager une progression difficile, des écorchures aux jambes et des robes déchirées si bien que je regardai avec envie Siona remettre son armur de paladin. Mais alors que je me résignai à devoir entrer dans cet enfer vert, une sympathique tête apparut au dessus d’un fourré, me rendant instantanément ma bonne humeur.
- Norbert !

Egalement de voir une nouvelle tête, le plus intelligent tigre de tout Azeroth crut bon de sauter dans mes bras pour m’acceuillir. Hélas pour lui, ses anciens jours de tigron d’une vingtaine de kilos étaient largement révolus, la brave bestiole pensant désormais au bas mot sa demi-tonne. N’ayant pas eue le temps, ni la présence d’esprit, de faire appel à Tangkath ou Shathuun, je me retrouvais bien rapidement plaquée au sol par un monstre ronronnant.
- A l’aaaaaide... fis-je d’une faible voix masquée par une montagne de fourrure.
- Norbert ! Mauvais chaton ! Laisse ma nièce respirer ! Je t’ai déja dit de ne pas sauter sur les gens comme cela !

Me relevant difficilement avec l’aide de mon oncle Kaos, celui-ci pris le temps au passage de saluer Siona et d’envoyer Norbert faire cou-couche panier. Le patriarche Rouge semblait ne pas avoir changé d’un seul grain de poussière depuis la dernière fois que je l’avais vu, à se demander si il avait bien passé les trois derniers mois à farfouiller dans la jungle. Mais plus que cela, une question me vint à l’esprit :
- Une minute, si vous êtes là mon oncle, pourquoi ne pas avoir utilisé vos incroyables pouvoirs pour sortir d’ici ? Cela devrait être possible pour quelqu’un comme vous, non ?
- Eh bien, il faut considérer que... Eh ! Cela ne serait pas une manière détournée de me dire que je suis nul ?
- Loin de moi cette idée. Où est son maître ? Fis-je en montrant le matou du doigt. D’habitude ils vivent au maximum à quelques mètres de distance. C’est assez flippant quand on y pense.
- Oh non, Norbert est faché avec Zek en ce moment, expliqua Kaos tandis que le tigre poussa un grondement d’assentiment. Du coup c’est moi qui en ait la garde ces temps-ci.

Difficile d’imaginer comme le tigre et et le chasseur pouvait être en mauvais, considérant tout ce que Norbert avait du subir par le passé sans formuler la moindre protestation. En réalité, c’était plutôt Norbert qui avait la garde de Zek et le félin s’était jusqu’à présent efforcé de tenir zek loin des problèmes. Kaos me donna toutefois la raison :
- A notre arrivée dans le Labyrinthe, nous ne savions pas où trouver de la nourriture, et cela pendant plusieurs semaines. Du coup, pour éviter de mourrir de faim, Zek a proposé de taper dans sa réserve d’animaux dressés qu’il gardait dans son grimoire de chasseur... désormais Norbert est le dernier familier comestible de grande taille que possède Zek. Enfin à part Poupoune, mais elle s’est encore enfuit. Le fait d’avoir été épargné n’a pas réellement suffit à convaincre Norbert du bien fondé de la chose.
- Grooouuuuh...
- Nous n’avions pas le choix Norbert ! Se défendit Kaos.
- Il a raison, ajoutai-je. Toi-même Norbert, tu dois prendre conscience de ta qualité de ration d’urgence pour les temps difficiles.

Devant tant d’hostilité après nos retrouvailles, le tigre décida de redisparaître dans la jungle.
- Ah... soupira Kaos. Et dire qu’il était de bonne humeur depuis qu’il peut se balader dans la jungle tous les jours, cela lui rappelle le temps où il était sauvage.
- Il vivait dans à Winterspring, dans la toundra...
- Il aime faire semblant.
- On pourrait y aller maintenant ? Demanda Siona.

Kaos nous montra alors un chemin menant à travers la jungle, débouchant vers un campement qui semblait hurler son besoin évident d’architecte et de femme de ménages. Il faut dire que la population locale ne ressemblait pas exactement à l’idée de ce que l’on se fait d’une fée du logis. En effet, dans la mesure où la seule représentante féminine, Yuzzi, était partie avec Brexxor pour essayer de recapturer Guro toujours en mode berserk, il n’y avait plus qu’un pauvre tas de mâles rétrogrades incapables de vivre par eux-même de manière décente.

On pouvait y trouver, dans le désordre, un couple de paladins luttant désespérement pour empêcher leurs armures de rouiller dans une jungle humide à souhait, un chevalier troll qui lui avait compris qu’il suffisait de la laisser sur des rochers à la plage mais trouvait plus amusant de ne pas le dire aux paladins, un sorcier-docteur qui passait le plus clair de son temps à parler avec les arbres et à cueillir les champignons, un voleur-barbare qui s’était isolé dans une cabane en haut du plus grand arbre et avait ravagé la moitié de la forêt à force d’entrainement et bien sur...
- Synaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaapse !

Zek.
- Oh-bon-sang-j’y-crois-pas-c’est-trop-beau-tu-m’as-tellement-manqué-comment-ca-va ?
- J’ignorai que tu étais devenue une fille depuis la dernière fois ! fit Cattnia qui venait d’arriver suite à mon envie subite de disparaître.
- Je suis content, c’est tout. Fit Zek en tentant de reprendre un peu de dignité. Ce n’était pas facile de rester bloquer aussi longtemps ici, à voir toujours les mêmes personnes.
- Ouaip, surement. Bon ce n’est pas tout cela mais j’ai un mari à voir moi. Gabu ! Aux pieds !

Tandis que le paladin était partagé entre joie et terreur de revoir sa femme adorée, que cette dernière commençait à éprouver des craintes sur les relations entre son mari et un dénommé Kitten au genre peu identifiable et que Zek se mettait à craindre de ne plus jamais pouvoir se débarasser de son large sourire qu’il l’avait pris depuis que j’avais posé un pied sur cet île, j’étais pour ma part assez rassurée de voir que tout le monde allait bien. Non pas que cela m’ait réellement préocupée, mais bon au moins on arrêtera de me jeter la pierre pour n’avoir rien fait durant les derniers mois.

Il était temps de remuer un peu tout ce petit monde.
- Bien ! Les gars, cette fois c’est pour de bon. Je ne resterai pas une minute de plus que nécessaire de cet endroit miteux à cause d’un foutu elfe à l’imagination trop fertile, non pas toi Zek je parle de Greed. Je sais que cela fait plusieurs mois que vous êtes ici et moi deux jours, mais soyez-en sur, ce n’est pas un minable chevalier qui va me retenir.
- Mais trois, peut-être que oui, fit l’éternelle voix derrière moi.

C’était Yuzzi, suivit de Brexxor, qui revenait complètement essouflée de leur expédition pour retrouver Guro. Hélas, avant qu’ils ne puissent maitriser le tauren devenu fou par le choix de couleur du décorateur, ils étaient tombés sur un dangereux couple, Lust et Wrath. La chevalière-succube à la démarche indécente et la boule de nerf draenaï. La retraite s’était imposé face à ces deux ennemis puissants.
- Parfait ! m’exclamai-je. Ils doivent avoir été envoyé par Greed pour m’empêcher de trouver Bizrot, on peut donc supposer que Bizrot n’est pas loin de leur propre position. Où étaient-ils ?
- Le labyrinthe rouge, répondit la trollesse.
- ... évidemment. Bon voici le plan, il nous faut deux équipes. Une force principale qui ira retenir Lust et Wrath tandis que d’autres, dont moi, contourneront la bataille pour chercher Bizrot.
- Je suis avec Synapse ! Intervint Zek en levant bien haut la main.

Le chasseur eut droit aux regards fatigués des autres personnes présentes, la constance de l’elfe sur le sujet féminin avait un coté épuisant.
- Non ! On a besoin des gros bourrins pour contrer les chevaliers. Je vais prendre Siona et Kaos avec moi, cela devrait suffire pour me protéger.
- Et Gabu, fit Cattnia. Marre de ne de pas l’avoir vu depuis des lustres.
- De plus nous avons encore quelques alliés dans la nature, Xzan, Dezha, Gluttony, Gurdan, l’autre gamine, l’autre naine... essayez de les trouver avant d’affronter directement les chevaliers. On connait Wrath et vous devriez être de taille, mais on ignore tout de Lust. Surtout, ne laissez pas Zek la combattre seul.

L’assentiment fut général, à part Zek qui ne comprennait pas en quoi combattre une succube était pour lui un obsctable infranchissable. Sa naîveté était touchante parfois. En réalité je ne m’en souciai pas trop, avec Krull et Zek dans le même camp, les chevaliers allaient très certainement passé un mauvais moment. Le vrai risque était le labyrinthe en lui-même et tout ce que Greed allait encore pouvoir inventer pour nous mettre des batons dans les roues.

Siona fut désignée pour ouvrir le chemin, dans la mesure où elle connaissait mieux que personne le Labyrinthe. A travers la jungle, horrible tas de verdure remplis d’insectes, nous aboutimes sur un puit, planté dans le sol au milieu de rien et visiblement très ancien. C’était la sortie de cette partie du labyrinthe, au fond du puit se trouvait une sorte de grand gouvernail planté dans la pierre, celui qui le tournait se retrouvait téléporté dans une nouvelle partie du Labyrinthe.

Un désert, un gigantesque désert de dunes changeantes et de tempètes de poussières. L’une des sorties, la route directe vers le labyrinthe rouge, était un des oasis parmis les nombreux mirages des environs et le groupe de Krull (bien que Zek refusa l’appellation) pris ce chemin. Siona, mon oncle et Gabu m’accompagnèrent dans la direction opposé, vers de grands rochers d’où résonnaient les cris étranges de gnomes des sables. Il s’y trouvait une autre sortie, cachée dans la roche, menant vers une tout autre sorte de labyrinthe...
- Heu... on est où là ? demanda Kaos.
- Le labyrinthe de plomberie, expliqua Siona. Il faut sauter de plate-formes en plate-formes, écraser les tortues et les champignons géants et éviter tout ce qui est pointu.
- Ca devient vraiment de plus en plus stupide, fit remarquer Cattnia.
- Oooh des pièces ! Fit Gabu.

Un génocide fongique et reptilien plus tard, le labyrinthe aboutit à un grand tube vert dans lequel Siona nous fit rentrer... pour aboutir à un niveau différent du même labyrinthe. On était pas sorti de l’auberge et le temps pressait car l’autre équipe allait bientôt affronter les chevaliers et cela nous laissait juste assez de temps pour récupérer Bizrot sans que Greed n’y prête attention.

*** Equipe de Krull. Ou de Zek. Enfin l’autre équipe quoi. ***

- C’est fini avec vos histoires de nom d’équipe ! Rala Yuzzy une enième fois. Equipe de Zek ou Krull on s’en fiche !
- Mais ca insinue que Krull serait plus fort que moi ! Je refuse ! Clama Zek. Contre Greed il a perdu une main et moi je l’ai dégommé en un tir !
- Ca être chance. Vieux troll avoir aidé.
- Ne m’impliquez pas là-dedans, fit Pilat.
- Zek, tu n’as qu’à te dire qu’on parle par ordre alphabétique, proposa Kitten.
- Si on va par là... fit Brexxor.

Ce genre de conversation continua durant tout le chemin jusqu’au labyrinthe rouge, sans pour autant aboutir à une conclusion satisfaisante pour aucune des parties. Comme l’objectif devenait de plus en plus proche, Brexxor crut bon de battre le rappel.
- Un peu de sérieux s’il vous plait, nous risquons à tout moment de tomber sur eux. Ou sur Guro. Dans tous les cas, mieux vaut être préparé.
- Depuis quand c’est Brexxor le chef ! fit Zek.
- Ca va continuer longtemps cette histoire ? Cria l’orc.
- Rrrrzzzzzzzzz...
- Apparrement non. Bon peu importe, de toute façon ils ont du bouger depuis la dernière fois, nous les avons vu il y a presque deux heures. Il n’y a aucune chance pour qu’ils soient...

Assis à même le sol, Lust et Wrath fixaient Brexxor du regard.
- ... toujours là.

Il s’avéra par la suite que Lust, passablement énervé par le fait que Greed se soit servie d’elle pour contrecarrer mes plans, avait décidé de protester en restant assis au même endroit en attendant que Greed vienne la faire sortir. Wrath quand à lui, en mode calme depuis peu, préférait profiter de l’effet apaisant des briques rouges.
- Super, on a le droit au débarquement de tous les ratés qui ont attéris chez Greed à l’exception de la seule personne qui nous intéresse, fit Lust.
- Gggggnnnnnnnnnn ! Approuva Wrath.

Wrath fut le premier à se lever, il ramassa ses lourdes masses plus lourdes l’une que l’autre et se prépara à pousser de nouveaux grognements mais repéra quelqu’un parmi les arrivants.
- Ah, cela fait du bien de te revoir dans les environs Dibz, fit Dibz. Je me demande où tu étais passé... dommage que tu ne puisses pas me le dire vu que c’est moi qui parle à travers toi. Ah ! Ahahah !
- Par pitié, soupira Zek. Que quelqu’un foute Wrath en rogne, qu’on récupère Dibz.

Ayant par miracle compris la tactique que j’avais développé quelques temps avant, Krull profita de la distraction produite par Dibz pour se placer devant Lust, dans une demande évidente de duel. Le but étant d’écarter la succube du combat pour que Zek puisse appliquer la même méthode que la dernière fois et se débarraser facilement de Wrath. Un plan simple et efficace, qui marchait généralement sur les demeurés contre lesquels nous nous battions. Hélas, en dépit de son allure vulgaire et de sa poitrine trop imposante, Lust avait également un cerveau.
- Désolé mon mignon, mais les manchots ne m’intéressent pas. Je préfère les elfes bien équipés, pas vrai le chasseur ?
- Heu... heu... voui madame, répondit Zek de plus en plus hypnotisé par la tenue de la succube.

Sans plus attendre, le fouet de Lust claqua dans les airs et s’allongea jusqu’à attendre le cou de Zek puis s’enroula autour. D’un simple mouvement de poignet, Lust ramena l’elfe jusqu’à elle et celui-ci fut partagé entre la surprise de se voir ainsi trainé et le bonheur d’atterir sur la poitrine, certes blindé, de Lust. Mais alors que le grotesque de la situation commençait à lasser tout le monde, à l’instant même où Zek entra en contact avec Lust, tout deux disparurent en un clin d’oeil.

Personne, pas même Wrath, ne put expliquer ce qui s’était passé. Devant le manque flagrant de logique des évènements, les gens présents décidèrent de simplement ignorer ce qu’il s’était passé et Krull résuma la chose ainsi :
- Un de moins.

Notons qu’il était douteux de savoir si Krull parlait d’un chevalier de moins, ou d’un gêneur de moins. Toujours est-il que, imperturbable, il alla se placer devant Wrath en attente d’un nouveau combat.
- Il semblerait que je sois en mauvaise posture, fit Dibz. Avec tant d’ennemis je suppose que le combat est inévitable.
- C’est vraiment Wrath qui parle là ? Demanda Yuzzy.
- Oh il est très poli quand il est calme, expliqua Pilat. Mais ca ne dure pas.
- C’est quoi ce bruit ? demanda Kitten.

L’elfe de sang avait répéré un grondement, qui se transforma en tremblement, puis en véritable boucan lorsque, sorti de nul part, Guro défonça le mur de briques rouges pour débarquer en plein milieu du futur champ de bataille. Le Tauren, détestant la couleur rouge, était devenu complètement fou de rage dans un tel environnement. Les muscles tendus à l’extrême, il semblait faire trois fois sa taille habituelle, chose qu’ironiquement il partageait avec Wrath quand il se mettait en colère. Bien qu’à ce stade Guro était absolument incapable de discerner ses ennemis de ses alliés, tout individu n’étant qu’un bout de viande trop rouge à ses yeux, il eut la présence d’esprit de se jeter contre Wrath dans une indescriptible mélée.
- Ah ! Enfin libre, fit Dibz. Oh... c’est lui Guro ?

Wrath s’était lui-même transformé, ses traits déformés par la rage du combat. Tauren et Draënai semblait faire jeu égal, avec un léger avec avantage pour Guro qui balançait le chevalier de mur en mur, mais sans que cela lui fasse quoi que ce soit. Perçant à travers le labyrinthe, le couple de combattants fut rapidement hors de vue, ne laissant qu’un nuage de gravats et de poussière rouge.
- Problème résolu, fit Yuzzy en haussant les épaules.
- Non, fit Brexxor. Nous devons récupérer Guro. Il est peut-être fort dans cet étât, mais il n’est pas immortel comme Wrath. Ce draenaï aura tôt fait de le saigner à mort si le combat s’éternise.
- Quoi ? s’étonna Dibz. Vous voulez vous interposer entre ces deux monstres ? Pas question ! Il faudrait être cinglé pour...

Poussant un puissant cri de guerre nordique, Krull chargea en avant le long de la tranchée creuser par les deux êtres en colères, pour finir par un magnifique plongeon de tacle digne des plus grands joueurs de Gnomeball. Plaquant Guro au sol, Krull réalisa trop tard qu’il avait mis trop de force dans son geste et passa à travers le plancher en compagnie de Guro. La chute fut très longue car bientôt Wrath et les autres qui accourèrent derrière lui ne purent apercevoir Krull et Guro.

Et tandis que Zek se réveillait douloureusement en compagnie d’une succube au sourire sadique, que Krull se rendait compte qu’il avait attéri avec son compagnon érythrophobe en plein milieu d’un labyrinthe que Greed avait nommé le "dédale de sang" et que Wrath tournait son regard enragé vers Brexxor et les autres membres de la Horde, ces trois combats n’étaient qu’un prélude à un affrontement d’une toute autre importance. Greed était apparut à nouveau devant moi.
- Vous ne pensiez pas pouvoir sortir d’ici tout de même ? Fit Greed.
- Je suppose que Mo a fini par se rendre ? Demandai-je.
- On s’en occupe pour moi. Maintenant sachez que je vais faire tout ce qui est en mon pouvoir pour vous empêcher de faire un mètre de plus vers ce fichu diablotin.
- Je pensais que vous ne pouviez intervenir, fit Kaos. Vous êtes immatériel dans ce monde.
- Oh oui, c’est exact. Mais j’ai batti ce monde... et je peux continuer à le faire.

Tandis qu’il parlait, le labyrinthe autour de nous commença à se distordre... et à changer. Voilà pourquoi je n’aime pas me balader dans la tête des autres.

*** Malykriss ***

- Et donc, comme je disais, ma présence ici est le fruit d’un hasard abrutisant ne laissant aucun doute sur le fait que je sois parfaitement innocent et que la seule chose censé à faire est de me laisser partir !
- Silence, gnome !

Pride tenait d’un seul bras le voleur gnome, son gant de fer resserré autour de la gorge de Mo. Après un gigantesque jeu de cache-cache, le chevalier qui avait été également dérangé par les inondations, avait finalement mis la main sur le gnome tandis que celui-ci tentait de se faire la malle en volant l’un des griffons squelettes de la zone d’envol. Pride l’avait vu venir.
- Je vous déteste, vous tous, les voleurs. Incapable d’affronter quelqu’un avec honneur, incapable de faire face, vous êtes tout ce qui est méprisable parmi les aventuriers.
- Techniquement, voler des morts est un acte de pillage, pas de larçin. Urgh ?...
- Silence j’ai dis ! Tu vas subir mille souffrances avant de... Eh c’est quoi ce truc ?

Lachant subitement Mo, celui-ci s’écrasa au sol du fait de la différence de taille et se releva en crachant ses poumons. Son souffle repris, il regarda ce que Pride fixait depuis un moment. A l’autre bout de la zone d’envol, un sinistre carrosse trainé par des gargouilles venait d’atterrir sur le pont de Malykriss. Certes la marque du Roi-liche y était inscrite clairement, mais Pride n’avait jamais vu un tel attelage, aussi fut-il particulièrement méfiant.

S’ouvrant lentement, le carrosse déroula de manière grotesque un tapis rouge qui s’arrêta juste devant les pieds de Pride. En sorti alors un chevalier, un réprouvé, arborant un large sourire derrière son casque partiel et son visage décomposé. Balançant de droite à gauche dans une démarche ridicule et provoquante, le chevalier s’avança vers Pride comme s’il dansait sur une musique inaudible. Quand il ne fut plus qu’à quelques centimètres du visage impassible de Pride, le chevalier commença à parler :
- Bonjouuuur. Vous devez être Pride ? C’est un honneur de vous rencontrer, hé hé hé.
- T’es qui ? répondit Pride.
- Oh quelle tristesse qu’un chevalier de votre rang puisse ignorer quoi je suis, hi hi hi. Mais c’est logique en fait, car je fais parti des trois autres.
- Les Trois Autres ?
- Ahaha non ce n’est pas un titre, c’est juste une indication. Je suis un Doigt, comme vous, mais je suis un des trois derniers. Le numéro 8 pour être précis. 9 et 10 ne devraient pas tarder.
- Les Doigts sont sept, j’ignore qui tu es gamin mais je suis a peu près sur que tu vas regretter tes paroles dans quelques minutes.
- Ha Ha Ha ! Mais voyons, avec un brin de jugeote n’importe qui aurait deviner qu’il faut 10 doigts à un individu... et tant mieux si trois d’entre eux sont caché... pour punir les sept autres quand ils ont échoués.

Pride, qui commençait à comprendre à qui il avait à faire, devenait parallèlement de plus en plus furieux. Gonflant la poitrine, il éructa :
- Je n’ai PAS échoué !
- C’est tout comme. Le Roi-Liche nous a envoyé vous punir. Et sachez que dans notre jargon, punir signifie éliminer. Oh et n’allez pas croire qu’il nous a donné l’un de vos minables petits pouvoirs comme à vous autres les sept. Les trois sont bien plus puissants. Au fait, mon nom est Prejudice. Mes collèges Pain et Regret sont en chemin pour éliminer les autres chevaliers. Désolé les gars, mais c’est fini pour vous.
- Le Roi-Liche se rendra compte de son erreur que je lui apporterai vos cadavres.
- AH ! Amusant. Mais très peu probable. Pouvons nous commencer ?

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