CHAPITRE 53 : J’ai un plan...

 


*** Quelque part en Azeroth ***

- Ou sommes-nous au juste ?
- En route pour Stormwind.
- Pourquoi faire ?
- Pour prendre le bateau et rejoindre Northrend.
- On ne pouvait pas directement arriver en Northrend ?
- Les portails ne marchent comme cela, sire Gurdan.
- J’aimerai bien savoir comment ils marchent à la fin...

Armony se contenta de répondre par un soupir, continuant de marcher avec un pas pressé que Gurdan avait bien du mal à suivre. Depuis maintenant plus de deux heures, la jeune pupille de la famille Rouge tenait un rythme soutenu et décidé qui laissait Gurdan perplexe sur l’incroyable motivation de la fille.
- Pouvez-vous me rappeler pourquoi vous nous aider, à la place du père de Synapse qui me semble légèrement plus concerné que vous par cette affaire ?
- Parce qu’il ne peut pas et que moi si, et vous pouvez me tutoyer, je n’ai que 16 ans.
- Super... donc qu’elle est ton rapport avec Synapse au juste ?
- Aucun, je ne l’ai jamais rencontrée.

Gurdan s’arrêta sur place, visiblement peu satisfait des réponses évasives de la blondinette. Armony ne ralentissait pas et Gurdan dut trottiner jusqu’à elle pour reprendre la conversation.
- Ceci n’est pas un jeu, nous affrontons des vrais monstres, tu n’as aucune raison de vouloir t’en mêler.
- Disons que j’ai suffisament de pouvoir pour m’en mêler.
- Je croyais que tu n’étais pas mage.
- Je ne le suis pas.

Cette fille avait manifestement un problème pour saisir le sens des questions et donner une réponse satisfaisante. Gurdan songea à jouer quelques notes pour invoquer quelques racines et la clouer sur place.
- Vous êtes quoi alors, toi et le père de Synapse ?
- Lui est un mage...
- Gniiiii !
- Il est le réceptacle d’un conglomérat d’énergies issus de différentes communautés ou personnalités à travers l’intra-monde afin de veiller sur les échanges entre plans et protéger les mondes de l’effondrement accidentel ou provoqué des couches de magie pure qui les séparent.
- Heu... hein ?
- C’est un Gardien, je suis son héritière.

Un Gardien ? Ce terme dans le monde d’Azeroth faisait généralement au Gardien de Tirisfal, un sur-être crée par les archimages de Dalaran qui infusaient leurs pouvoirs à l’intérieur d’un être unique, acquérant une puissance gigantesque qui lui permettait de lutter contre la menace des démons et de la Légion Ardente. Le plus célèbre et le dernier en date de ces gardiens fut Medivh, le fameux sorcier qui ouvra le Portail Noir, joignant le monde des orcs et celui d’Azeroth, créant le joyeux bordel que nous connaissons à l’heure actuel. Il était donc raisonnable de dire qu’il avait plutôt échoué dans sa tâche.

Depuis ce temps-là, un nouveau conseil de Tirisfal avait créer un autre Gardien mais d’après ce que savait Gurdan, il s’agissait d’un jeune demi-orc, pas d’un étrange patron d’une auberge louche.
- Une minute, les Gardiens sont uniques, il ne peut y en avoir qu’un à la fois !
- Il ne s’agit pas d’un Gardien de Tirisfal, mais issu d’un autre conseil, plus vaste et plus varié, des gens qui s’intéressent aux voyages interplannaires et ont fait appel à la famille Rouge pour jouer le rôle de... agent de circulation ?
- Fafinir est le gardien des voyages entre les mondes ? Je commence à comprendre...

Evidemment, un manoir qui voyage entre les dimensions, un gardien assis sur une puissance énorme mais qui ne peut pas bouger, le phare des voyageurs entre les plans, constamment menacé par les démons voulant les perdre dans le néant... Gurdan avait toujours suspecté quelque chose de ce genre, mais pas qu’il en était aussi proche. En réalité les Titans, en leur temps, avaient ouvert de nombreux voies entre les mondes... mais leur disparition et la montée des démons avaient rendu ces voies dangereuses et incertaines, coupant les ponts entre les mondes, les laissant isolé et vulnérable. Mais les mortels retrouvèrent ces routes, chassant les démons et créant un Gardien pour veiller dessus, ainsi qu’empêcher tout nouveau passage non-sécurisé. Sur ce dernier point, Fafinir avait brillamment échoué 27 ans plus tôt en laissant le Portail Noir s’ouvrir. Interroger sur ce point, Armony répondit :
- Le maitre n’a rien pu faire, il était retenu ailleurs.
- Quoi donc ? Une invasion de démons ? Une attaque venue d’un autre plan ?
- La naissance de dame Gabriella.
- Oh...

Il était en effet facile d’imaginer que la naissance de Gaïa la Folle ne fut pas sans problèmes, j’estime d’ailleurs énormément ma mère pour être parvenu à lui donner naissance sans jeter l’éponge avant... ou après. Pour ma part je suis née comme toutes les déesses, par césariennes. Bon il parait qu’une vrai déesse doit sortir par le crâne de son père... mais ca parait un peu brutal et bizarre non ? Mais je digresse, revenons à nos moutons, enfin plutôt bélier en ce qui concerne Gurdan :
- Donc tu es toi aussi une Gardienne ? Enfin une future Gardienne. Mais tu n’es pas mage... je comprends rien !
- L’important c’est le pouvoir, même si je ne suis pas la Gardienne officielle du Flux Rouge, c’est le nom de notre lignée de Gardien, je peux tout de même "emprunter" une partie de sa puissance. Infime car mes liens avec la famille rouge sont faibles mais largement suffisant pour botter les fesses de quelques chevaliers.
- Alors en fait Synapse et ses soeurs sont capable de canaliser ce flux et d’écraser n’importe qui ? C’est pour cela que Gaïa est si forte ?
- Pas du tout ! Gaïa n’a rien à voir avec le Flux Rouge, elle n’y a jamais touché à ma connaissance... ou alors elle est tombé dedans quand elle était petite mais dans tous les cas, elle est incapable d’entrer en connexion avec les fluxs, elle ne peut devenir Gardienne peu importe son lien de famille, même chose pour Synapse et Ririn. C’est pour cela que maître Fafinir dit que ses filles ont échouées... la plupart des gens ne peuvent pas devenir Gardien, c’est comme ca.

Alors c’était cela ? Une banale incapacité a jouer les sacs à magie ? Voilà tout ce que mon père me reprochait ? Peuh, c’était ridicule, pensa Gurdan. Après tout, j’étais tout de même une démoniste accomplie, capable de contrôler plusieurs démons, de vaincre de grands adversaires et même Gaïa... minute, Gaïa !
- Attends une minute, tu dis que Synapse est incapable de réceptionner les énergies étrangères ?
- Oui, c’est la qualité principale des Gardiens et aucune des filles de Fafinir n’a réussi à...
- Est-ce que Lyly le pouvait ?
- Pardon ?
- Lyly, la jeune elfe qui est morte ! Est-ce qu’elle pouvait devenir Gardien ?
- Hein ? Je ne sais pas, j’étais trop jeune... c’est peu probable, les candidats sont vraiment rares. Pourquoi cette question ?
- Pour les filles de Fafinir, je ne sais pas, mais la Synapse que je connais, réceptionner des énergies externes, elle fait cela tout le temps ! On appelle cela un démoniste !

*** Malykriss ***

- Encore des invités Envy ? Décidément cela n’arrête pas ! Oh, encore vous ?
- Silence ! Je ne veux pas que Lust ou pire nous remarque, cette histoire est déja assez compliquée comme cela.
- Bon... bon... moi je veux juste finir mon repas. Tiens d’ailleurs je peux faire venir des larbins pour ramasser la vaisselle, cela commence à s’entasser.
- Pas maintenant. Bon, Brexxor, les autres, je vous présente Gluttony. Ne vous inquiétez pas, elle n’est pas méchante et ne pige rien à la politique.

Gluttony se contenta de répondre par un grand sourire a ce qui ressemblait fort à une insulte. Les hordeux pour leur part avait la même réaction interdite que Krull avait eu en apprenant que cette petite rousse au visage de gamine était un terrible serviteur d’Arthas. Liven, pas démontée pour autant, se rapprocha avec un air dédaigneux de la chevalière qui finissait son repas ogresque.
- Je suis Liven... commença la démoniste.
- Chantée.
- ... pardon ?
- Je suis Chantée.
- Vous voulez dire que vous êtes enchantée ?
- Non, non, non ! Enfin si je suis enchantée bien sur, mais je suis Chantée moi-même.
- Elle est débile, c’est ca ? Demanda Liven en se tournant vers Envy.

Visiblement habitué à ce genre de conversation, la femme orc se contenta d’un soupir. Amusée par la situation qu’elle avait répété de nombreuses fois, Gluttony pris sa respiration comme si elle allait chanter et annonça :
- Le jour ou je me suis présentée, à tous ces beaux et grands chevaliers, par simple omission je me suis trompée... et depuis on me nomme Chantée.
- Vous vous êtes... trompée ?

Prenant une pose très sérieuse, Gluttony claqua des bottes et s’inclina très poliment :
- "Seigneur Arthas, je suis chantée de vous connaître !". J’étais un peu nerveuse je le crains, j’ai donc par mégarde raccourci mes mots, ou "mon" mot car c’est maintenant celui que l’on me donne. Les hommes n’aiment pas m’appeler Gluttony.
- Je peux comprendre pourquoi... chuchota Kitten.
- Et donc... Chantée... pourquoi êtes-vous devenue chevalière ? Vous aimiez l’armure ?
- L’ambiance était plutôt sympa et il faut avouer que le seigneur Arthas est mignon.

Envy secoua la tête, navrée du piètre exemple que donnait Chantée de la classe des chevaliers de la mort. Hélas de nombreux humains, comme Chantée, n’avait rejoint le roi-liche que part effet de mode, sentant tout simplement le vent tourné.

Brexxor décida qu’ils n’avaient pas de temps à perdre avec une chevalière aussi inutile tant il était clair que Chantée se moquait des luttes politiques au sein de Malykriss et que, de plus, elle ne savait absolument rien sur qui était à bord de la citadelle et où pouvait se trouver les anciens compagnons de l’orc. Liven approuva, inquiète de retomber avec les chevaliers au sein de la même ambiance qu’elle avait laissé derrière elle en quittant les Tribz, c’est à dire stupidité et imbéciles heureux.

Décidément plus sérieuse, Envy emmena le groupe vers les quartiers personnels des officiers, décidée à retrouver Piro et Bahk’stab... mais il devint évident au fur et à mesure de la progression que quelque chose clochait.
- P.. pourquoi les murs sont presque tous démolis ? Demanda Kitten. C’est un style ?
- Non... on s’est battu ici ! Signala Yuzzy. Il y a du sang... beaucoup de sang. Eh, regardes pas Guro !
- Mmmmfff !
- L’aile est entièrement dévastée, expliqua Envy. C’est récent, j’y étais il y a peine une heure... je ne vois qu’une personne pour faire un tel carnage, à part le voleur ici présent, mais il était enchaîné... vite, il faut fuir !
- Toi parler de Wrath ? demanda Krull. Ca pas problème, moi vouloir revanche.
- Non, non, non ! Wrath a causé cela mais ce n’est pas le problème ! répondit Envy. Ce qui est grave ce sont les dégâts ! Si "il" rentre alors nous sommes tous...

Et comme pour confirmer ses dires, une longue et grande aura sinistre sembla s’emparer de Malykriss. Quelqu’un était revenu et quelqu’un n’était pas content. Oh non.

*** Ulduar ***

- Pourquoi il faut toujours que ca finisse comme cela ? demanda Gabu.
- Tais-toi et cours, fit Zek.

Pourchassé par un énorme véhicule bardé d’armes et de plaques de blindages, la fine équipe de Zek s’était encore emmêlé les pinceaux. ils étaient parvenus sans encombre à rejoindre l’atelier de Mimiron, ingénieur en chef de l’Ulduar et gnome mécanique de son état. Ce curieux personnages, fait de métal et de rouages, était l’inventeur génial de toutes les bizarreries mécaniques qui peuplaient l’ancien repaire des Titans. Le problème c’est qu’à l’instar des autres Gardiens, il était lui-même convaincu d’oeuvrer pour la détention de Yogg’saron aussi il ne vit pas d’un bon oeil les cinq aventuriers venus piller sa réserver d’explosifs dans le but d’atteindre le Dieu Très Ancien.

Un vacarme d’alarmes et de sirènes plus tard, Mimiron était au volant de son "Léviathan II", redoutable char d’assaut contre lequel il n’y avait pas d’autres solutions que de... courir.
- C’est un rituel d’avant-combat c’est ça ? Demanda Dibz. On s’enfuit pour se porter chance ?
- Oh ça va ! On fuit pas tout le temps non plus ! Râla Zek.
- Ben honnêtement, moi qui suis là depuis le début... songea Gabu.
- C’est tactique ! Précisa l’elfe, pendant qu’on cours, on réfléchit à une stratégie. C’est juste que là, rien ne vient.

Mais Pilat, lui, perché en haut d’un des système d’alarme, avait un plan. Observant la scène, il s’était rendu compte qu’en plus de l’énorme mastodonte de métal qui poursuivait ses amis en crachant du feu, plein de petits bidules plus ou moins explosifs s’agitaient en tous sens aux quatre coins de l’atelier.

Pilat n’y connaissait rien en mécanique. Mais alors RIEN. Pourtant il savait que pour contrôler tout ses poupées de métal, le gnome Mimiron devait certainement faire appel à de puissants esprits. Evidemment Pilat n’avait pas la moindre notion de programmation ou de schéma de comportements automatisés qui régissent les actes des robots et assimilait tout cela à la pratique du vaudou troll... comble du hasard, il était pas tombé si loin que cela.

Mimiron avait dans les mains une grosse télécommande, gérant à distance les mouvements de ses automates. En effet, devant la quantité énorme de robots que Mimiron avait produit, il ne pouvait pas s’amuser à mettre des commandes manuelles partout et avait décidé qu’il valait mieux pour lui de créer une télécommande universelle et la relier à toutes ses créations. Toutefois, les réseaux électroniques étant ce qu’ils sont à l’époque, Mimiron avait laissé tomber l’idée et était allait demander aux autres gardiens de lui concocter un truc à base de magie pour remplir le même office, sa télécommande faisant donc appel aux esprits de quelques nains décédés depuis longtemps pour diriger ses machines.

Et Pilat, lui, les esprits ça le connaît.

N’entrons pas dans les détails car la science des esprits est longue, complexe et complètement farfelue par moments, disons simplement qu’avec les techniques et les appâts appropriés, il est facile pour un sorcier-docteur expérimenté de "court-circuité" le réseau d’esprits nains cuvant éternellement leur bière pour les faire obéir à la volonté d’un troll moisi. Assemblant quelques totems et appliquant quelques rituels ancestraux dont plus aucun autre être vivant n’a même entendu parler ou pourrait s’intéresser, Pilat construisit sa propre télécommande, tout en bois et matériaux visqueux.

L’effet fut immédiat.

Suite à l’arrêt subite et total de son Léviathan, Mimiron fut projeté violemment en avant, ne s’attendant pas à un freinage si sec et ayant oublié d’installer une ceinture de sécurité ou autre dispositifs gonflables censés prévenir ce genre de désagrément. Maintenant aux commandes de l’engin, Pilat le fit poursuivre le gnome mécanique qui, entre deux insultes au vieux troll, tentait de comprendre ce qu’il s’était passé. Mais le gnome n’avait pas dit son dernier mot, détalant jusqu’à une autre partie de son labo, il disparut par une trappe automatique qui activa toute une série de roulements sonores et de cliquetis laissant présager une autre surprise mécanique.

En effet, quelques secondes plus tard, une plate-forme se souleva du sol, laissant apparaître Mimiron dans la cabine de pilotage d’une immense tourelle garnie d’armes diverses, mortelles et surtout complètement disproportionnées.

Sans le moindre remords pour son ancienne création, Mimiron appuya sur la gâchette et réduisa en cendres le Léviathan Mk2. Pilat, quand à lui, jugea bon de se mettre à l’abri à l’autre bout du labo, hors de portée.
- Bon sang, c’est quoi ca encore ? On a pas idée de faire des armes pareilles ! Se plaignit Dibz. Franchement, qu’est ce qu’on peut faire contre ça ! Je veux dire, à cette distance il ne peut pas nous avoir mais vu la quantité de plomb que ce truc crache, on va pas pouvoir approcher non plus !
- Hmmm... on pourrait utiliser Gabu comme bouclier et avancer petit à petit... proposa Zek.
- Ce n’est pas une mauvaise id... Eh ! Intervint Gabu.
- En tous cas, je pense que l’on a un peu de temps devant nous, fit Kaos. L’autre n’a pas l’air très avancé non plus.

En effet, à l’autre bout du laboratoire, Mimiron tapait rageusement sur les commandes de sa machine, s’en voulant quelque peu de ne pas avoir installé un moyen de locomotion sur la tourelle, ou du moins des armes longues portées. Il fut toutefois le premier à trouver une solution au problème. Du haut de sa tourelle, il commença à réunir les bouts de métaux que la destruction du Léviathan et des autres machines téléguidées détruites avaient dispersés partout, puis commença à les assembler. Après quelques minutes, un assemblage improbable et un brin bancale était prêt et se dirigea vers les aventuriers.
- Il est idiot ! S’exclama Dibz avec satisfaction. Autant sa tourelle est manuelle et ne peut pas être dirigé, autant là il est en train de nous créer des armes ! Vas-y Pilat.
- Pas moyen ! Il n’y a aucun esprit là-dedans, c’est juste de la mécanique. Il s’est fait une télécommande pour lui et dirige tout à distance. Je n’y peut plus rien !
- Quoi ? Ça veut dire qu’on va devoir bousiller nos armes sur toute les poubelles ambulantes qu’il va nous envoyer ? demanda Zek.
- En fait, j’ai peut-être une idée... répondit Pilat en regardant autour de lui.

Pendant ce temps-là, la nouvelle création de Mimiron boitait toujours en direction du refuge des ennemis de son maître. Fait à la va-vite, le robot était une sorte de grosse figure vaguement humanoïde reposant sur d’énormes chenilles tordues mais qui disposait tout de même de plusieurs lames qui tournoyaient automatiquement au fur et à mesure qu’il avançait ainsi que d’un gros canon central. Quel ne fut pas sa surprise, dans la mesure où un robot peut-être surpris, de voir, dans la mesure où un robot peut voir, que ses adversaires n’étaient pas une poignée d’aventuriers terrés à couvert mais... un autre robot.

Enfin le terme robot était pour le coup très peu pertinent car le machin qui venait d’apparaître tenait plus du fourre-tout que le tenancier d’une décharge publique aurait mis dans un coin, sans la moindre connaissance d’ingénierie, ne tenant que par la volonté douteuse d’une poignée d’esprits récupérés à l’improviste par Pilat et compressés à l’intérieur de la machine pour la faire tenir debout. Le résultat ressemblait vaguement à un gros gorille dont les deux bras auraient été remplacés par des haches.

Sans vergogne, le pseudo-gorille plongea sur sa proie et réduisait le tas de ferraille construit par Mimiron en un autre tas de ferraille, moins mobile.
- Quoi ? Cria le gnome mécanique. Eh, c’est pas du jeu ! Vous avez pas le droit de construire des robots !
- Honnêtement, cela tient plus du golem de métal, répondit Kaos en connaisseur. Bien, maintenant il n’y a plus qu’a fixé une grosse plaque de métal sur l’engin et on pourra s’approcher à l’abri des balles !
- Pas question ! Hurla le gnome. Tu vas voir ce que je vais en faire de ton machin avec ma prochaine création, le Tad’Boulons 3000 !

Et le gnome repartis en quête de rabiots à assembler, revenant quelques minutes plus tard avec un nouveau robot, encore plus menaçant et accumulant un grand nombre d’armes qu’il serait fatiguant de détailler. Le gorille ne fit pas long feu et se transforma rapidement en une magnifique flaque de métal fondu.
- Ahah ! Victoire ! Scanda Mimiron.
- C’est pas fini ! Répondit Dibz en levant un poing hors de son couvert.

Les aventuriers ne tardèrent pas à se réunir autour de Pilat dans la création d’un nouveau robot, plus performant, plus puissant, plus destructeur, plus mieux.

* Deux heures plus tard *

- Bon et ici on lui met une scie circulaire, proposa Zek.
- Non, ca va pas tenir. Faut mettre un autre canon ! Expliqua Dibz.
- Quoi ? Encore un ? Mais y en a marre, on a presque plus de poudre pour les faire tirer tes canons !
- Un laser ! On doit mettre un laser ! Intervint Gabu.
- T’es un marrant toi, on le trouve où ton laser ?
- Ca y est ! cria Pilat. Le Trollinateur Mk.16 est enfin fini ! Au combat !

A l’autre bout de la pièce, Mimiron effectuait les derniers tests.
- C’est bon ? Vous avez fini, on peut commencer ? Oh, encore un Trollinateur... je préférai vos Gabuzators, ils étaient marrant au moins. Bon, c’est parti pour la 44ième manche. Oubliez pas, si l’un de nous gagne 7 fois d’affiler, il gagne le tournoi !
- Ca va, on connaît les règles ! rala Kaos.
- Dites, vous jouez à quoi au juste ? Demanda Sloth.

L’ambiance dans laquelle les aventuriers s’étaient laisser entraîner malgré eux, s’effaça à l’instant même qu’ils réalisèrent que le grand chevalier de la mort était derrière eux, passant par la même sortie qu’ils auraient pu utiliser depuis des lustres pour continuer leur chemin et ignorer le gnome. Mais bon que voulez-vous, on se refait pas.
- Heu... eh bien... commença Zek qui essayait d’expliquer cela d’une manière où il ne passerait pas pour un parfait imbécile.
- On fait un tournoi de robots, répondit Gabu loin de ces considérations.

Sloth eut un moment d’arrêt, regarda en direction de Mimiron, qui tentait de ranger discrètement ses robots et de se faire oublier du mieux possible, puis décida de changer de conversation pour revenir à un point nettement plus important selon lui :
- Où est Synapse ?
- Pas là, comme si on allait te l’amener sur un plateau, ahah ! Triompha Zek.
- ... vous avez conscience qu’elle est la seule chose qui me retient de vous exterminer ?
- Je tiens à préciser que je ne connais pas ces gens, fit Dibz.
- Je tiens à préciser que c’est déja fait, fit Kaos.

A cette dernière remarque, Sloth remarqua le mage qui était resté en train trafiquer une des pinces coupantes du robot. Malgré sa connaissance approfondie du large sujet qu’est la mort, il ne put s’empêcher d’être quelque peu surpris.
- Je ne vous avais pas... tué ?
- Je vais mieux.
- On ne va pas mieux d’une décapitation.
- Moi si. Je suis immortel. Pratique non ?

Sloth fut étonné de voir un véritable immortel, étonné mais surtout agacé. La plupart des chevaliers de la mort tentaient d’approcher cette immortalité en jetant leur âme aux orties, alors voir quelqu’un qui a reçu cette immortalité en cadeau de naissance, ce n’est pas franchement agréable. Puis que Sloth ignorait tout de Kaos, il décida que le mage ferait mieux de se tenir à carreaux si ce dernier ne voulait pas que sa tête parte à nouveau en voyage.
- Peu importe, soupira Sloth. Pourquoi n’est-elle pas là ? Ne me dites pas que vous l’avez encore perdue.
- Non, pas du tout ! Se défendit Gabu, admettant par là que ca arrivait souvent. Synapse s’entraîne, pour devenir plus forte, pour t’affronter. D’ailleurs nous sommes ici pour récupérer quelque chose pour l’aider... c’est bien cela non ?
- Tu parles trop... fit remarquer Dibz.
- M’affronter ? s’étonna Sloth. Mais pour quoi faire ? Nous ne sommes pas ennemis. Tout cela est stupide, si vous allez en bas, vous mourrez. Vous n’êtes même pas capable d’affronter ce minable gnome.

Le minable gnome en question, Mimiron, ayant constaté sur les écrans de sécurité ce que Sloth avait fait des autres gardiens, était déja en train de faire ses bagages pour partir loin, loin, très loin. La petite histoire est qu’il parvint effectivement à sortir de l’Ulduar et même du Northrend pour écouler des jours paisibles dans les ruines de Gnomeragan aux milieux des autres robots détraqués et des jeunes aventuriers qui ne lui arrivaient pas à la cheville. Cela pris fin avec la glorieuse reconstruction de Gnomeragan quelques temps plus tard mais tout ceci est une autre histoire.
- J’ai nettoyé le chemin en pensant que Synapse voulait parler à Yogg, mais je vois que c’était inutile. Dites-moi où elle se trouve.
- Jamais ! Plutôt mourir que révéler cela ! Inutile de nous torturer ou quoi que ce soit, nous ne parlerons pas, nous subirons tout ! Scanda Zek.
- Elle est à Zul’Drak.
- Chez les trolls ? Demanda Sloth. Etrange. C’est une fille vraiment étrange, non ? Enfin je suppose qu’elle l’a toujours été. Alors, toi, vieux troll, dis-moi si je dois massacrer ton peuple pour qu’il me la livre ou bien cela ne sera pas nécessaire.

Pilat, pas le moins du monde impressionné par l’effrayante aura de mort du chevalier, préféra répondre par une question :
- A quoi bon l’avoir par la force si elle a déjà décidé de venir à toi le moment venu ? Il te suffit d’attendre, jeune chevalier.
- Hmm... je suppose que cela est vrai. Bien, à votre guise. Zek, je t’interdis de là laisser à l’avenir, je refuse qu’il lui arrive quoi que ce soit en mon absence.
- Je ne prends pas d’ordres de toi, ordure ! ... mais c’est d’accord.
- Bonne chance pour Yoggy, ce n’est pas un client facile. J’espère pour vous qu’il sera de bonne humeur et vous donnera ce que vous cherchez, peu importe ce que c’est.

Et Sloth s’en alla, tout simplement.
- Ca s’est bien passé non ?
- Tais-toi Gabu.

Bon, pour vous parler de Yogg’saron, il est indispensable que vous puissiez comprendre le point de vue d’un être plus vieux que l’espèce humaine entière, qui a assisté à sa naissance et qui n’a pas eu son mot à dire quand il a été question de sa domination sur le monde. Un dieu très ancien est par essence quelqu’un d’aigri. Ajoutons également que le fait d’avoir été littéralement étripé par les Titans et laissé sous la forme de petits bouts d’organes n’a rien arrangé à leur humeur. Fréquenté un dieu très ancien est donc en soit une absurdité, mais pour le coup un habitué était présent. En effet, pour ceux qui l’aurait oublié, le brave Zek avait passé le plus clair de son existence à disserter en compagnie du dieu de Silithus, C’thun.

Quand ils pénétrèrent dans l’antre de la bête, il fut néanmoins curieux pour nos aventuriers de constater que la pièce était vide, à une exception près. Une femme. Une grande femme. Une vrykul.
- Ah ! Des aventuriers ! Incroyable que vous soyez parvenu jusqu’ici. Je suis Sarah, dernière gardienne du terrible Yogg’saron, libérez moi je vous en supplie !

La tirade laissa Zek complètement froid.
- Il se fout de nous ? Demanda-t-il à Kaos qui haussa des épaules.
- C’est impressionnant que l’on puisse être aussi âgé et être encore aussi naïf, soupira Dibz.
- L’âge n’excuse pas tout, fit Pilat.
- Une femme ? Ici ? Demanda Gabu. C’est étrange non ?

Manifestement "Sarah" était quelque peu surprise de son manque d’effets.
- Ben... quel est le problème ? demanda-t-elle.
- Non mais vraiment, c’est n’importe quoi là ! Reprocha Zek. Il faudrait tout reprendre depuis le début. Tout d’abord, pourquoi une vrykul ? Vous pensez qu’on va se sentir proche d’une demi-géante ? Et puis ce nom, "Sarah", ca ne rappelle pas "Saron" par hasard ? Ah ah très drôle, c’est super original de cacher le nom du méchant dans celui d’un autre !
- Heu...
- Puis le point le plus important, Yoggy est emprisonné dans l’Ulduar, tout le monde le sait, on se doute bien que si il avait la capacité de se balader, cela ferait des lustres qu’il ne serait plus là ! Et là, paf, comme par hasard, on arrive et la pièce est vide. Non vraiment, vous pensiez nous faire croire qu’il est parti pisser ? Même Gabu trouve cela louche, et je peux vous assurer que c’est quelque chose !

Visiblement vexée, l’apparence de Sarah se modifia, se tordit, se transforma, explosa pour ne devenir plus qu’une immense masse de chair violacée, couverte de tentacules et de... dents. Ce fut là la seule chose étonnante pour Zek qui, habitué à la vue des dieux très anciens, avait par le passé affectueusement nommer C’thun, vieux cerveau rabougri. Pour le coup, Yogg’saron ressemblait plus à une grande bouche, une sorte de... enfin de...
- Calamar ? Demanda Gabu.
- NON ! Je suis un dieu bande d’idiots ! Bon... effectivement mon plan n’a pas marché sur vous. Je constate que le niveau des aventuriers s’améliore avec le temps. Bonjour, donc, je suis bien Yogg’saron et vous êtes dans mon royaume. Désirez-vous audience ?

Voir un dieu essayer de se donner une contenance était une expérience assez intéressante. Il faut dire que Yogg’saron n’est normalement pas un débutant quand il s’agit de dresser des plans machiavéliques. Pour qui ne connaît pas l’histoire d’Azeroth, il serait plus simple de résumer les choses ainsi : C’est la faute à Yoggy.

L’ouverture d’un portail encore le monde des orcs et celui des humains ? C’est la faute à Yoggy. L’échec des humains à repousser les orcs et la mort du roi de Stormwind de l’époque ? C’est la faute à Yoggy. La chute du grand chef de guerre orc, la défaite et l’esclavage des orcs ? C’est la faute à Yoggy. Le Fléau ? C’est la faute à Yoggy. Les tartines qui tombent du coté de la confiture ? Ah non, là c’est une conspiration naine, eux ne mangeant pas de confitures autrement qu’avec les doigts.

Bref, ce dieu était du type vilain, un grand gamin aigri qui faisait payer aux humains sa défaite face aux titans, persuadé qu’il ira mieux quand tout le monde sera mort ou au moins aussi énervé que lui. Mais bon, tout le monde est un peu comme ça non ?
- Bonjour à toi, grand calamar aigri, fit Zek. Nous sommes ici pour connaître les secrets d’un vieux rituel que les trolls vous ont emprunter il y a longtemps. Nous avions bien un vieux troll sous la main mais il n’arrive plus à se souvenir, donc il ne reste plus que vous. Et C’thun, mais il est trop loin et ses explications sont toujours trop longues.

Constatant que malgré son irrespect frisant l’étât mental aggravé, Zek était effectivement sérieux, Yogg’saron fut confronté à un douloureux choix : De quelle manière allait-il étriper ce détestable petit elfe ? Toutefois il avait dit quelque chose d’intéressant.
- C’thun ? L’oeil de Silithus ?
- Ah ? Vous connaissez le vieux cerveau rabougri ?
- Evidemment ! C’est moi !
- Hein ? Comment ca, c’est vous. Je connais le vieux, il vous ressemble pas et il ne parle pas avec une atroce voix de vampire enroué.
- Gngnnn, ces aventuriers ne savent vraiment rien ! Nous, dieux très anciens, sommes les restes de corps qui furent détruit et dispersé par les Titans. L’oeil de Silithus n’est qu’une partie du Dieu qui était C’thun, j’en suis la bouche.
- Cela devait pas être pratique pour s’entendre quand vous etiez tous ensemble, fit Gabu en imaginant la cacophonie.

Si un calamar pouvait prendre sa tête entre ses mains, Yogg’saron l’aurait fait.
- Bon, si nous pouvions en venir au massacre, cela m’arrangerait... soupira le dieu.
- Je persiste dans mes doutes, C’thun était un bon gars, chez vous c’est plutôt le coté louche qui frappe.
- Oh bon sang, taisez-vous et mourrez !

Malgré son coté parfois franchement débile, Zek est un pro. Il se bat très bien et ne songerai jamais à entrer dans la demeure d’un dieu maléfique sans se préparer au combat, même si son expérience avec ces derniers est quelque peu particulière. Zek est capable de dégainer son arc plus vite qu’un tauren ne dit "j’achète" lors d’une vente de déodorant au rabais, il est capable de mettre une flèche entre les yeux d’un cyclope et la dernière fois qu’il a été incapable d’esquiver une attaque et il a une souplesse d’esquive qui ferait envie un bataillon de mouches sanguinaires du Marais de Zangar. Mais contre les attaques mentales, là...

Conscient que d’être un calamar immobile n’aide pas vraiment dans les pugilats, Yogg’saron avait mis au point une tactique formidable pour vaincre les aventuriers, attaquer le point faible ultime, le cerveau. Spécialiste pour s’insinuer dans la caboche des mortels et leur faire voir ce qu’il veut, Yogg avait toutefois quelques scrupules à le faire tant ce qu’il voyait à l’intérieur le désespérait mais il n’avait d’autre choix que de le faire si il voulait envoyer ad patres ses ennuyeux visiteurs.

Par souci de compréhension nous allons voir un par un ce qu’il se passait à l’intérieur du crâne de chacun de nos cinq camarades, mais gardez à l’esprit que tout se passe en même temps... en fait en l’espace d’une seule seconde car les gens pensent vite. Oui, tous les gens, même vous.

ZEK :
Commençons par le principal intéressé, Zek.

Zek se retrouva, chose très logique, à Silithus. L’odeur du sable, le vent brûlant qui lui battait le visage, les insectes géants qui lui mordaient les pieds, tout y était.
- Oh non... qu’est ce que je fous là ? Vous allez quand même pas essayer de me faire culpabilisé sur l’abandon de ma famille et de mon titre, de mon honneur d’elfe noble perdu, bla bla bla... ?

Une voix sombre sembla toussoter dans le lointain, comme si elle avait été prise en défaut.

D’un coup le décor changea. Zek était de retour à l’orphelinat. Tout le monde était là, les enfants, les membres des Tribz, Othon en train de relire ses comptes. Par habitude, Zek commença à regarder autour de lui en espérant apercevoir ses habituels repaires visuels, c’est à dire moi, Xzan, Siona, Ladjuna et les succubes. L’existence d’autres individus dans le monde de Zek était très relatif.

D’abord il vit Xzan. Surpris mais ravi de la revoir en des circonstances moins sombre, il s’approcha pour la saluer. Mais au fur et à mesure qu’il avançait, l’air gris du Défilé où se situait l’orphelinat devint plus lourd, plus dense, enveloppant Xzan comme une armure, une armure qui devint noire et terrifiante, tandis qu’une silhouette d’elfe apparaissait à ses cotés.
- Elle n’est plus à tes cotés, fit la voix sombre, tu l’as perdue, elle n’écoute plus, en fait elle n’a jamais écouté. C’est par votre propre inadvertance, par votre capacité à ignorer ses problèmes que vous ne lui avez laissé d’autres choix que de LE rejoindre.
- Mais elle ne nous en a jamais parlé !
- Il y a bien des manières d’écouter, toutes ne consistent pas à attendre des paroles qui ne viendront jamais car trop dures à prononcer. Elle est ton premier échec.
- Premier ?

Rendu mal à l’aise par la nouvelle apparence de Xzan, Zek se dirigea vers une autre figure des Tribz. Ladjuna semblait souriante et heureuse, mais au fur et à mesure qu’il approchait, Zek pouvait voir des larmes couler de ses yeux et son visage se tordre de tristesse.
- Hey ! Mais je n’ai rien fait ! se défendit Zek.
- Non en effet, absolument rien. N’est-ce pas le problème d’ailleurs ? Tu ne fais jamais rien que parler, dragueur à la petite semaine juste bon à faire du gringue aux succubes, mais on ne rien attendre de toi de sérieux. Elle aurait bien voulue un compagnon de sa race pour se consoler de son mariage échoué, mais tout ce qu’elle avait était un chasseur stupide qui ne connait rien des sentiments humains.
- C’est faux ! Je connais l’amour, je le sais ! Tandis que ses yeux se déportaient de Ladjuna pour se diriger vers moi.

Yogg’saron éclatait de rire, tandis que mon image se détournait de Zek pour se réfugier dans les bras d’un Sloth sans son armure.
- Elle ? L’amour ? Encore moins que toi elle ne sait ce que c’est, et jamais elle ne sera tienne. Je le sais parce que tu le sais, jamais Synapse ne t’aimera réellement. Tes sentiments ne sont que pur égoïsme.

Le visage de Zek devint grave, supportant mal les paroles du dieu qui lisait en lui si facilement. La solitude fut un poids sur son coeur comme des coups de masse qui finiraient par le briser. Cédant presque sous le choc, ignorant les rires de Yogg’saron, il se dirigea vers Siona.
- Hein ? Tu sembles oublier qu’elle est mariée, fit le dieu sur un ton anodin.

Zek continua d’avancer.
- Bon d’accord son mariage est pas terrible... mais quand même, tu n’es pas ce genre d’elfe. Si ? Oh bon sang, vos vies sont vraiment minables.
- Je n’ai pas besoin de cela.
- Pardon ?
- Les sentiments, l’amour, les relations communes, tout cela. Ce n’est pas la peine. Tout ce que je demande c’est...
- C’est ?
- C’est d’être entouré de nanas aussi canons que Synapse, Xzan, Ladjuna et Siona ! Juste les regarder, ça me redonne courage et motivation. C’est ce que j’ai appelé "l’effet pot de fleur", rien ne peut battre cela !

Atteré, Yogg’saron regarda l’univers mental de Zek se transformer en une sorte d’harem géant rempli de jolies filles en très grand nombre et assez de vêtements pour en habiller le dixième. Baignant dans une piscine en bonne compagnie, il fit signe à Norbert qui faisait une sieste sur un coussin géant entouré de plusieurs tigresses.
- Ah, l’imagination... soupira Zek.

Le dieu, constatant ce qu’était devenu son univers de cauchemars sous l’influence de l’elfe pervers, fut obligé d’admettre qu’il avait effectivement beaucoup d’imagination. Hey, c’est légal ce qu’elles font ces deux elfettes ?

Toussant un bon coup pour reprendre ses esprits, Yogg’saron se rapprocha de Zek qui l’ignorait superbement et lui dit :
- Tiens, tant qu’on parle de Siona. Une petite information qui devrait te plaire. Sloth était avec moi tout à l’heure, il a dit qu’un de ses camarades avait fait une drôle de prise. Une paladine, blonde et à la peau de glace. Une certaine Siona.

D’un coup, l’univers s’effondra.
- Quoi ? Qui ?
- Elle est maintenant sur Malykriss, prisonnière du chevalier Greed. Tu as encore échoué Zek, tu ne sais pas protéger les dames.

C’était le point faible. Yogg’saron avait finalement trouvé le point de rupture de l’elfe qui mettait son honneur de chevalier servant par-dessus tout. Zek s’effondra comme une brique.

PILAT :

Quand Yogg’saron pénétra l’esprit embrumé de Pilat, il fut très bien reçu par un serviteur troll en jaquette qui le fit s’asseoir, autant qu’un calamar le peu, et lui servit le thé. En bon maître de maison, Pilat apparut, en haut de l’escalier de ce qui ressemblait fortement à un manoir troll, en peignoir et s’empressa de saluer son invité.
- Heu... où on est là ? Demanda Yoggy.
- Bienvenu dans mon esprit ! Vous vous doutes bien qu’un sorcier-docteur de mon âge a largement eu le temps de mettre un peu d’ordre dans ses pensées. Nous sommes ici dans le salon de thé principal.
- Principal... ? C’est impressionnant, je n’ai jamais vu de pensées aussi bien rangées. Vous êtes un maniaque ?
- Oh non, ici c’est juste pour les invités, il y a d’autres parties plus... personnelles. Mais parlons d’autres choses voulez-vous. Est-ce que vous fumez ?

Yogg’saron s’enfonça dans son siège mental, quelque peu dérouté et se demandant combien bien il pourrait piéger celui-là. Mais comme il était un dieu et que ces bestioles là ont de la ressource, il trouva.
- Quel âge avez-vous, Pilat ?
- Oh, en voilà des manières ! C’est une chose que l’on ne demande pas à un vieillard comme moi.
- Sans vouloir vous vexer, je vois mal comment vous pourriez être plus ancien que moi. Du moins je l’espère car dans ce cas, je me poserai de nombreuses questions...
- Je suis suffisant âgé, voilà tout ce que vous avez besoin de savoir. C’est ce dont je parlais mentalement avec un des résidents de votre pension tout à l’heure.

Le dieu commençait à voir ses craintes concernant Pilat se vérifier, mais cela servait ses plans. Le résident en question en profita pour faire son apparition.

Algalon n’était pas vraiment ce qu’on pouvait appeler un ami pour Yogg’saron, c’était plutôt une relation entre geôlier et prisonnier. Mais l’envoyé des Titans pour surveiller Yogg’saron était un cas un peu particulier parmi tous les autres Gardiens. Algalon n’avait qu’une seule et unique mission : tout faire péter si Yogg’saron s’échappait. Hélas, il fallait dire que les ordres d’Algalon étaient tellement vieux qu’ils ne prenaient pas en compte les légers détails qui avaient changés depuis l’époque des Titans, l’existence de mortels sur la surface d’Azeroth par exemple. Or quand Algalon fait tout sauter, il fait tout sauter.

D’un commun accord, mortels et dieux avaient décidé qu’il valait mieux laisser Algalon tranquille, le bougre étant assez borné quand on en vient aux ordres d’en haut et vu qu’il avait largement le pouvoir nécessaire pour les appliquer, on lui foutait la paix. Un peu trop d’ailleurs, car le pauvre n’avait pas eu de conversation depuis très, très, très longtemps. Sa première phrase fut donc :
- Hey Pilat, ça fait longtemps ! Comment ça va vieille branche ?
- Vous... vous connaissez ? Demanda Yogg’saron.
- Oh oui, mais ça remonte à loin, fiouuuu je m’en souviens même plus. C’est marrant de te retrouver ici Pilat ! Qu’est ce que tu deviens ?
- Rien de spécial, je roule ma bosse par-ci, par-là. Et toi ?
- Oh rien, elle commence à s’éterniser cette mission. Ça fait quoi, Yoggy ? 20000 ans ? 30000 ans ?
- Heu...
- Enfin peu importe, raconte moi ce qui t’es arrivé depuis la dernière fois.
- Alors en fait, tout de suite après qu’on se soit quitté après cette soirée, j’ai...

Et ils parlèrent, parlèrent, parlèrent... même si Yogg’saron n’avait pas trouvé de faille dans l’esprit du sorcier-docteur, celui-ci fut tellement pris dans la conversation qu’il en oublia complètement de vivre dans le présent et son corps s’effondra à son tour.

DIBZ :

- Bonjour, vous êtes bien en relation avec l’esprit du troll connu sous le surnom de Dibz mais il n’est actuellement pas disponible. Suite aux dégâts provoqués par un gros bourrin nommé Wrath, nos services ne sont actuellement pas en mesure de répondre à votre demande. Veuillez renouveler votre appel quand Dibz aura profité de menus réparations et d’une bonne nuit de sommeil. Merci de votre compréhension.

Suite à ce message automatique, Yogg’saron constata que de toute façon le vrai Dibz, l’esprit trop déconnecté pour réfléchir convenablement, était de tout manière trop effrayé et lâche pour s’attaquer seul à une énorme bouche garnie de dents et de tentacules.

KAOS :

- C’est vraiment injuste !
- Pardon ? Qui me parle ?
- Moi, Yogg’saron. Franchement, vous avez trop de chance, votre vie est une insulte aux mortels !

Kaos tenta de prendre une pose avantageuse dans son propre esprit, chassant la poussière inexistante de sa robe de mage, il prit un air compréhensif et écouta les reproches que bien des gens avant Yoggy lui avaient faites.
- Vous êtes immortel, d’une famille noble, mage, aventurier... vous faites ce que vous voulez, vous allez où vous voulez et vous avez des nièces adorables. Vraiment, c’est quoi le piège ?
- Ce n’est pas parce que vous êtes un immonde tas de chair que tous les immortels doivent l’être vous savez...
- Je ne parle pas de moi, mais plutôt d’injustice cosmique. Normalement, quand on reçoit beaucoup, on perd d’un autre coté. Il est où l’équilibre naturel chez vous ?
- Un dieu qui croit à l’Equilibre ? C’est plutôt curieux non ?
- Ah vraiment ? Parce que vous ne croyez pas que ce qui nous est arrivé, à nous les dieux, est un "léger" retour de bâton ? Je me souviens encore à l’époque quand j’avais dit "Mais c’est qui ces Titans ? Qu’ils viennent en Azeroth, on va leur faire leur fête".

Le mage regarda avec un air désolé le dieu. Bien des fois il avait du entendre les complaintes de gens qui trouvaient que l’immortalité dont il jouissait était quelque chose de trop cool pour être honnête. Mais Yogg’saron repris ses esprits et chercha à nouveau la faille.
- Enfin tout de même. Moi qui suis un dieu, la vie des mortels n’a aucune importance pour moi, mais pour un homme qui vit parmi les siens, n’est-ce pas insupportable de voir ses proches vieillir et mourir ?
- ...
- Vous partez toujours à l’aventure, c’est uniquement pour arrêter de les voir vieillir. Combien de générations avez-vous enterré Kaos ? Vous vous dites le "frère" du seigneur Rouge, mais en réalité, le seigneur Rouge, c’est vous.

Kaos resta silencieux, immobile et prostré. Seul un léger tic nerveux à la main rompait cette immobilité.
- Oui... continua Yogg’saron. Vous êtes lui, l’homme qui épousa une elfe. Le premier chef Rouge. Vous avez gagné l’immortalité pour suivre la vie sans fin de votre épouse, mais elle est morte car même les hauts elfes peuvent mourir. Mais pas vous.
- Je n’ai vraiment eu le choix.
- Ahahah ! C’est donc bien cela ! Vous êtes l’ancêtre de la famille Rouge... étrange clan d’ailleurs, je n’en avais jamais entendu parler ailleurs que dans vos pensées. Est-ce bien réel ? Tout cela semble trop...
- C’est réel. J’ai suivi la branche principale du clan Rouge depuis que je l’ai fondé, mais j’ai légué sa direction car je n’ai plus envie de l’assumer. Le seigneur actuel est un membre du clan qui a épousé ma descendante la plus directe. Il est... mon "frère".
- C’est injuste ! Pourquoi faire peser sur les épaules d’autres le poîd que vous vous étiez imposé il y si longtemps ? N’avez vous aucune considération pour votre descendance ? Et que faites-vous maintenant, à aider un obscur rejeton de votre famille à qui vous n’aviez parlé qu’une ou deux fois avant.
- Synapse est... spéciale.

Yogg’saron triompha.
- Oui ! Spéciale ! Mais pas comme vous, elle aussi va mourir. C’est inévitable. Vous le savez...
- Pas si le rituel fonctionne, pas si elle devient une déesse !
- Oh oh oh, mais non voyons. Ce rituel ne rend pas immortel, loin de là. Au contraire, combien de temps croyez-vous qu’un esprit mortel peut supporter des pouvoirs divins avant de périr ? Ah ah ah !

La mort de sa nièce, ma mort, repassa et repassa encore dans la tête de Kaos. Toutes les funérailles, tous les enterrements de sa propre famille, auquel il avait du assister. Kaos perdit sa volonté. Et Yogg’saron finalement l’acheva :
- En plus votre style de robe est complètement démodée, on vous l’a jamais dit ?

Kaos s’effondra.

GABU :

Yogg’saron avança prudemment. Il ignorait où il était, il ignorait comment il était arrivé là et surtout n’était même sur que ce "là" existe réellement. Yogg’saron contemplait le Néant. Yogg’saron avait peur.

- Y a quelqu’un ? Cria le dieu d’une voix angoissée.

Alors que personne ne répondait, Yoggy songea à retourner sur ses pas, même si cela ne voulait pas dire grand chose dans un noir total et une absence complète de perspective, et tandis qu’il tournait la tête, il vit Gabu. D’un coup, d’un seul instant, le paladin était dernière lui.

Effrayé, Yogg’saron sursaute, ce qui chez un calamar se manifeste sous une forme assez amusante qui fit sourire Gabu, qui resta pourtant silencieusement.

Théâtralement, Gabu pointa le doigt vers le ciel. Le ciel apparut par la même occasion car sinon le geste n’aurait pas voulu dire grand chose. On pouvait y distinguer de grandes choses brillantes et dorées.

Des armures. D’immenses armures-nuages flottaient dans le ciel, symbole d’une existence de paladin fétichiste. Mais une ombre recouvrait les nuages-armures, une sombre vent froid, rempli de cruauté et de sadisme, qui fit trembler les os inexistants du dieu mollusque. Et puis un rire se fit entendre, un rire dur et méchant, un rire étrangement féminin.

L’instant d’après, Yogg’saron était collé dans un fauteuil avec bloc-notes entre les tentacules, remplis de dessins de succubes. A coté de lui, Gabu, allongé sur un divan et étrangement sans son armure, devint très bavard :
- Vous savez, ce n’est pas que j’y mette de la mauvaise volonté ! Au contraire, je veux faire les choses bien, je veux réussir les choses... j’essaye d’être un homme sérieux vous savez. Mais je n’y arrive pas, c’est plus fort que moi, il faut que je fasse des gaffes.
- Heu... oui, je...
- Mais ce n’est pas juste ! Je n’ai rien fait pour cela ! Pourquoi ces choses arrivent quand même... Je sais que ne je ne suis pas le plus brillant des esprits, mais je pensais qu’en étant toujours de bonne humeur et de bonne volonté, tout irait bien. Alors pourquoi cela ne marche pas ?
- Eh bien... là-dessus je dirais que...
- Et puis Cattnia. Je sais qu’elle essaye de me pousser en avant, qu’elle m’encourage en me maltraitant. Ses coups de fouet ne sont que des preuves d’amours maladroites vous savez ? Et quand elle me marche dessus avec ses sabots, je sais que...
- Aaaatttendez ! Pause ! On arrête tout. Bon déjà vous êtes qui ? C’est un bordel sans nom votre esprit, je retrouve rien ! C’est qui Cattnia ?
- Ma femme.
- Votre femme vous fouette et vous marche dessus avec des sabots ?
- C’est une succube.
- Votre femme est une succube ?
- Oui.

Yogg’saron s’arrêta, d’un coup.
- Votre femme... vous êtes un paladin non ?
- Oui, oui.
- Et vous êtes marié... à une succube.
- En effet.

Yogg’saron, regarda autour de lui. Comme si quelqu’un chose dans la pièce allait de travers, comme si un pan entier de son champ de vision persistait à rester cacher, comme si un lien dans son cerveau de calamar était incapable de se faire. La seule chose qu’il put dire fut :
- ... pourquoi !
- Tout le monde me demande cela, quel est le problème ?
- Vous pouvez pas être paladin et épouser une succube !
- Ben si, je l’ai fait !
- Alors vous êtes pas paladin !
- Mais si, regardez mon armure.
- Alors vous pouvez pas épouser une succube !
- Je n’ai jamais compris pourquoi nous devions détester les démons. Nous sommes des gens tolérants nous autres paladins, vous savez...

Le point de rupture fut atteint. Yogg’saron s’effondra.

Quand le dieu se réveilla, ses tentacules avaient été cloués au sol et un Gabu triomphant, marteau à la main, trônait en face de lui. La volonté brisée à jamais, Yogg’saron demanda un parchemin et un stylo spécial calamar et rédigea le rituel. En le lisant, Pilat s’exclama quelque comme "Ah mais oui..." et puis ce fut tout.

Enfin non, car quand Zek se réveilla, après tout le monde, il n’avait plus qu’une idée en tête. Il chopa le chaton qui roupillait encore dans son sac, fixa le parchemin du rituel entre ses pattes et l’envoya en direction de Zul’drak. De mauvaise grâce, le chaton ailé s’envola vers la citée troll dans l’espoir d’y trouver cousin moelleux et pâtée pour chat.

Zek avait une mission, retrouver Siona. Personne ne pouvait attendre de lui qu’il ignore l’appel d’une demoiselle en détresse, même si celle-ci n’avait rien de demander.

Personne ne s’attendit également à ce qu’ils se fassent tous capturer quelques minutes après être monter sur Malykriss.

*** Manoir Rouge ***

- Sers moi encore un verre, Tiax.
- C’est le septième, seigneur Rouge...
- Justement, il faut qu’il aille voir ce que font les six premiers, je n’ai aucunes nouvelles d’eux, cela m’inquiète.
- Vous buvez trop.
- Foutaises ! Si j’avais trop bu, je n’aurai plus soif. Allez, verse.

Le maître du manoir tenta de trouver une nouvelle position confortable dans son fauteuil tout en essayant de ne pas renverser son verre et le boire du même coup. Perché sur un haut tabouret, le gnome Tiax considérait du regard le chef de la maison Rouge comme si il était un gamin surpris à chiper des bonbons à la Sansaint et qui attendait nerveusement le retour de ses parents venu l’engueuler.
- Un problème ? Demanda finalement Tiax devant le malaise évident du seigneur Rouge.
- Hmmm... je pense à Armony. Avec elle partie le manoir est vraiment vide et puis... et puis je pense que c’était une très mauvaise idée.
- Pourquoi ? Vous craignez pour sa sécurité ?
- Hein ! La sécurité d’Armony ? Ne dis pas n’importe quoi ! C’est mon élève, je l’ai formée... non, c’est plutôt pour ses adversaires que j’ai des remords.
- Alors où est le problème ?
- Je ne sais pas si elle a bien compris qui sont les adversaires en question...

*** TROIS MOIS PLUS TARD ***

*** Quartier général de l’Alliance, Northrend ***

- Le plan était mauvais.
- Non ! Le plan était bon ! C’est ce que vous en attendiez qui n’était pas approprié !

Le roi Varian, entouré de ses généraux et conseillers, avait de plus en plus de mal à écouter les justifications de Ririn.
- Comment... comment le plan peut-il être bon ? C’est le pire désastre depuis... depuis... rhaaa je ne sais même pas ! J’ai perdu mon ami et mentor Bolvar, notre armée s’est faite décimée et la Horde nous a trahis.
- Cela aurait pu être pire.
- QUOI ? Mais c’est stupide, si tu lis l’avenir comme tu le prétends, pourquoi ne pas nous avoir prévenu ?

Ririn poussa un soupir de fatigue. Lourde était la tâche des oracles d’expliquer le pourquoi et le comment de leurs pouvoirs, ainsi que la complexité de la trame du futur. Elle essaya quand même :
- Parce que dans le cas contraire, cela aurait été pire ! Il y a un décalage entre savoir et faire ! Qu’auriez-vous fait si vous saviez que Bolvar allait mourir ? Vous seriez venu avec lui et vous seriez mort vous aussi !
- Mais... mais... on aurait pu prévenir la trahison des réprouvés ! Ou tout simplement ne pas y aller !
- Non plus. Prévenir la trahison des réprouvés aurait empêché les camps de se former et une énorme inquisition au sein des réprouvés aurait fait plus de mal que de bien. Quand à ne pas y aller... vous ne m’auriez pas écoutée, vous auriez vu cela que de la lâcheté.
- ... peut-être. Mais cela ne règle pas le problème ! A quoi bon avoir un oracle si c’est que pour nous prédire des désastres ! Peux-tu au moins me dire si l’on va gagner ?

Encore cette question...
- Je ne sais pas. Lire l’avenir est une chose complexe et je ne suis qu’une débutante, je suis incapable de me projeter aussi loin sur un sujet aussi vaste. Je ne peux pas tout voir, pas tout prédire, il y a forcément des éléments qui m’échappent et peuvent changer le résultat final.
- D’accord... mais dans les grandes lignes ?
- Dans les grandes lignes, on est mal barré.
- Franchement c’était bien la peine de faire venir une gamine pour entendre des trucs pareils.
- Non mais ca va bien ! Je suis pas une diseuse de bonne aventure qui rend des prédictions positives à l’oeil !

Les portes de la salle du conseil s’ouvrirent, laissant passer un duo de valets visiblement inquiet et un visiteur pour le moins... mort. Enfin à moitié mort. Enfin vous connaissez la chanson.
- Dezhabuzed ? S’étonna Ririn.
- Un réprouvé ! Choppez le ! Hurla Varian.
- Hey ! Je viens en paix, bande de sauvages ! Se défendit Dezha tandis qu’une partie des généraux de la pièce tentait de le tabasser.

Après que Ririn ait calmé les esprits et expliquer que Dezha n’était en rien impliqué avec les évènements de la porte d’Icecrown, les généraux s’excusèrent mollement d’avoir massacré le mort-vivant et regagnèrent leurs places. Dezha tenta de rassembler un semblant de dignité et se porta devant Varian, qui lui ne décolérait pas.
- Je n’accepte pas la présence de gens de votre espèce ici ! Rugit le roi. Pas après Bolvar ! Je refuse de voir un seul mort ici !

Certains des chevaliers de la mort présent se mirent à toussoter tandis que leurs serviteurs goules tentaient de se cacher du mieux qu’ils pouvaient.
- Je ne suis pas ici pour entendre vos griefs contre la Horde, roi Varian. Je ne suis même pas un représentant de la Horde car c’est sans l’accord de ses chefs que je suis ici aujourd’hui.
- Hein ? Mais alors comment êtes-vous arrivé jusqu’ici ?
- J’ai menti.
- Eh bien bravo. Je ne vois pas pourquoi on vous écouterait... Gardes ! Foutez moi ca dehors !

Ririn se décida alors à intervenir, cognant avec son batôn de prêtre de toutes ses forces de gamines dans les tibias du roi.
- Ecoutez au moins ce qu’il à dire, espèce d’idiot ! Vous ne voyez pas que c’est le genre d’individu porté par la providence ?

Varian examina le réprouvé du regard. Même pour un mort-vivant, Dezha avait une allure vraiment pathétique, mais pour une fois son regard n’était pas vide ou simplement rempli de son désespoir et pessimisme habituel. Non, cette fois-ci, Dezha avait un plan.
- Parlez... soupira Varian en faisant signe aux gardes.
- L’ennemi à frapper durement, et pire que cela il a séparé deux alliés. Il est maintenant clair que nos conflits nous mèneront à notre perte et c’est bien ce qu’espère Arthas. Même maintenant que vous avez nettoyé Undercity et tué Putress, les ruses du Roi-Liche ont portés leurs fruits, nous sommes trop faibles pour le vaincre.
- Et ? Vous croyez que je ne le sais pas ! Qu’est ce que vous voulez que je fasse pour remédier à cela ?
- Vous ? Rien. Ce n’est pas une armée qui arrivera à vaincre le Roi-Liche. Le moindre soldat que l’on perd à combattre un mort-vivant ne fait que grossir les rangs de l’ennemi ! Arthas connaît parfaitement vos forces et faiblesses pour avoir été un chef de l’Alliance lui aussi. Mais il y a en Azeroth une force nouvelle que le Roi-Liche lui-même sous-estime, quelque chose qui n’avait pas une telle ampleur à son époque, quelque chose qui peut le vaincre.
- Hein ? Quoi donc ? Parlez !
- Les aventuriers.

Devant le silence glaçant qui s’installa dans la pièce, Dezha crut bon à juste titre de préciser son propos.
- De nos jours, qui a vraiment envie de devenir soldat ? La fin de la troisième guerre à ouvert la porte à une fortune facile, une vie bien remplie et un prestige grandiose pour n’importe qui n’ayant pas peur de se salir un peu les mains et de partir à l’aventure. Vous le savez bien, ils sont partout, infestant les villes pour dilapider l’or qu’ils ont volé aux monstres, ils sont tellement nombreux que certains régions ont pris des mesures radicales pour tenter de s’en débarrasser.
- Ça c’est bien vrai, intervint un général originaire du mont Blackrock. Je me souviens qu’une fois le maire du Lakeshire avait crée de toute pièce une légende de pont invisible au dessus de la lave qui menait à un grand trésor... de nombreux nains ont péris ce jour là.
- Mais ce sont de grands combattants, repris Dezha. Ce sont des aventuriers qui ont vaincus Illidan en Outreterre ! Ce sont des aventuriers qui ont compris la menace et repousser Naxxramas au dessus des Maleterres ! Vous même, durant votre errance, n’étiez vous pas un aventurier ?
- Hmm... peut-être, grogna le roi. Et alors ? Ces idiots n’ont aucune discipline ! Ils ne connaissent que l’appât du gain mais pour tout l’or du monde ils refuseraient d’aller à une mort certaine face à Arthas.
- Alors il faut tirer sur une corde plus sensible, sur leur honneur.

Varian soupira, en effet les aventuriers, en plus d’être proche de leurs sous, avaient un grand sens de l’honneur. Attention, pas de l’honneur de chevalerie ou quelque chose comme un code de conduite... non plutôt un ego démesuré qui les faisait réagir au quart de tour dès que quelqu’un disait du mal d’eux. Le Roi était bien placé pour connaître le problème, les aventuriers à Stormwind étaient aussi nombreux que les cafards. On avait tenté de s’en débarrasser en les envoyant en Outreterre puis en Northrend, mais bien sur ils préféraient piller la région plutôt que donner un coup de main. Pour Varian, les aventuriers n’étaient qu’une nuisance qu’il suffisait d’ignorer.
- Et comment proposez vous d’accomplir un tel exploit ? Ils ne sont pas si manoeuvrables que cela, vous savez.
- Pour cela, il faut que je sauve la personne la plus énervante au monde. Vous auriez un moyen de transport ?

*** Zul’drak ***

Enfin.

Enfin !

L’arrêt de toutes mes souffrances, le terminus de mon martyr, la fin du calvaire !
- J’ai gagnée ! Echec et mat !
- Et zut... râla Bizrot.
- Ahahahah première fois que je gagne contre toi à ce foutu jeu ! C’est la victoire de mon intellect supérieur !
- C’est faux ! Tu as eue de la chance ! Ce n’est qu’une seule partie perdue, je...
- J’ai gagné ! Lalalala ! J’ai gagné !
- Dis donc, qu’est ce que vous fichez encore ici ? Demanda la panthère divine.

Je regardai la créature qui m’avait enseigné depuis les trois derniers mois. Cela n’avait pas été facile de supporter ce fichu matou mais Zek avait rempli sa mission et toute cette histoire n’avait pas été vaine. Enfin je crois.
- Synapse, cela fait un bout de temps que ta formation est terminée. Tu ne devrais pas aller secourir tes amis ? continua la panthère.
- Pas de panique ! Fis-je en replaçant les pions pour une nouvelle partie. J’ai confiance en mes compagnons, ils ne sont pas du genre à mourir pour des broutilles.
- Tout de même, quand ce chat ailé à apporter le rituel et la nouvelle que Zek partait sur Malykriss secourir cette paladine, je pensais que tu nous aurais quitté pour aller l’aider.
- Et ne pas apprendre ce pourquoi je suis restée ? Cela serait complètement idiot de quitter sa formation en plein milieu pour aller secourir quelques amis. Franchement ? Qui ferait cela ?
- ... ce sont vraiment des amis ?

Je décidais d’ignorer la panthère. Toute cette histoire de rituel n’avait jusqu’à présent qu’un seul but, m’aider à parler d’égal à égal avec "Sloth". Enfin non, de supérieur à égal, pas question qu’il soit au même niveau que moi cet idiot. Bref, tout ce que je voulais, c’est pouvoir régler cette affaire avec lui moi-même, sans l’aide de mes compagnons, tout simplement parce que c’était personnel et que ça ne les regardaient pas ! Surtout Zek. Et Dezha. Et Gurdan. Et encore moins ce pauvre Gabu qui n’y aurait de toute façon rien compris. Toute le monde en fait, je n’avais aucun droit d’embarquer des gens dans cette sordide histoire de mon enfance. Bon après si ils sont assez idiots pour se faire capturer par des chevaliers de la mort, c’est leur problème.
- Le félin a raison, intervint Bizrot comme pour rompre mes rêveries. On va rester ici longtemps ?
- J’ai bien le droit à quelques vacances non ? Et puis il ne faut pas s’en faire. Si nous tardons trop, le Destin nous enverra un signe.
- Un cygne ? L’animal ?
- Mais non débile ! Arrêtes de faire exprès ton Gabu, tu sais que cela m’énerve. Bon... je voulais dire que jusqu’à présent ma chance m’a plutôt bien réussie non ? Alors croyons en ma bonne étoile, elle se débrouille toujours pour me tirer des mauvais pas... puis ce rituel à indéniablement accrue ma chance. Hé hé hé.

Je remarquai que Bizrot ne m’écoutait pas, tournant la tête vers une autre direction.
- Hey stupide diablotin, quand je te parles tu ferais mieux de...
- Synapse ! Ton signe... ça pourrait être un mort-vivant à bord d’un bateau flottant dans les airs avec des ailes et plein d’hélices partout ?
- Heu, c’est un peu tiré par les cheveux mais pourquoi pas.
- Dans ce cas tu ferais mieux de regarder par là.

Sifflotant d’un air guilleret, Dezhabuzed descendit la rampe d’accès de son vaisseau volant, le Vigilant, généreusement prêté par l’Alliance, et entrepris de descendre les marches, jouant avec le trousseau de clés du navire et le faisant sauter dans sa main comme un marchand gnome fier de son nouveau chariot.
- Besoin d’un chauffeur ? Demanda le mort-vivant.

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